Vitraux et mobilier

Les vitraux de la chapelle du Broussey

« En entrant dans l’église, vous apercevez d’abord les trois vitraux dans l’abside. C’est ici en somme le départ de toute vie spirituelle. Regardez-les dans l’unité des trois. Ne les regardez pas séparément, mais ensemble. Là, vous discernez par les rythmes, par les plages de couleur, par les tons, ce que peut représenter une vie qui cherche Dieu. C’est-à-dire que vous voyez des liens qui nous enserrent. Avec aussi des temps de méditation, de recueillement : peut-être dans les roses. Des temps d’espoir, d’espérance : peut-être dans les bleus ou les verts. Des obstacles, des pierres sur nos chemins. Des temps de silence, de nuit. Mais vous pouvez aussi observer dans ces trois vitraux la petite flamme d’amour qui court, toujours, et qui est encore petite. Par exemple, dans celui du milieu, à droite et à gauche, il y a toujours cette petite flamme qui éclaire.

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« Du côté de l’entrée, les deux vitraux qui encadrent la rosace sont la continuation des trois premiers. C’est-à-dire que les plages augmentent peut-être, elles se réchauffent davantage. Il y a moins de gris. Il y a toujours malheureusement des liens, des obstacles qui nous arrêtent dans notre vie. Mais c’est quand même un début d’accomplissement. Cela nous amène au centre, à la rosace. À ce moment vous pouvez distinguer un cœur. Un cœur au centre. Un cœur qui est le centre du monde. Le reste est encore à la périphérie de la terre, et ce cœur est en somme pris dans ce tournoiement. Je dirais que c’est un cœur qui éclate sur le monde. On pourrait par ce rythme de palpitations retrouver la systole et la diastole du cœur qui bat et qui se répand sur l’univers. Avec toujours malgré tout ces ombres, et ces plages de lumière, de silence, ou de repos, et aussi cette impression de totalité. Car c’est le cœur qui est au centre. C’est là qu’il faut se reposer. »

D’après une conférence de l’artiste, Odette Boyer

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Le mobilier de la chapelle du Broussey

Le mobilier de la chapelle tient compte du style néo-gothique et des divers usages de celle-ci. On y célèbre en effet l’Eucharistie ; régulièrement au cours de l’année se célèbrent des ordinations ou des professions solennelles ; on y célèbre aussi la liturgie des Heures, et c’est là enfin que les frères et tous ceux qui le désirent se retrouvent pour les deux heures d’oraison quotidiennes. Ceci conduisait à prévoir tout l’aménagement nécessaire pour la célébration de l’Eucharistie de façon à ce que les gens assemblés dans la nef et la communauté se retrouvent unis autour de l’autel. Il fallait aussi organiser deux chœurs en vis-à-vis pour la célébration des Heures, et enfin réserver un espace aux frères pour l’oraison de manière à ce qu’ils se trouvent à proximité du tabernacle.

Ces contraintes ont amené à surélever de deux marches le sanctuaire qui est entièrement de plain-pied, ce qui permet à la communauté d’être bien réunie autour de l’autel, tout en ménageant une vue suffisante de la nef, qui n’est guère profonde, et en évitant « l’effet de pyramide aztèque » que suggèrent les autels trop haut placés. En revanche, pour enraciner l’autel dans le sol, on en a marqué l’emplacement dans le pavage en dessinant un octogone de carreaux unis beige qui ressort sur l’ensemble du dallage qui est en damier rouge et beige, couleurs traditionnelles des carreaux de Gironde que l’on a utilisés. L’octogone est un symbole de la résurrection dans l’architecture chrétienne, car il signifie le huitième jour, celui de la résurrection du Christ et celui de la résurrection finale ; il se situe en effet après la semaine de sept jours, symbole de l’histoire. Les sièges des frères devaient former deux chœurs de part et d’autre de l’autel, le siège du président étant le premier sur la droite (vu de la nef). L’ambon devait prendre place à l’avant du sanctuaire, du côté gauche ; étant par conséquent situé en position excentrique par rapport à la communauté, il était souhaité qu’il pût pivoter afin que le lecteur ait la possibilité de se tourner vers la communauté en certaines occasions. Le sanctuaire est l’espace réservé aux frères pour l’oraison, aussi fallait-il y placer le tabernacle, l’absence de chapelle latérale excluant toute autre possibilité ; de plus, étant donnée l’importance de la Réserve pour l’oraison, il fallait que le tabernacle se situe dans l’axe du sanctuaire, en pratique derrière l’autel, au fond, dans un ensemble qui le mette en valeur sans retirer à l’autel sa place centrale pour les célébrations liturgiques.

Afin d’éviter le cloisonnement des frères au chœur, on a évité d’utiliser des stalles, tout en rappelant leur souvenir à la mémoire grâce aux dossiers hauts aux lignes verticales nettement marquées des sièges qui prennent ainsi bien place dans l’espace du sanctuaire dont l’architecture souligne fortement la direction verticale. En hêtre massif naturel verni, ces sièges échappent résolument à la banalité, de sorte qu’il apparaît au premier coup d’œil qu’ils ne sont pas destinés à un usage profane. Le siège du président est similaire aux autres, mais plus large et pourvu d’accoudoirs afin de désigner, sans ostentation, la fonction du Christ prêtre qui conduit la prière de son Église.

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C’est encore du hêtre naturel verni qui constitue la plus grande partie de la table d’autel. Cet autel est en effet constitué d’un bloc de pierre de Mareuil couleur blond clair qui, polie, ne brille jamais comme du marbre, dont l’aspect baroque n’aurait guère convenu dans l’ensemble. Embrassant ce bloc de pierre, deux pièces de bois complètent la table qui atteint deux mètres de largeur (ce qui était nécessaire pour la concélébration) sans alourdir la forme de l’autel. L’usage du même bois suggère que la communauté est rassemblée par l’autel qu’elle entoure avec ferveur et dont elle constitue la dimension horizontale (conformément à l’usage antique de l’Église, les frères laissent l’autel nu en dehors de la célébration eucharistique, de sorte que l’on peut voir le dessin du bois et de la pierre de l’autel). La dimension verticale est matérialisée par la pierre dont la solidité rappelle la fidélité de Dieu. Ces deux dimensions forment à dessein une croix en tau, et au centre de celle-ci la pierre a été évidée pour laisser place à un quart de sphère réalisé en damier de marbre rouge, comme un cœur offert, comme la plaie au côté du Christ en croix, cette plaie dont coulèrent l’eau et le sang, symboles des sacrements, symboles de la grâce, figurés ici par une coulure d’or, le matériau le plus précieux, par allusion à la surabondance du Seigneur. Gravées dans la pierre de part et d’autre, deux paraboles rappellent le blason du Carmel tout en constituant le pied d’une coupe dont le calice est justement le cœur de marbre rouge. On n’a pas voulu donner à cet autel des arêtes trop vives, de sorte que les coins sont dessinés en redents qui accentuent par ailleurs sa dimension verticale.

Les mêmes redents se retrouvent dans l’épaisseur du retable du fond du chœur destiné à supporter la réserve. Il s’agit d’un vaste élément de bois peint en blanc au centre duquel a été fixé le tabernacle dont la porte est un disque doré à la feuille de manière à dessiner un damier de carrés brillants et dépolis : richesse du pain doré qui nourrit chaque jour la communauté. Derrière le tabernacle, le retable est peint en gris comme le mur du chœur, mais des carrés d’or blanc, d’or jaune et de peinture blanche, disposés irrégulièrement, donnent du mouvement à ce fond qui pourrait de loin sembler transparent. Par ailleurs, les redents blancs qui se trouvent sur les côtés du retable se subdivisent et se multiplient de manière à dessiner une parabole dont le foyer est précisément situé au centre du tabernacle dans un geste à la fois de protection, d’offrande et de monstration, en un geste marial pour tout dire. Dans cette perspective mariale se comprend le jeu des carrés d’or et de peinture qui animent le fond du retable : Marie offre son humble réalité terrestre (carrés de peinture blanche dans le bas) à la grâce divine (carrés d’or jaune venant du haut) pour que se fasse chair le Verbe, vrai Dieu et vrai homme (carrés d’or blanc rayonnant autour du tabernacle), nourriture proposée chaque jour aux hommes (pain doré de la porte du tabernacle). L’ensemble autel-retable ne révèle cependant toute sa cohérence que s’il est vu depuis le bas des marches du sanctuaire, lieu de la communion, alors que l’observateur se trouve humblement à genoux. N’est-ce pas aux humbles que Dieu se révèle ? Dans cette position, on s’aperçoit que les carrés de la porte du tabernacle et ceux du cœur de marbre de l’autel, que les redents du retable et ceux de l’autel sont en rapport homothétique de façon à correspondre les uns avec les autres. Ce n’est plus alors une croix en tau, mais une croix latine que l’on peut voir, croix dont le centre exact est occupé par un disque dont le haut, doré, est la porte du tabernacle et dont le bas, rouge, n’est autre que le cœur de marbre de l’autel. La chair et le sang apparaissent au regard du communiant, réunis dans la coupe de bénédiction.

Plusieurs éléments appartenant au reste du mobilier se retrouvent dans l’ambon, permettant d’intégrer harmonieusement celui-ci à l’ensemble. Il est entièrement réalisé en hêtre verni, et son pied est uniquement composé de redents qui lui donnent un aspect élancé. Le pupitre est composé de deux parties : un premier pupitre de hêtre verni supporte un livre ouvert de hêtre entièrement doré qui déborde de tous côtés, comme la parole de Dieu déborde les mots humains dans lesquels elle s’exprime. La même coulure d’or que l’on voyait s’échapper du cœur de l’autel descend tout au long du pied, invitant l’assemblée à recueillir chaque goutte de ce flot généreux.

Quelques accessoires complètent le mobilier. Deux petits pupitres de hêtre verni servent au président de l’assemblée et, suivant les besoins, au chantre. Un corbeau destiné à supporter la statue de Notre-Dame du Mont-Carmel et la crédence sont similaires : ce sont des cubes de hêtre verni comportant les mêmes redents que l’autel. Des sièges similaires à ceux de la communauté, mais plus bas de dossier, permettent de compléter le nombre de ceux-ci lors des rassemblements réunissant un nombre important de frères ou de prêtres à une célébration.

 L’autel a été consacré le 18 février 1997 par le Cardinal Eyt, archevêque de Bordeaux.

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