Homélies

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Dimanche 23 avril par le Frère Jen-Raphaël

2e Dimanche du Temps Pascal Ac 2, 42-47 ; Ps 117 ; 1 P 1, 3-9 ; Jn 20, 19-31

Chers frères et sœurs, Jésus nous propose aujourd’hui une béatitude, un bonheur étrange, un bonheur qui semble trop simple : le bonheur de celui qui ne voit pas, et qui pourtant croit en Dieu. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. Quelle étrange idée. Nous, nous aimerions bien voir. Nous aimerions voir la paix que Jésus promet. Nous aimerions voir la paix dans notre pays que nous aimons, tout spécialement en ce jour d’élection. Nous aimerions bien voir une vie communautaire, familiale, conjugale, aussi simple et belle que la vie de la première communauté des chrétiens à Jérusalem. Nous aimerions voir tout de suite l’héritage qui ne connaîtra ni corruption, ni souillure, ni flétrissure. Mais Jésus nous dit : tout ça, tu ne le verras pas tout de suite. Jésus nous dit : tu seras heureux, dès maintenant, si tu crois sans avoir vu. Et tu seras moins heureux si tu cherches à voir. Car chers frères et sœurs, nos yeux ne sont pas encore adaptés à ce que Jésus veut nous faire voir. Ils sont adaptés aux bonnes choses du monde. Et lorsque nous voulons à tout prix voir, comprendre, expliquer, alors nous voyons, nous comprenons, nous expliquons à la mesure réelle et petite de nos capacités. En fait chers frères et sœurs, nous ressemblons un peu aux premiers elfes décrits par mon ami Tolkien. Les elfes se réveillent d’abord dans un monde qui est éclairé par les étoiles et la lune. Et ils sont très bien ainsi. Et puis vient le soleil. Alors, le monde qui leur était familier dévoile soudain une richesse insoupçonnée. Chers frères et sœurs, nous sommes un peu comme les elfes de la première nuit, qui n’ont jamais connu que les étoiles et la lune. Mais Jésus vient au milieu de nous, les elfes de la nuit, pour annoncer la lumière du soleil. Nous ne savons même pas ce qu’est cette lumière. Nous sommes absolument incapables d’imaginer ce qu’elle révèlera en nous, et autour de nous. Mais nous pouvons croire Jésus, et être heureux de ce qu’il nous dit, de ce qu’il nous révèle.

Alors, nous les elfes de la nuit, nous acceptons qu’en fait nous ne savons pas. Nous sommes des elfes de la nuit, et nous ne savons pas ce qu’est le jour. Nous ne savons pas vraiment ce qu’est aimer. Nous ne savons pas vraiment ce qu’est la résurrection. Nous ne connaissons pas le ciel qui se prépare ici, maintenant, qui commence déjà. Mais nous pouvons croire Jésus.

Chers frères et sœurs, lorsque Jésus nous dit heureux ceux qui croient sans avoir vu, nous pourrions traduire : heureux ceux qui se reconnaissent elfes de la nuit. Heureux ceux qui acceptent qu’en fait, ils ne comprennent pas grand-chose de ce qui se passe réellement dans ce monde qui prépare le ciel. Heureux ceux qui admette qu’il y a plus. Nous serions confortables et malheureux si nous prétendions tout voir, tout savoir, être en possession de tous les mystères du monde. Chers frères et sœurs, qu’il est triste de vivre sans la foi, sans cette foi qui nous dit qu’il y a plus, sans cette foi qui ouvre le ciel, qui déploie devant nous des horizons tellement démesurés que nous sommes dépassés, aveugles. Quelle immense chance, chers frères et sœurs, d’avoir entendu parler de Jésus-Christ, lui vous l’aimez sans l’avoir vu ; en lui, sans le voir encore, vous mettez votre foi, vous exultez d’une joie inexprimable et remplie de gloire, car vous allez obtenir le salut des âmes qui est l’aboutissement de votre foi. Chers frères et sœurs, Jésus nous a révélé que nous sommes des elfes de la nuit, il nous a révélé qu’il y a un jour que nous ne connaissons pas, qui vient, et qui est beau. Ce cadeau gracieux, miséricordieux, nous pouvons le partager, nous pouvons vivre en nous sachant des elfes de la nuit et en disant par toute notre vie qu’il y a plus que ce que nous comprenons en ce monde. Alors nous accueillons et diffusons la miséricorde de Dieu sans prétendre la comprendre, mais en acceptant qu’elle nous dépasse. Car la foi en Dieu, cher frères et sœurs, est un droit humain. Citons sainte Faustine, pour finir : Que les plus grands pécheurs mettent leur espoir en Ma Miséricorde. Ils ont droit avant tous les autres, à la foi en l’abîme de Ma Miséricorde. Tous les hommes ont droit à la foi en Dieu : en nous apprenant que vient un jour que nous ne connaissons pas, elle rend la vie plus grande, plus humaine.

Dimanche de Pâques, le 16 avril par le Frère Robert Hom

(Ac 10, 34a.37-43 ; Ps 117 ; Col 3, 1-4 ; Jn 20,1-9).

« Christ est ressuscité ! »

En cette eucharistie du matin de Pâques, nous faisons, avec plus d’intensité, mémoire des merveilles que Dieu accomplit pour nous.

« Christ est ressuscité ! »

– Christ est ressuscité pour nous – Une grande lumière a surgi du tombeau, de nos tombeaux. Notre vie est éclairée de manière surprenante et nouvelle, comme de l’intérieur.

Le Dieu de la vie a investi notre chair et notre histoire. Le Fils de Dieu a réellement et concrètement marché sur nos chemins, y semant l’espérance, l’amitié, le pardon, dévoilant le visage de son Père : un Dieu d’Amour.

Le Christ a visité la mort et y a posé sa présence.

Tout a changé.

Nos errements, nos maladresses, notre péché ont été visités et pardonnés.

Un lien de vie, l’Esprit-Saint, est désormais établi avec le Christ ; même notre mort, toute notre vie finalement, est portée par l’Amour, force de résurrection.

Mais en cette eucharistie du matin de Pâques, oublions-nous un peu, nous les rescapés de la mort, promis à la vie éternelle, et contemplons le Dieu trois fois saint, splendeur et joie infinie qui a réalisé la résurrection, contemplons la beauté de l’Amour qui resplendit dans le corps de Jésus, le Christ, notre frère, notre Sauveur, notre Dieu.

Quelle est belle cette puissance si riche et si pauvre de l’humilité des plaies du ressuscité ! C’est pour de vrai qu’il nous a aimé, qu’il nous aime, respectant tous et chacun dans une déconcertante vulnérabilité. L’amour a toujours les bras et le cœur grands ouverts. Le Christ Seigneur est toujours serviteur.

C’est bien ce que nous avons entendu dans la 1ère lecture tirée des Actes de Apôtres.

« Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction de l’Esprit-Saint et de puissance. Là où il passait, il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable. Celui qu’ils ont supprimé… Dieu l’a ressuscité le troisième jour. »

C’est bien ce Jésus ressuscité, le vivant, le vivant pour toujours que nous célébrons aujourd’hui.

 

Et par le baptême, nous participons déjà à cette grâce de résurrection. Le ciel étant venu nous visiter, nous pouvons déjà vivre la charité, l’amour, la réalité d’en-haut, refusant tout ce qui nous défigure, marchant vers la plénitude de vie avec le Seigneur. St Paul nous en parle admirablement dans sa lettre aux Colossiens.

« Frères, vous êtes ressuscités avec le Christ. Recherchez donc les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Tendez vers les réalités d’en haut… »

Oui, nous pouvons déjà vivre la charité. La résurrection est accomplie.

Saint Jean, dans l’évangile que nous avons entendu, nous raconte ce qui s’est passé le 1er jour de la semaine : « Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin, alors qu’il fait encore sombre… »

L’illumination de Pâques n’ayant pas encore fait toute son œuvre, il fait encore sombre ; nous allions, nous allons si souvent vers des tombeaux, des ténèbres, là où il n’y a pas la vie, et pourtant…

Saint Jean, en son Prologue, nous l’avait pourtant déjà bien annoncé : les ténèbres n’ont pas saisi la lumière, n’ont pas pu arrêter la lumière. Marie Madeleine s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau.

Et à la vue des deux linges, témoins humbles et parlants de la résurrection, l’apôtre Pierre, et l’autre disciple, saint Jean, l’un dans la fulgurance de la foi reçue, l’autre, dans le déploiement de celle-ci, nous annoncent encore aujourd’hui, ainsi qu’à tout l’univers :

« Christ est ressuscité ! »

À leur suite, laissons-nous toucher par cette lumière de Pâques, que nos cœurs et notre intelligence se laissent surprendre : l’amour rédempteur est versé à profusion sur nous, en nous ; sur vous, en vous, pour qu’il déborde abondamment. Quel étonnant mystère, nous sommes déjà ressuscités, tenons fermes, partageons le pain de vie, allons vers le Seigneur !

Voici le jour que fit le Seigneur, jour de fête et de joie !

« Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité !»

P. Robert PAUL, O.C.D.

 

 

Vigile pascale, le 15 avril par le Frère Jean-Gabriel

Il faisait nuit lorsque la lumière jaillit au matin de ce monde. Lorsque les ténèbres couvraient l’abîme et que la terre, encore informe et vide, reçut de Dieu la promesse d’un Premier jour : «Que la lumière soit— et la lumière fut!»
Il faisait nuit dans le cœur d’Adam replié sur lui dans la peur et la honte de son péché, tandis que le Père, à la brise du jour, dans le jardin d’Eden, venait le visiter : «Adam, mon enfant, où es-tu?»

Il faisait nuit dans le cœur de Caïn pour le premier homicide de l’histoire humaine.
Il faisait nuit lorsque les fils d’Israël mangèrent la Pâque que leur Dieu leur avait dit de manger en toute hâte, les reins ceints, les sandales aux pieds et le bâton à la main.
Il faisait nuit lorsque les premiers-nés d’Egypte furent décimés par décision divine.
Il faisait nuit encore lorsque le Verbe se fit chair dans une pauvre étable de Judée, tout entourée des bergers et des anges célébrant la naissance de leur Sauveur.
Il faisait nuit encore lorsque Judas sortit pour livrer le Maître.
Il faisait nuit aussi lorsque Jésus, dans des sueurs d’angoisse et de sang, supplia son Père d’écarter de lui la coupe amère de la Rédemption du monde.
Il faisait nuit dans le jardin où fut arrêté Jésus par des soldats conduits par son apôtre.
Il faisait encore nuit lorsqu’il fut jugé devant le Sanhédrin, et que le Grand Prêtre le condamnait à mort pour avoir blasphémé le Nom au-dessus de tout nom.
Il faisait nuit lorsqu’on lui crachait au visage, qu’on se moquait de lui, qu’on le giflait et qu’on l’injuriait.
Il faisait toujours nuit lorsque, dans la cour du palais du Grand Prêtre, Pierre reniait l’ami et le Maître pour qui il avait pourtant juré de donner sa vie…
Il faisait nuit lorsqu’à la sixième heure du jour l’obscurité recouvrit de son ombre le crucifié du Calvaire.

Il faisait nuit lorsque Joseph d’Arimathie demanda à Pilate le corps de son Maître, pour l’ensevelir dans le linceul et le tombeau tout neuf qu’il avait préparé pour lui.
La nuit venait à peine de disparaître lorsque Marie Madeleine vint au sépulcre de Jésus et pleura de ne point trouver le corps de son bien-aimé Sauveur.

C’est que, dans la nuit précédant le premier jour de la semaine, la lumière de la résurrection avait jailli du tom- beau.
Au terme de la douloureuse Passion, voici qu’elle surgit du tombeau, illuminant toutes les ténèbres de nos vies.

C’est cette nuit sainte, frères et soeurs, que nous célébrons : le cierge pascal que nous avons allumé au début de la célébration brillera toute cette nuit; il est le signe du flambeau de notre foi en la résurrection d’entre les morts de Celui que la nuit du tombeau n’a pas pu retenir…
Il est ressuscité, frères et soeurs, il est VRAIMENT ressuscité!

Voici la nuit, que nous avons chanté dans l’Exultet de Pâques : «Nuit qui nous rend à la grâce et nous ouvre la communion des saints ; nuit où le Christ, brisant les liens de la mort, s’est relevé victorieux des enfers. Nuit dont il est écrit : « La nuit comme le jour illumine, la ténèbre autour de moi devient lumière pour ma joie » (Ps 138,12)…
Nuit bienheureuse, enfin, où se rejoignent le ciel et la terre, où s’unissent l’homme et Dieu.»
Oui, frères et soeurs, la nuit qui nous rassemble est «nuit de vrai bonheur!», comme nous le chantions encore. Car cette nuit donne un sens à nos vies : la mort est désormais vaincue par la résurrection d’entre les morts du Maître de la vie, le Seigneur de l’Histoire et la Vie éternelle.

A quoi servirait-il de naître sans le bonheur d’être sauvés?
Les philosophes du XXème siècle l’ont chanté sur tous les tons : la vie est absurde, et l’homme est semblable, si l’on en croit Albert Camus, à Sisyphe, ce personnage mythologique condamné à rouler une pierre en haut d’une colline, sans même s’apercevoir que sa pierre prendra la pente inverse pour redescendre au même point d’où elle était partie… telle est la condition humaine privée de l’espérance que Jésus nous donne en cette nuit sainte : oui, sans l’espérance que donne le Christ, notre vie n’a pas de sens, elle est absurde. Mais la Résurrection du Christ est là pour nous dire que notre vie a désormais un sens d’éternité. Non pour nous évader de notre vie, mais pour lui donner au contraire toute sa valeur. Le Dieu que nous avons n’est pas celui des morts, mais des vivants!
Il faisait nuit noire dans le tombeau où le Maître de la vie avait été déposé deux jours plus tôt; après la longue marche obscure de son Calvaire, après les cris de douleur de sa chair humiliée, et celui où il remît son esprit à son Père; il faisait nuit dans ce tombeau où il se lève maintenant— où, en se relevant, il relève le monde gisant au fond de l’abîme où le tenait le démon et la mort.Où il relève chacun de nous pour le rendre vivant; la mort est morte, elle est derrière nous, approchons-nous de la Lumière du Christ, Ressuscitons avec Lui, en cette nuit plus claire encore que le jour : Christ est vivant pour toujours, alleluia

Homélie Vendredi Saint par le Frère Marie-Pierre

Tout est accompli !
En cette heure, frères et sœurs, unique, l’heure de Dieu ardemment désirée depuis la chute, tout s’accomplit, se parfait du dessein divin, voulu dès avant les siècles par notre Dieu éternel.
Tous les préparatifs, cette jalouse et amoureuse poursuite des enfants perdus. Toutes paroles, tous
gestes, signes du Ciel, sont, à cet instant, récapitulés, expliqués, dévoilés en cette définitive parole de la Croix, silencieuse, parfaite.
Désormais, et pour toujours, devant nous, pour tous, Dieu est Jésus crucifié
.
Parce qu’Il est l’Amour fait chair, qui va jusqu’au bout…par-don…
Parce qu’Il est l’Amour sans limite, absolu, incompréhensible..
Parce qu’Il est l’Agneau livré, innocent et vainqueur…
Dieu est Jésus crucifié.
Tout est accompli !
Oui, pour le monde, les hommes de tous temps et de tous lieux, tout est accompli, parfait.
La Croix, dressée sur l’univers, est sommet de notre terre, du temps et de l’histoire.
« Stat crux, dumvolvitur orbis. »
Jésus crucifié attire tout àLui, inexorablement, puissamment, nuitamment.
Car le dernier mot est à l’Amour obéissant,
à l’Amour qui tue la mort homicide et fait toutes choses nouvelles.
Parce que Jésus trône sur le bois, Seigneur de gloire divine humiliée.
Parce qu’Il est le Serviteur, embrassant de ses bras écartelés l’immensité de toute souffrance et de nos pourquoi.
Parce que l’abîme de Sa miséricorde appelle, absorbe tous les abîmes de notre monde.
Tout est accompli !
Pour nous tous, pour moi enfin, en ce Golgotha, tout s’accomplit.
Jamais Jésus dans ma vie sans Sa Croix ! Jamais la croix, mes croix sans Jésus !
par pitié de Lui !
Oui, frères et sœurs, « la Croix nous fait peur… comme pour Jésus, mais avec Benoît XVI croyons-le, elle n’est pas la négation de la vie, elle n’est pas ce dont il faut se débarrasser pour être heureux.
Elle est le OUI extrême de Dieu à l’homme… la source dont jaillit la vie pleine et parfaite.»
Alors, tout est accompli, mais il me/nous reste à passer par le Golgotha, tout entier, pour aller au jardin de Vie,
à faire notre Pâque, à nous laisser sauver, goutte à goutte, racheter par le Sang de l’
Agneau innocent.
« Ce n’est pas pour rire que je t’ai aimé!»

Homélie Jeudi Saint par le Frère Maximilien-Marie

Homélie 9 avril 2017 par le Frère Laurent-Marie

En communion avec toute l’Eglise.

       Nous venons d’entendre le récit de la Passion de notre Seigneur Jésus-Christ. Sa Passion est un parcours douloureux qu’Il choisit dans une liberté absolue. Dans l’évangile de st Jean, Il le dit clairement lui-même : « Je donne ma vie… Personne ne me l’enlève ; mais je la donne de moi-même. J’ai pouvoir de la donner et pouvoir de la reprendre » (Jn 10, 17-18).

       Cette voie qu’il choisit est celle de l’humiliation, et du dépouillement. Cette voie, il choisit de la parcourir jusqu’au bout.

       En regardant Jésus dans sa passion, nous voyons comme dans un miroir les souffrances de l’humanité et nous trouvons la réponse divine au mystère du mal, de la douleur, et de la mort. Très souvent, nous ressentons de la douleur face au mal et aux souffrances qui nous entourent et nous nous demandons : « Pourquoi Dieu le permet-il ? ». C’est une blessure profonde pour nous de voir la souffrance et la mort, en particulier celle des innocents, des enfants ! Quand nous voyons des enfants souffrir, atteints d’une maladie ou victimes de la guerre, c’est une véritable blessure au cœur : ce mal demeure un scandale et un mystère.  Jésus, vrai Dieu et vrai homme, prend tout ce mal, toute cette souffrance sur lui. Cette semaine, cela nous fera du bien à tous de regarder le crucifix, d’embrasser les plaies de Jésus, de les embrasser sur le crucifix. Il a pris sur lui toute la souffrance humaine, il s’est revêtu de cette souffrance.

        Nous attendons que Dieu, dans sa toute puissance, vainque l’injustice, le mal, le péché et la souffrance avec une victoire divine triomphante. Dieu nous montre en revanche une victoire humble, qui humainement semble un échec. Nous pouvons dire que Dieu vainc dans l’échec ! En effet, le Fils de Dieu apparaît sur la croix comme un homme vaincu : il souffre, il est trahi, il est vilipendé et à la fin il meurt. Mais Jésus permet que le mal s’acharne sur Lui et il le prend sur lui pour le vaincre. Sa passion est un mystère déconcertant, le mystère de la grande humilité de Dieu : « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (Jn 3, 16).

 

     Jésus, qui a choisi de passer par cette voie, nous appelle à le suivre sur son propre chemin d’humiliation. Lorsqu’à certains moments de la vie, nous ne trouvons aucune issue à nos difficultés, quand nous sombrons dans l’obscurité la plus épaisse, c’est le moment de notre humiliation et de notre dépouillement total, l’heure où nous expérimentons que nous sommes fragiles et pécheurs. C’est précisément alors, à ce moment, que nous ne devons pas masquer notre échec, mais nous ouvrir avec confiance à l’espérance en Dieu, comme l’a fait Jésus. Chers frères et sœurs, au cours de cette semaine sainte, cela nous fera du bien de prendre le crucifix entre les mains et de beaucoup l’embrasser et de dire : merci Jésus, merci Seigneur. Nous pouvons dire chacun : « Même si j’avais été l’unique personne au monde, Il aurait traversé sa Passion pour moi. Il l’a fait pour moi ».

       Le mal, la souffrance, la mort n’ont pas eu le dernier mot. Jésus les a traversés pour nous, et il vient nous rejoindre dans nos épreuves de la vie.  Au moment le plus sombre, Dieu intervient et ressuscite.

       Il est le Premier des Vivants. Il a brisé les portes de la mort pour nous faire entrer dans la foi et l’espérance. Il est assis à la droite du Père, Il nous attend et Il Vient.

       Je vous invite à vivre avec ferveur cette semaine sainte, dans la certitude que Dieu nous rejoint dans nos souffrances et nos épreuves.

Que la Vierge Marie, pleine de grâce, nous accompagne sur le chemin de dépouillement et d’amour de Jésus.

 

 

 

Homélie 2 avril 2017 par le Frère Marie-Pierre

5ème DIMANCHE DE CARÊME   ANNÉE A

(Ez 37, 12-14 / Ps 129 / Rm 8, 8-11 /Jn 11, 1-45)

« Foutez-vous la paix ! et commencer à vivre »

Un bouquin trouvé à la gare il y a deux jours. Suggestif et actuel. Ecoutez ça :

« Cessez d’obéir : vous êtes intelligent. Cessez d’être calme : soyez en paix. Cessez de rationaliser : laissez faire. Cessez de vous torturer : devenez votre meilleur ami. Cessez de vous comparer : soyez vous-même. Cessez de vouloir aimer : soyez bienveillant… »

Son auteur : un philosophe, expert en méditation.

Frères et sœurs, il y a mieux, il y a plus urgent et radical, il y a…

« Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez le repos pour vos âmes » (Mt 11,29). Il y a cet Evangile de Lazare, « le miracle des miracles, la puissance des puissances, la merveille des merveilles » (St Pierre Chrysologue).

Il y a Jésus, Maître et Seigneur, tuant pour toujours la mort.

Le temps est court, les temps sont courts (la Fête sera vite là), alors 3 idées.

Et cet impressionnant…

« Lazare, viens dehors ! »

Mettons-nous d’abord bien d’accord : Jésus Lui-même a fait face, Il n’a pas trahi, dévié, zappé : l’unique question qui hante tout esprit humain, il y a répondu. Lui-même, tout Dieu qu’Il est, a connu  »notre sœur la mort corporelle » (st François). Il l’a traversée.

Aujourd’hui, comme Il l’a fait pour la fille de Jaïre, pour le fils de la veuve de Naïm, il ressuscite Lazare, et le rend aux siens. Le signe est là. Enorme !

Mais attention comprenons bien : point question de transhumanisme, d’un surhomme, d’une vie augmentée, améliorée. Jamais, à aucun moment, Jésus n’a promit, n’a offert une vie plus facile, sans souffrance, tranquille, en 1ère classe (cf Charles de Jésus). Plutôt le contraire. Comment se fait-il que nous revendiquions si souvent, auprès de Lui, une vie plus douce ?

Sommes-nous vraiment les disciples du Crucifié ?

Donc, cette réanimation est signe. De quoi ? 2 choses, il me semble, en qqsorte, une double résurrection. Au futur, et au présent.

« Lazare, viens dehors ! » Au futur…

Ce matin, Jésus dit (le mot est faible) : tu es promis à la Vie sans fin, au partage de Ma Lumière. Fais-moi confiance : je suis le Verbe de Vie, le Premier-né d’entre les morts.

Oui, frères et sœurs, après Lui, avec Lui, en Lui, comme Marie, nous aussi, nous ressusciterons tous.

La mort n’est que l’avant-dernier mot, le dernier est à Jésus : la mort est passage, sommeil, porte sur la vraie Vie. Bref, la mort n’est plus mortelle.

Du coup, je vis orienté, dirigé, en fonction : tout a un sens, mon avenir céleste donne cohérence. Bref, la question est : est-ce que je me prépare réellement à entrer dans la Vie ? Est-ce que ça se voit, s’entend ?

« Qui croit en moi, même s’il meurt vivra et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais…

il verra la gloire de Dieu »

« Lazare, viens dehors ! » Au présent…

Ce n’est pas tout. Car, ce que Jésus nous offrira, en plénitude, au dernier jour, Il le donne aujourd’hui, maintenant. En germe, en figure,  »en foi ». « Pour y être (au ciel), j’y suis déjà… » confessait petite Thérèse.

Oui, crois-tu cela ? Crois-tu que en toi (bientôt dans ta bouche), habite le Vivant-Vivifiant, la Résurrection et la Vie ?

Crois-tu alors que tu peux, tout de suite, sortir de tes tombeaux ? Haine tenace, addiction de tous styles, emprise de la chair, matérialisme chronophage et idolâtrique, langue de vipère, amour désordonné de moi-même… Crois-tu vraiment que la foi te fait communier à la Vie victorieuse, que rien ne peut, aujourd’hui, te séparer de Lui ? Et il y a un sacrement pour sortir du tombeau, aujourd’hui !

« Celui qui croit, celui-là obtient la vie éternelle. Il est déjà passé de la mort à la vie… » (Jn 5,24).

Alors, frères et sœurs, avec ste Elisabeth, nous rayons le mot  »découragement » de nos dictionnaires d’amour. Maintenant, en cette Eucharistie, nous accueillons, chacun, le don inestimable de la foi, pour marcher de (Sa) victoire en (ma) victoire vers le Vivant de Pâques.

« Toi, mon enfant, viens dehors ! »

Oui, « notre victoire, c’est notre Foi » (1 Jn 5,4). Amen !

Homélie 26 mars 2017 par le Frère Laurent-Marie

Nous sommes le 4ème dimanche de carême, et nous avons entendu le récit de guérison de l’aveugle-né. Pourquoi un tel récit alors que nous nous acheminons vers la célébration de la Pâque, la célébration de la mort et de la Résurrection du Christ ?

       Il nous faut voir encore ici, il me semble, tout comme avec la Samaritaine de dimanche dernier, une pédagogie de la foi, une confirmation du « croire ».

       Cet aveugle de naissance, guéri par Jésus, rejeté par les pharisiens – les autorités de la communauté juive – cet homme, « jeté dehors » nous dit l’évangile de ce jour, est introduit par le Fils de l’homme dans le peuple de Dieu.

       Cette entrée suppose une foi initiale, en ce que fait et dit Jésus, par ses gestes, par ses paroles : « Cela dit, il cracha à terre et, avec la salive, il fit de la boue ; puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle, et lui dit : « va te laver à la piscine de Siloé ».

        La piscine de Siloé est réputée pour ses eaux bénéfiques, sans doute l’aveugle y a déjà été conduit par ses parents lorsqu’il était enfant, ou encore plus tard.

       Mais cette fois-ci, c’est à la seule parole de Jésus qu’il y est envoyé, et sans que Jésus l’accompagne. Sa foi est en quelque sorte livrée à elle-même, puisque Jésus disparaît au milieu de la scène. Nous pouvons bien nous reconnaître nous aussi ici en notre foi livrée à elle-même bien des fois, vacillante, interrogative…

       Mais ici elle culmine, au cœur d’un bannissement : « Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors. Il le retrouva et lui dit : « Crois-tu au Fils de l’homme ? » Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je crois en lui ? » Jésus lui dit : « Tu le vois, et c’est lui qui te parle. » Il dit : « Je crois, Seigneur ! » Et il se prosterna devant lui ».

       Elle culmine dans une confession de foi personnelle, et dans l’adoration.

        A la question initiale des pharisiens sur l’identité de Jésus : « Et toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ? » L’aveugle guéri répondit : « C’est un prophète. », à la fin du récit il confesse sa foi en la personne de Jésus, le Fils de l’homme, Messie Sauveur.

       Il y a une profonde analogie avec le récit de la Samaritaine de dimanche dernier, cette dernière regarda d’abord en Jésus, un juif, puis un prophète, enfin elle le confessa comme le Messie.

       Dimanche prochain, Jésus sollicitera encore la foi, la foi de Marthe, sœur de Lazare : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? ».

       Les préfaces eucharistiques de dimanche dernier et d’aujourd’hui mettent aussi en relief la soif de Dieu de raviver, d’animer notre foi : « En demandant à la Samaritaine de lui donner à boire, Jésus faisait à cette femme le don de la foi. Il avait un si grand désir d’éveiller la foi dans son cœur… », et dans la préface d’aujourd’hui : « En prenant la condition humaine, il a guidé vers la lumière de la foi l’humanité qui s’en allait dans les ténèbres… ».

       Pourquoi donc ces textes, de dimanche en dimanche, nous parlent tant de la foi ?

Au commencement, nous avions été poussés par l’Esprit au désert avec Jésus, tenté par Satan. Nous sommes toujours appelés en ce temps de carême au jeûne, à la prière, à l’aumône (donner- pardonner), afin de nous « préparer aux fêtes pascales dans la joie d’un cœur purifié », cependant ce temps nous est révélé aussi comme un temps pour grandir dans la foi, raviver notre foi, et nous le comprenons bien.

       Nous le comprenons bien, car nous allons célébrer au terme du carême le point culminant de notre foi : la mort et la Résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ. Nous allons revivre, célébrés avec toute l’Eglise de tous les temps, le point central de notre foi, notre foi en la Résurrection du Christ, et par là même, notre foi aussi en sa Divinité.

       Par la foi, Jésus se révèle à nous tel qu’il a annoncé dans cet évangile : « Je suis la lumière du monde », et délicatement il nous laisse libre de cheminer, de lui répondre par l’assentiment de notre foi en sa Personne.

       Nous le voyons disparaître de la scène après la guérison, il laisse l’aveugle guéri découvrir dans sa relation avec ses voisins puis avec les pharisiens les implications de ses gestes et de sa parole : « …alors, j’ai vu ».

       La Samaritaine et lui expérimentent une illumination progressive de leur foi : « Il les a guidés vers la lumière de la foi… », comme il nous guide chacun vers la lumière de la foi, et vers l’adoration véritable.

       La foi rend en effet possible et effective l’adoration du Dieu unique, 1er commandement du décalogue : « Et il se prosterna devant lui », ces adorateurs du Père en esprit et vérité que révèle aussi Jésus à la Samaritaine qui confesse alors sa foi.

       Tous deux ont assez reçu pour confesser, pour témoigner auprès des hommes du Dieu vivant, de l’expérience de foi qu’ils ont vécue.

       C’est à cela que nous prépare le temps de carême avec son point culminant de notre foi à Pâques : nous sommes envoyés au monde entier, dans ce monde qui peut nous rejeter, pour confesser, pour témoigner que Jésus-Christ Ressuscité est le Sauveur du monde, le sauveur de nos vies.

       Chers frères et sœurs, il y aurait encore beaucoup à dire sur cet évangile, sur cet accouchement, cet engendrement dans la foi que suscite, éveille notre Seigneur Jésus-Christ en nous (voir Jn prologue 1,12). Elle est comme une perle précieuse. Notre Père saint Jean de la Croix nous enseigne qu’elle est le moyen proportionné de l’union de Dieu avec notre âme.

       A l’interrogation des voisins et d’autres personnes sur l’identité de l’aveugle de naissance guéri, ce denier répond : « C’est bien moi », le texte nous précise en grec : « Egô eimi », « Moi, Je suis » ; c’est la seule fois dans l’évangile ou cette formule n’a pas Jésus pour sujet.

       Cette formule, vous vous rappelez, est celle de la révélation du Nom de Dieu à Moïse auprès du buisson ardent, et que s’applique Jésus.

       C’est bien moi », « Egô eimi », sans être le Christ, les croyants que nous sommes parlent pourtant comme Lui. Nous avons reçu son Esprit : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est Lui qui vit en moi », s’écriera saint Paul. Nous sommes en Lui et Lui en nous. C’est ce que désir ardemment réalisé Jésus en chacun de nous.

       Laissons-nous conduire sur ce chemin de foi qui nous amène à Jésus, nous unit à Jésus pour témoigner par Lui, avec Lui et en Lui qu’Il est Ressuscité, et qu’Il est la Lumière du monde, le Sauveur des hommes.

 

Homélie 19 mars 2017 par Monseigneur Lacombe

Homélie 5 mars 2017 par Monseigneur Lacombe

Homélie 19 février 2017 par le frère Robert

Homélie 12 février 2017 par le frère François

Homélie 5 février 2017 par le frère Marie-Pierre

« Chrétiens, prends conscience de ta dignité !… Rappelle-toi… Souviens-toi ! Ne dégénère pas !» Ainsi rugissait le saint Pape Léon, au 5è s.

Et vous, frères et sœurs, qu’entendez-vous ce matin ? Jésus parle de nous : ne passons pas trop vite!

Ecoutez donc : « Toi, mon frère, ma sœur, prends conscience de ta dignité de baptisé. »

2 images simples, presqu’enfantines, mais immenses. Interrogeons-les, et tirons-en quelques enseignements pour nous, fidèles catholiques du Broussey et d’ailleurs.

Du sel d’abord

Il est discret, fin, fait pour disparaître, mais, pas besoin d’être un fin gourmet, quand il manque, on le sait.

En régime… biblique, le symbole est ultra riche : signe de l’Alliance (de la communion entre Dieu et les hommes), marque d’hospitalité, conservateur certain, purificateur reconnu.

Bref, le sel parle de conversion, de persévérance :

« Ayez du sel en vous-mêmes, vivez en paix les uns avec les autres » (Mc 9,50) dit Jésus.

Et mieux que tout de… saveur. Oui, comme un condiment de vie. Être sel, c’est, à coup sûr, goûter la vie, la Création, les autres… par le dedans !

Et si, mes amis, le chrétien portait le secret du vrai goût des choses de la vie, de cette terre ?

Et si, sans le chrétien, tout risque fort d’être insipide, terne, tout à fait ennuyeux ? En fait !

Comme si mon baptême vécu me donnait l’assaisonnement indispensable pour apprécier la vie, rassasier le coeur.

La lumière maintenant

Les enfants du caté le savent bien : ça éclaire, ça réchauffe et ça réjouit.

Sans lumière, c’est la ténèbres, la froideur, la tristesse.

Etre lumière du monde, mais c’est donc proprement indispensable ! Sans elle, sans nous, que deviendraient la planète, les hommes nos frères ? Un trou noir ?

« Vous êtes tous des enfants de la lumière, des enfants du jour » (1 Th 5,5).

Ma vie d’enfant de Dieu, ma vie de baptisé serait-elle donc cet humble cierge, qui change tout ?

Avec lui, on y voit, on n’a plus peur, on reçoit la joie. Confiance, confiance : Jésus croit en moi !

 

Alors ?

3 instructions, claires et appétissantes :

1. N’est-il pas évident, frères et sœurs, qu’Il nous faut, absolument, recevoir ce sel et cette lumière ?

Le baptême a allumé le feu et assaisonné nos êtres. Chaque communion eucharistique, chaque confession, comme chaque don de soi intensifient la chose : Deviens donc, chrétien, ce que tu es! par pitié pour ce monde !

2. La vie risque bien alors d’être extra-ordinaire (mais pas selon le monde) :

« Framboise, explique ste Elisabeth, il faut prendre conscience que Dieu est au plus intime de nous et aller à tout avec Lui ; alors on n’est jamais banal, même en faisant les actions les plus ordinaires, car on ne vit pas en ces choses, on les dépasse ! »

 

Et Etty (Hillesum) : une même mélodie :

«… vivre constamment dans la familiarité de Dieu comme si c’était la chose la plus simple du monde… ne rien sacrifier de la réalité extérieure à la vie intérieure, pas plus que l’inverse, voilà une tâche exaltante, et, là où l’on est, être présent à cent pour cent. Mon  »faire  »consistera à  »être ». »

3. Sans le savoir, le monde, la France, la Gironde a besoin de moi, de nous (on demande des chrétiens, des vrais).

Oui, il dépend de nous, petits chrétiens imparfaits, que cette terre donne son goût, réjouisse les cœurs, conduise surtout chacun à la Source de la lumière et de la vie (« ils rendront gloire à votre Père. »)

France, mon frère, ma sœur, qu’as-tu fait de ton baptême ? de ton Evangile ? de ton cierge baptismal? Que feras-tu tout à l’heure, demain, de cette sainte communion du jour ?

Oseras-tu vivre pour les autres, au service ? Malgré tout !

Il est temps d’écouter ce (ceux) que nous sommes : cela nous vient du 2è s.

« Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les coutumes… Ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et le reste de l’existence, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur manière de vivre. Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s’acquittent de tous leurs devoirs de citoyens…

Ils sont dans la chair, mais ils ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais ils sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies, et leur manière de vivre est plus parfaite que les lois. Ils aiment tout le monde, et tout le monde les persécute. On ne les connaît pas, mais on les condamne ; on les tue et c’est ainsi qu’ils trouvent la vie. Ils sont pauvres et font beaucoup de riches. Ils manquent de tout et ils ont tout en abondance. On les méprise et, dans ce mépris, ils trouvent leur gloire. On les calomnie, et ils y trouvent leur justification. On les insulte, et ils bénissent. On les outrage, et ils honorent. Alors qu’ils font le bien, on les punit comme des malfaiteurs. Tandis qu’on les châtie, ils se réjouissent comme s’ils naissaient à la vie. »

Bx sel de la terre et lumière du monde que nous sommes ! Qu’il en soit ainsi !

 

Homélie 29 janvier 2017 par le frère Laurent-Marie

       « Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse ». Les Béatitudes, Jésus nous expose les Béatitudes : « Heureux les pauvres de cœur…heureux les doux…heureux ceux qui ont faim et soif de justice…heureux les miséricordieux…heureux les cœurs purs…heureux les artisans de la paix… heureux ceux qui sont persécutés pour la justice…heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi… ».

       Que découvrons-nous dans ces Béatitudes, qu’elle en est le Cœur ?

       Vous l’avez peut-être entendu, au cœur de cette litanie des Béatitudes, des Heureux, notre Seigneur, par 2 fois, parle de justice : « Heureux ceux qui ont faim et soif de justice… Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice… ».

       Si vous l’avez remarqué, déjà, les textes précédents font référence à la justice.

        D’abord le prophète Sophonie, par ces paroles que le Seigneur lui adressa : « Cherchez la justice, cherchez l’humilité : peut-être serez-vous à l’abri au jour de la colère de Dieu »… ». Et encore : « Ce reste d’Israël ne commettra plus d’injustice… ». Le psaume 145 nous affirmait aussi : « Le Seigneur fait justice aux opprimés…Le Seigneur aime les justes ».

        Enfin st Paul s’exclame : « C’est grâce à Dieu, en effet, que vous êtes dans le Christ Jésus, lui qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification, rédemption… ».

        Quel lien entre les Béatitudes et la Justice qui court le long des textes de ce jour ?

       Et de quelle justice s’agit-il ?

       Peut-être que la prière d’un enfant qui lisait, méditait la parole de Dieu, et priait, peut nous aider, nous éclairer.

       Lorsque nous lisons la parole, lorsque nous la méditons, nous ne sommes jamais seul, le Seigneur se penche sur nous, son Esprit, les saints aussi qui veulent nous communiquer leur amour, notre ange gardien est là tout près…

       Quand cet enfant lisait la parole, et qu’il lui était donné de comprendre ou plutôt de considérer toutes les victimes du monde passé, et présent ; les victimes de la guerre, de la ségrégation, les hommes et femmes, enfants, morts dans les camps de concentration, les martyrs de notre foi, les victimes des dictatures qui bien souvent ont lutté pour la justice, la vérité, le bien commun…(alors que pour certains, voire beaucoup étaient hâtés) ; quand il considérait tous les humbles de la terre, tous ces hommes et femmes qui ont été méprisés, comptés pour rien, persécutés, calomniés, assassinés…Il se demandait : « Qui leur rendra justice ? Les hommes de la terre ? ».

       Il ne comptait pas trop sur la justice des hommes ; regardant le Christ, Chemin, Vérité et Vie, crucifié (se disant d’ailleurs que lui aussi sans doute au temps du Christ, il aurait participé à son crucifiement, et de fait, nous l’avons tous crucifié par nos péchés, comme nous l’affirme  le prophète Isaïe : « C’était nos fautes qu’il portait, nos péchés dont il était chargé »).

        Alors, cet enfant considérant que personne ne rendrait justice à ces victimes, mettait sa joie, il mettait sa joie dans la justice, dans la Justice de Dieu Consolatrice, cette justice qui allait consoler tous les hommes, femmes, enfants, qui ont souffert, qui ont été opprimés, exploités, méprisés, torturés durant leur vie sur la terre.

C’était sa joie de les voir, de les considérer auprès de Dieu, dans un bonheur, une béatitude sans fin, éternelle, après toutes les épreuves qu’ils avaient subies.

C’est bien de cette Justice dont nous fait part Jésus dans les Béatitudes : relire le texte…et souligner le futur :

« …Ils recevront la terre en héritage…ils seront rassasiés…ils obtiendront miséricorde…ils verront Dieu…ils seront consolés ».

Vous entendez que tout est au futur, que Dieu leur fera, leur rendra justice ; cette Justice de Consolation que nous entendons déjà dans la 2ème Béatitude : « Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés ».

Mais cette consolation de Dieu q’il nous promet, qu’il promet n’est pas qu’au futur, elle n’est pas relégué seulement après la mort ; elle est aussi au présent, dans l’appel que nous lance le Seigneur chaque jour : « Consolez, consolez mon peuple » dit le Seigneur Dieu par le prophète Isaïe, et c’est au présent (Is 40,1).

Et c’est justice que de consoler le peuple de Dieu.

       Ce dimanche, est la Journée Mondiale des Lépreux, inaugurée par Raoul Follereau en 1954. Raoul Follereau, face à l’injustice dont était victime les lépreux, bannis, rejetés, a bien saisi un jour cette Justice de Dieu Consolatrice. A l’âge de 33 ans, il déploiera toute son énergie pour leur cause.

       Déjà à l’âge de 15 ans, il donnait à Nevers, sa ville natale, sa première conférence dont la recette était destinée aux Petites Sœurs des Pauvres, nous livrant sa devise :

« Vivre, c’est aider les autres à vivre ».

« Etre heureux, c’est faire des heureux… ».

       Une nouvelle béatitude, en acte et à partager : Etre heureux, c’est faire des heureux ; une Béatitude au présent, qui n’attend pas…

        Dans le cas de la lèpre, c’est plus de 200.000 nouveaux cas par an, dont 20.000 enfants atteints.

       Cette Béatitude qui n’attend pas, le Seigneur nous l’exprime juste après le récit des 9 Béatitudes que nous venons d’entendre chez st Matthieu :

       « Vous êtes, vous, le Sel de la terre…vous êtes, vous, la Lumière du Monde…qu’ainsi brille votre lumière devant les hommes, afin qu’ils voient vos belles œuvres et glorifient votre Père qui est dans les Cieux ».

       Vous êtes, vous, le sel de la terre, vous êtes, vous, la lumière du monde, c’est au présent. Nous sommes ici et maintenant sur la terre, pour tous les hommes et femmes de notre temps, Sel de la Terre, et Lumière du Monde à sauver. C’est un don que nous avons reçu, et que nous sommes appelés à mettre en œuvre. Une béatitude de responsabilité, une béatitude de solidarité, une béatitude de communion à toutes les misères, toutes les souffrances de notre monde, une béatitude de Salut pour la plus grande Gloire de Dieu notre Père.

       Puisse l’Esprit Saint nous rendre témoins de l’Amour de Dieu, de l’Amour Consolateur de Dieu pour tous les hommes. Cela est Justice, car nous avons été créés pour cela.

Homélie 1er janvier 2017 par le frère Jean-Raphaël

Dimanche 1er janvier Sainte Marie Mère de Dieu Nb 6, 22-27 ; Ps 66 ; Ga 4, 4-7 ; Lc 2, 16-21

Chers frères et sœurs, que veut nous dire l’Eglise lorsqu’elle proclame que Marie est Mère de Dieu ? C’est à la fois très simple, et très profond. Car tout ce qui est simple est profond, tout ce qui  est profond est simple. Marie est Mère de Dieu, d’abord parce qu’elle est le chemin que Jésus a décidé de prendre pour nous donner son humanité. Jésus est né d’une femme, il n’a pas fait semblant d’être humain. Il a été petit enfant dans les bras de sa maman, il a reçu d’elle son corps humain, sa psychologie, son éducation. Mais Marie n’est pas seulement Mère de Jésus, elle est Mère de Dieu. Car Dieu a voulu, a décidé, que Marie serait le chemin par lequel il nous donne non seulement l’humanité de Jésus, mais Jésus tout entier, son corps, son âme, sa divinité. Dieu veut nous rendre heureux en se donnant à nous. Mais cela ne lui suffit pas. Il veut non seulement nous rendre heureux, mais il veut que les hommes aient l’honneur et la joie de donner le vrai bonheur qu’il est lui. Et la Vierge-Marie a une place toute particulière dans cette façon qu’a Dieu de se donner : c’est toujours par elle que Dieu veut passer. Elle est Mère de Dieu, c’est par elle que Jésus vient dans le monde, que Jésus vient dans nos cœurs.

Alors concrètement chers frères et sœurs, qu’est-ce que cela signifie ? Aujourd’hui je vous propose de retenir une chose, une seule chose : que la Vierge-Marie nous apprend comment on accueille Dieu dans notre vie, en étant attentif à ce qui est invisible, à ce qui ne fait pas de bruit, à ce qui compte vraiment. Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. Quand on y pense sérieusement, chers frères et sœurs, n’est-ce pas étrange ? On parle d’évènements, mais en fait, il ne s’agit pas de grand-chose, presque rien. Des bergers, des pauvres types, qui racontent avoir vu des anges. On les soupçonne d’être un peu déséquilibrés. Et puis une annonce tout à fait incompréhensible à dire vrai, au sujet de son enfant qui pourtant est comme les autres.

De toutes petites choses, dérisoires et incompréhensibles. Et voilà comment Dieu se donne, voilà ce que Marie retient et médite. Il y avait de grands évènements alors, comme aujourd’hui. Le règne d’Auguste, l’empire romain qui s’étend, ça, ce sont des évènements. Mais Dieu n’y était pas. Il se donnait en des évènements dérisoires, dans un petit enfant, par des pauvres types. Chers frères et sœurs, Dieu se donne toujours d’une manière qui nous dépasse à la fois par sa grandeur et par sa petitesse. Il se donne dans des graines minuscules, qui poussent silencieusement et donnent des fruits immenses. Eh bien, Marie qui médite et retient dans son cœur est celle qui veille sur ces graines où Dieu se donne, qui veille sur leur croissance silencieuse, qui les laisse pousser à leur rythme, pour qu’elles donnent l’arbre de la Croix, l’arbre du salut. Chers frères et sœurs, Marie veille pour nous et avec nous sur ces graines où Dieu se donne, sur ces toutes petites choses qui nous dépassent et où Dieu se donne. Ce qui compte vraiment dans notre vie n’est pas fracassant. Vous savez sans doute que saint Jean-Paul II appelait les femmes sentinelles de l’invisible ? Marie est la sentinelle de l’invisible. Et elle nous apprend à être sentinelles de l’invisible, spécialement à vous, jeunes filles, jeunes femmes, femmes. Avec Marie, voici votre grâce toute particulière, votre vraie grandeur : veiller sur ce qui paraît peu, sur ce qui est invisible, sur ce qui ne fait pas de bruit mais qui compte vraiment : la vie, la vraie vie qui pousse au milieu du vain fracas des affaires et des guerres. Et pour être un petit peu plus concret, je crois qu’on veille sur la vraie vie dans la charité, en prenant soin de ceux qui sont près de nous. De Jésus dans la prière, de nos proches, dans la sollicitude sans bruit, la sollicitude fidèle, concrète.

Chers frères et sœurs, Marie veille sur les graines de Dieu qui poussent dans le jardin du monde. En cette nouvelle année, écoutons-là, suivons-là dans cette veille silencieuse, apprenons d’elle, en la fréquentant dans la prière, ce qui compte vraiment. Amen.

Homélie jour de Noël 2016 par le frère Robert

Chers Frères et Soeurs,

Bon Noël ! Joyeux Noël !

Avec Marie et Joseph, nous fêtons la Nativité du Seigneur.  Ils sont là dans la crèche, heureux devant l’Enfant nouveau-né. Et nous sommes tous invités à partager la Joie du Verbe fait chair. Le Seigneur est heureux d’être parmi nous, l’un de nous, solidaire de notre histoire, vivant en propre l’aventure humaine. Il est l’un des nôtres ; le Fils de Dieu est avec nous, pour nous.

La Nativité du Seigneur.

On peut dire que c’est aussi notre mise au monde, la révélation de notre plus authentique visage. « En Lui, tout a été fait. » Le Christ nous révèle à nous-même, car nous sommes créés à son image et ressemblance. Il témoigne de notre plus grande dignité : nous sommes enfants de Dieu, objets de sa complaisance. Le Père est heureux de nouer dialogue avec nous, de nous donner sa Parole -de nous ‘donner sa Parole’- lui, le fidèle. Il est heureux de nous porter dans l’Amour, de livrer l’Esprit de communion, de se donner.

Il est plein de Joie, infiniment heureux de nous recevoir dans une étreinte pleine de Paix et de Lumière. Joie partagée, danse infinie de vie.

Quel grand mystère nous est révélé par la foi en ce Jésus-Enfant qui vient vivre avec nous pour nous faire vivre avec Lui.

« Et le Verbe s’est fait chair. »

Nous recevons tout de son être infini, et pourtant, il se place en vis-à-vis, il nous veut partenaire… « Et le Verbe s’est fait chair. »

L’apôtre saint Jean qui, comme l’aigle, voit loin, profond, pénétrant, vaste, nous témoigne de ce Jésus qu’il a si longtemps fréquenté.

Il est le « Verbe qui, au commencement, était tourné vers le Père. »

« Au commencement… »

Avant que la création soit, il y avait le Verbe tourné vers le Père. Le Père et le Fils en dialogue, en communion d’Amour.

Et nous sommes issus de cet infini de l’Amour qui est Dieu.

« Et tout fut fait par lui. »

Et nous sommes là, créatures infiniment désirées par Dieu.

« Et Dieu vit que cela était très bon. »

« Et Il vient chez les siens. »

« Et à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. »

Chers amis,

 Ne refusez pas à Dieu la Joie de vous accueillir comme enfant, comme ami, comme partenaire.

 Et alors… Cette grande Joie que vous donnez à Dieu, à ce petit Enfant venu vous sauver, est source de Paix, de Joie et de Lumière, pour votre cœur, votre vie, pour notre monde. Là est la seule, l’unique Source de vie.

Parlez-lui ! Écoutez-le !

Bon Noël ! Joyeux Noël !

Homélie nuit de Noël 2016 par le frère François

« Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’Il aime. » dit la troupe céleste des anges, à qui ? Aux plus petits, aux plus méprisés de la société. La bonne nouvelle du Sauveur de l’humanité est révélée au monde entier par des bergers. Non par les moyens des grands pouvant diffuser les nouvelles impériales en l’époque, par le personnel du Gouverneur Quirinius, non par ce qu’il y a au plus bas dans l’échelle de la société. C’est bien là la signature divine. Des Bernadette de Lourdes, des Mariam, des sainte Germaine de Pibrac dont certaines ne savaient ni lire ni écrire, bref par des petits riens Lui qui est le Tout. « Ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est fort » 1Co 1,27

Car comme il sera lu à la messe du jour, il est « Celui qui soutient l’univers de sa parole puissante » c’est cette parole unique du Père qui est là dans une mangeoire et qui se dévoile dans l’extrême petitesse aux plus pauvres. Cet univers qui n’a jamais paru aussi vaste avec plus de 45,6 milliards d’années lumières dont la lumière n’a parcouru que 13, 8 milliards d’années lumières et qui est tenu par cette Parole puissante dans le temps et dans l’espace et qui est là dans un nouveau-né vagissant dans une mangeoire avec pour tous adorateurs la mère Marie, le père Joseph et de pauvres bergers Ce nouveau-né est celui qui tient l’univers. Là réside la folie de Dieu, la folie de la Miséricorde.

Paradoxe de Dieu expression de sa Miséricorde qui se manifeste aux petits car, comme le dit Jean de la Croix, le plus grand des mystères n’est pas tant la création de cet univers fantastiquement grand et beau de la beauté divine, mais l’incarnation de Dieu, de sa Parole et subséquemment de la foi, de cette grâce faite à l’homme de recevoir et de vivre du divin de participer à sa propre vie. C’est cela la grâce, Dieu qui se donne pour nous faire partager sa propre gloire divine. Comme le dit saint Paul il nous a créés pour être à la louange de sa gloire, pour devenir Dieu et les anges proclament aux bergers cette divine gloire pour que nous la chantions, bien plus que nous y participions.

En cette nuit, le Tout Puissant s’est fait le tout petit, le tout vulnérable pour venir redonner l’espérance aux plus vulnérables pour leur manifester qu’il était avec eux qu’ils lui étaient les plus chers, bien plus qu’il était en eux qu’ils avaient un prix divin à ses yeux et qu’il leur offrait sa propre divinité. Dieu s’est fait homme situation intolérable pour les religions non chrétiennes.

 

Qui ne s’attendrit pas devant un nouveau-né et celui-là est celui qui donne l’existence à tout l’univers. Quelle folie, Dieu est vraiment fou, notre Dieu est fou mais cette folie est plus sage que la folie des hommes comme dit Paul dans la deuxième aux corinthiens. Nous venons de sortir de l’année de la miséricorde et la plus grande preuve de la miséricorde divine est bien son incarnation et son incarnation au plus bas de la société des hommes.

Puisqu’Il descend jusqu’à nous, point n’est besoin de monter mais de l’accueillir dans notre existence et même d’accepter de descendre puisqu’Il est au plus bas, bien plus bas que nous qui aimons les grandeurs. « Je me tiens à la porte et je frappe. » Ap 3, 20 mais trop souvent nous sommes aux étages supérieurs alors qu’il frappe à la basse porte. Aussi descendons jusqu’à cette porte du cœur pour adorer dans le silence. L’abîme de nos misères est appelant de l’abîme de sa miséricorde.

Si nous l’accueillons alors, « le mystère de l’homme s’éclaire dans le mystère du Verbe incarné… Nouvel Adam, le Christ…, manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation… Devenu conforme à l’image du Fils, premier né d’une multitude de frères, le chrétien reçoit les prémices de l’Esprit Rm 8, 23, qui le rendent capable d’accomplir la loi d’amour. Par cet Esprit, « gage de l’héritage » Ep. 1, 14. » Gaudium et Spes 22.

En cela Dieu laisse l’homme entièrement libre de faire le choix de sa vie sans Dieu ou le choix de sa vie en Dieu. S’il dit oui et qu’il ne reprend pas son oui, il devient Dieu par participation comme le dit Pierre en 2 P 1, 5. « Ainsi s’accomplit une nouvelle incarnation du Verbe dans la personne du chrétien. Elle équivaut à une résurrection qui suit la mort sur la croix. » Science de la Croix p 305

La nuit de Noël nous offre le début de cette incroyable destinée humaine, en fait débutée 9 mois plus tôt par le oui de Marie, mais lorsque l’enfant paraît commence l’histoire de notre rédemption, de notre adoption et participation à la vie de Dieu. Nous sommes précédés par un vouloir d’amour qui dans sa folie amoureuse se donne pour nous offrir en toute liberté la possibilité de revenir en son amour, dans la participation à sa divinité. La question fondamentale qui se pose, après avoir compris ce geste fou de Dieu est celle de notre humilité, de notre oui au projet rédempteur de Dieu sur chacune de nos âmes. Nous laisserons-nous aimer en toute vérité et humilité ?

 

 

Homélie du dimanche18 décembre 2016 par le frère Jean-Raphaël

4e Dimanche de l’Avent Is 7, 10-16 ; Ps 23 ; Rm 1, 1-7 ; Mt 1, 18-24

Chers frères et sœurs, il me semble que Dieu devait beaucoup apprécier saint Joseph. C’est évident, parce qu’il l’a choisi pour prendre soin de son Fils. Et même, nous pourrions être plus précis, Dieu devait trouver saint Joseph très reposant. Parce qu’il semble bien que les hommes puissent fatiguer Dieu : Écoutez, maison de David ! Il ne vous suffit donc pas de fatiguer les hommes : il faut encore que vous fatiguiez mon Dieu !. Il semble qu’Acaz ait été un peu fatigant, parce qu’il ne fait pas les choses simples qu’on lui demande : le Seigneur parla ainsi au roi Acaz : « Demande pour toi un signe de la part du Seigneur ton Dieu ». Acaz répondit : « Non, je n’en demanderai pas ». Au contraire, saint Joseph lui, fait tout de suite ce qu’on lui demande, sans poser de question. Pourtant, il y aurait de quoi poser des questions. Parce que ce qui est annoncé est tout de même fort énigmatique : Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. Joseph pourrait très bien demander à Dieu : d’abord, qui c’est l’Esprit Saint ? Comment peut-il engendrer un enfant dans le ventre de ma fiancée ? Et cet enfant, comment va-t-il nous sauver ? Un enfant, est-ce vraiment la réponse à nos problèmes ? Tu as compris nos vrais problèmes ? L’occupation des romains, l’oppression des faibles, et puis tous ces gros clients qui me volent allègrement… Et voilà que pour toute réponse, tu promets un enfant dont on ne sait pas d’où il vient. Joseph pourrait parler ainsi. Il ne le fait pas. Il se tait, et il fait simplement ce que Dieu lui demande. Chers frères et sœurs, il ne nous est jamais dit que Joseph ait été sur-intelligent, capable d’entrer dans les vues de Dieu. Ou extraordinairement fort et dépourvu de toute angoisse. Non. Simplement, Joseph fait ce qu’on lui demande.

 

Comme tous les hommes, il est pris dans une histoire qui le dépasse complètement, l’histoire du salut. Dieu lui fait l’honneur de participer à cette histoire, et pour cela il lui demande des choses simples, à sa portée. Il ne lui demande pas de tout comprendre, mais il lui demande de faire sa petite part. Et Joseph fait sa petite part. Combien Dieu devait le trouver reposant…

Chers frères et sœurs, tous, ensemble, nous sommes pris dans une histoire qui nous dépasse complètement. Dieu nous demande de participer à la grande histoire du salut. Bien sûr, nous ne comprenons pas tout. Franchement chers frères et sœurs, qui parmi nous pourrait se vanter de comprendre la Parole de Dieu. Qui pourrait se vanter de comprendre la façon dont Dieu sauve le monde : Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous). Un fils enfanté par une Vierge, franchement à mon avis, cela n’a qu’un rapport très très lointain avec la maltraitance de faibles, la faim qui tue quotidiennement, le règne de l’argent, la culture de mort, ou le réchauffement de la planète. Oui, c’est vrai, mais Jésus ne m’a pas demandé de lui apprendre son travail de Dieu. Il nous a demandé l’obéissance de la foi, comme dit saint Paul. Concrètement, retenons aujourd’hui que Jésus nous demande de faire notre travail de chrétien. En priant chaque jour, en nous confessant régulièrement, en allant à la messe chaque semaine. Il nous demande de faire notre devoir d’état, de papa, de maman, de religieux, d’enfant, en sachant que nous contribuons au salut de monde. Et cela suffit.

Chers frères et sœurs, Jésus n’a pas besoin de nos grandes idées. Il est Dieu, il est infiniment sage. Tout ce qu’il nous demande, c’est de faire comme Joseph, d’obéir dans la foi, de bien faire notre travail d’homme, notre travail de chrétien. Et il nous fait l’honneur, nous qui sommes de petits enfants de rien du tout, il nous fait l’honneur de participer ainsi à cette histoire qui nous dépasse et à laquelle nous ne comprenons pas grand chose, à cette histoire si belle pourtant, celle du salut qui commence avec Jésus dans la crèche. Amen.

Homélie solennité de saint Jean de la Croix par le frère Jean-Gabriel

Solennnité de Notre Père Jean de la Croix, Le Broussey, 14 décembre 2016

C’est un bien singulier destin que celui de ce carme espagnol que tout l’Ordre du Carmel Déchaussé fête solennellement en ce jour comme la figure la plus éminente et représentative de sa vocation à la vie contemplative et mystique.

Père et Maître de vie spirituelle, Juan de Yépès est né dans une toute petite bourgade de Castille, Fontiveros, au sein d’une famille dont le père, Gonzalo, d’origine noble, avait été déshérité en raison de son mariage avec une femme du peuple, Catalina Alvarez, qu’il aimait tendrement et dont il eut trois fils, Francisco, Luis, qui mourra prématurément, et enfin Juan, le dernier. Mais Gonzalo, tisserand de son métier, meurt en 1545, alors que Juan n’a que trois ans… Commence alors pour la famille une vie de pauvreté, voire de misère jusqu’à ce que Catalina s’installe avec ses deux enfants à Medina del Campo, 6 ans après la mort de son mari.

C’est là, en 1567, alors qu’il vient célébrer une première messe dans sa ville, que le jeune carme de l’Antique Observance, Jean de saint Matthias, rencontre la Madre qui le dissuade d’entrer à la Chartreuse, pour fonder la branche masculine de sa réforme, dont il sera donc l’initiateur et le docteur mystique que l’on connaît, sous le nom de saint Jean de la Croix.

Pauvreté féconde

Il est frappant de constater combien Jean fut très tôt confronté à la pauvreté. Cependant, loin de constituer un obstacle à son union à Dieu, elle en sera bien plutôt comme le moteur ou le tremplin qui l’élancera vers Lui. De Duruelo, l’humble berceau des premiers carmes contemplatifs, jusqu’à Ubeda, le petit couvent d’Andalousie où Fray Juan terminera ses jours dans la nuit du 13 au 14 décembre 1591, toute la vie et la doctrine de notre saint restent marquées par le sceau d’une pauvreté féconde.

Et lorsque nous parlons de la Montée du Carmel, qui représente le Mont de la Perfection de l’Amour divin, et la première oeuvre doctrinale de notre saint, nous pensons qu’il s’agit là d’une ascension vers Dieu. Mais la sagesse mystique de notre saint docteur va bien vite nous détromper sur ce sens, lui qui nous invite bien plutôt à descendre dans le tréfonds de nous-mêmes, dans la substance de notre âme, dans son centre le plus profond (el mas profundo centro del alma, dira-t-il…), pour mieux y découvrir et comme entremêlées, la présence du Bien-aimé qui l’habite par sa grâce, et celle, presque aussi abyssale, de notre pauvreté spirituelle. Descendre en soi-même pour mieux monter par le chemin de l’humilité, sur la Montagne du Carmel, qui n’est autre que le Christ Notre Seigneur, comme dit l’oraison de ND du Mont Carmel…

Passer par la Nuit, dont notre saint ne cesse de nous chanter les bienfaits, c’est apprendre que « le rayon de ténèbres » de la contemplation infuse éclaire l’homme sur sa pauvreté de pécheur et le dispose à la pleine ressemblance divine, à l’union d’amour où elle ne sera plus avec son Bien-Aimé « qu’un seul et même esprit et amour avec lui »(CS B).

Il s’agit en fait d’unir deux extrêmes : le rien de nous-mêmes et le tout de Dieu! Todo y nada!…

Non que le tout soit un but à atteindre, ou un sentier à défricher à coups de serpe ou d’efforts ascétiques laborieux ou de techniques sophistiquées, même si certains sanjuanistes l’ont pensé et écrit! Car il  s’agit plutôt d’accueillir en nous le Christ-Chemin qui conduit à la Vie; il  s’agit de ne pas lui faire obstacle et ne rien préférer à ce Royaume qui est au-dedans de nous.

Notre tout est en nous, depuis notre baptême, mais nous ne sommes pas hélas totalement en Lui! Là est la blessure de l’âme, qui ne peut guérir que par la Présence de l’Aimé… « Par l’esprit on va à DIEU, Ô déchirante infortune », disait un autre poète qui savait de quoi il parlait (c’est de Rimbaud qu’il s’agit…)!

C’est par l’Esprit de Dieu, l’Esprit Saint, infusé en celui de l’homme, que celui-ci peut parvenir à être uni au Christ, la Parole en qui le Père nous a TOUT dit, et qu’il peut devenir libre, de la liberté spirituelle des enfants de Dieu.

Alors l’âme devient capable de «  »quitter pour Dieu tout ce qui n’est pas Dieu » : purifiée de sa manière trop naturelle d’aimer Celui que terre et ciel ne peuvent contenir, elle entre, par la porte de la contemplation obscure et infuse, dans une connaissance intime et savoureuse, une relation et opération toute divine, où Dieu peut l’instruire en secret, « la purifiant de ses ignorances et imperfections naturelles et spirituelles » (NO II). Bienheureuse alors est l’âme ainsi sortie sans être aperçue; « elle s’affranchit alors de du démon, du monde et de sa propre sensualité, pour acquérir la liberté de l’esprit, si précieuse et désirée de tous » (NO II).

Mais cette liberté d’esprit ne peut se faire sans un véritable exode de nos tendances égoïstes qui font la guerre à notre âme, de tous ces désirs (Jean de la croix parle des « appétits ») désordonnés qui se nourrissent de tout ce qui ne peut satisfaire l’âme mais qui ne cessent au contraire, de « la tourmenter, de l’obscurcir, de l’aveugler, de la souiller ou de l’affaiblir ».

Mystique de l’Exode pour une libération véritable, celle de l’esclavage de la convoitise du péché pour parvenir à la terre promise de l’union à Dieu, où il n’est plus d’autre loi que celle d’aimer; mystique baptismale, tout simplement, puisque la grâce de notre baptême nous habilite à devenir d’authentiques mystiques, c’est-à-dire à donner toute leur mesure aux dons que Dieu nous a accordés, ces « profondes cavernes » que sont les vertus de foi, d’espérance et de charité, qui, sous l’influence des dons du Saint Esprit ( lamparas de fuego, les lampes de feu de la VF), ne demandent qu’à prendre racine dans notre intelligence (pour la foi), dans notre mémoire (pour l’espérance) et dans notre volonté (pour la charité).

Saint Jean de la Croix notre Père, nous rappelle que nous sommes tous appelés, et a fortiori les Carmes et les Carmélites à nous approprier les parole de saint Paul aux Galates : « Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi » (2, 20).

C’est là le grand message, la bonne nouvelle que notre saint msytique nous laisse : il y a un appel universel à la vie mystique puisque celle-ci ne constitue en rien d’autre qu’en l’épanouissement de la grâce de notre baptême.

Cela ne vient pas d’abord de nous, mais de Dieu; et il est toujours bon de relire la Strophe 3 de la Vive Flamme d’Amour, dans ses deux versions, A et B, qui constitue un sommet de la doctrine de notre saint (il faudrait à mon avis commencer par elle pour le connaître).

« Dieu est comme le soleil. Il luit sur les âmes pour se communiquer à elles » (47).

« La lumière de la grâce a appelé un autre abime de grâce, je veux dire la transformation de l’âme en Dieu, laquelle illumine à un tel point le sens de l’âme et le rend si agréable à Dieu, que la lumière de Dieu et la lumière de l’âme ne font plus qu’un » (71).

Aujourd’hui encore saint Jean de la Croix nous invite à entrer dans l’obscurité de la foi pour y découvrir de plus profondes lumières de connaissance et d’amour.

 Aujourd’hui encore, il s’adresse à chacun d’entre nous pour l’interpeler comme il le fait lui-même dans sa Prière de l’âme éprise d’amour :

Et toi, qu’attends-tu donc, puisque dès maintenant tu peux aimer Dieu dans  ton coeur? (26).

Amen

 

 

Homélie du jeudi 11décembre 2016 par le frère Marie-Pierre

3ème DIMANCHE DE L’AVENT   ANNÉE A

 (Is 35,1-6a.10 / Ps 145 / Jc 5,7-10 / Mt 11,2-11)

 

Dites-moi, frères et sœurs, voyez-vous vraiment la vie en rose ?

Franchement, est-ce bien sérieux, allez… chrétien, de voir aujourd’hui la vie en rose ?

Bien sûr que NON ! Et si les prêtres en ce jour sont parés de rose, ce n’est qu’un dégradé du violet, la blancheur de l’anniversaire de Jésus Lumière se dessinant doucement, et la Joie, la vraie.

Alors, comment va la vie ? Pour moi, je l’avoue, comme pour d’autres esprits fort intelligents s’il en est, la vie est en bleu. Assurément.

Je m’en voudrais de marcher sur les plates-bandes de brillants philosophes chrétiens, encore moins faire de la politique à l’ambon avec le bleu… marine.

Non. Voyons plutôt comment la liturgie de ce jour colorie nos jours de bleu et de ses variantes.

Avec Jean-Baptiste, accueillons le bleu sombre de nos existences !

Pour notre Prophète, coup dur. Il finit lamentablement sa vie dans un cachot ignoré au-dessus de la Mer Morte, et… en raison, svp, d’une obscure histoire de mœurs. Et voilà que lui, l’homme-Voix (de son Maître), énorme de crédibilité et de force, se fait tout petit et semble perdu. Son coeur est à l’image de sa prison : sombre. Il fait nuit. Sous ses pieds le sol se fait sable :

« Es-tu celui qui doit venir ? »

Oui, à son école, mes amis, goûtons la vie en bleu foncé.

Et affirmons-le, vaille que vaille : qui échappe (refuse) à la nuit échappe (refuse) à la vie !

Le Sauveur, la Vie véritable, va naître, mais c’est de nuit !

Et ma foi, mon plus grand trésor, va se rallumer, mais c’est de nuit !

Et mon chemin, pas le rêvé, le vrai, qui rencontre obstacles sur obstacles, c’est la nuit !

Frères et sœurs, la nuit est inévitable : elle est humaine, épreuves de toutes sortes, spirituelle inséparablement… car je suis, nous sommes spirituels, tout entiers.

Or, si je veux renaitre à Noël, je dois mourir : à mes espoirs humains, mes désirs de réussite par moi-même, mes accumulations, mes autojustifications, mes indépendances mortifères…

Avec l’annonce de l’Evangile, accueillons aussi le bleu clair de nos existences !

Dieu veut se donner : place ! place ! Dieu descend, préparons-nous… en creux, au fond. Bethléem, c’est la sombre grotte, c’est en bas.

 

 

Il y aura Noël pour qui accepte sa finitude, son dépouillement, sa pauvreté, sa faim et sa soif, ici ou là. Oui, avec JB, consentir à la nuit, l’affronter, l’habiter, la vivre, humblement, petitement !

Un Enfant-Dieu va s’offrir à la crèche de mon coeur, serai-je assez petit ?

Un Enfant-Dieu va s’offrir à ma foi : ai-je le courage de la nuit ? Car la vraie foi est nuit pour mon intelligence surpassée par le Mystère : « Ô nuit plus aimable que l’aurore, guide-nous vers Celui qui nous attend ! La nuit comme le jour illumine. »

Rendez-vous mercredi pour écouter le maître es foi saint Jean de la Croix.

Oui, car la vie c’est aussi léger, du bonheur : « Heureux, il ne faut pas vouloir l’être, mais commencer par l’être, au jour le jour et pas à pas » nous dit le philosophe.

Pour cela, obéissons vite à Jésus, entendons et regardons bien : « Les aveugles retrouvent la vue… les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. »

Il y a du ciel sur la terre, il y a du ciel en moi :  »écoutons-nous » et en nous,  »regardons- nous » et en nous ! N’y-a-t-il pas du petit, du fragile, des petits qui sont aimés, accueillis, ceux-là qui trouvent, retrouvent la lumière ? N’y-a-t-il pas du monde au Broussey et dans ses parloirs ? Un sourire ? Une main tendue ?

Oh oui, cela ne fait pas de bruit, comme les bougies, comme les fleurs. Rien à voir, svp, avec la méthode Coué !

Frères et sœurs, le ciel est réellement bleu, toujours, par-delà les nuages. La vie est effectivement bleu clair, et chantons, célébrons-le, bleu ciel. Achevons.

« Nous rêvions d’une vie en rose, et nous voilà couverts de bleus. »

Oui, telle est bien la couleur de la vie : bleue, et nuit et ciel.

Jésus qui se fait proche nous intime, avec son Précurseur,

de descendre dans la réalité, dans ma réalité, ma Galilée : du sombre et du clair.

de quitter la vie supposée, romancée, les projections de mes idéaux.

de renier franchement le Dieu imaginé, magicien, roue de secours, le Dieu qui reste au ciel, le Dieu de mes théories.

Unique est son Nom : Jésus Emmanuel.

Emmanuel, Il n’attend que de vivre tout avec nous.

Jésus, Il n’attend que de nous sauver de nos ténèbres infernales..

Laissons-nous simplement gagner à la joie du grand mystère qui approche !

Viens Seigneur Jésus !

Homélie du jeudi 8 décembre 2016 par le frère Laurent-Marie

Solennité Immaculée Conception

Dieu pour venir au monde, pour faire sa demeure au milieu de nous, choisit une femme.

       Il choisit de passer par la maternité d’une femme. Il aurait pu se manifester dans sa Gloire et sa Puissance sans intermédiaire, sans aucune coopération humaine.

       Il choisit de passer par la maternité d’une femme, la Vierge Marie, accordée en mariage à un homme de la maison de David.

       La Vierge Marie enceinte porte son Dieu, porte l’auteur de Sa Vie. La Vierge Marie porte en elle le Créateur de sa Vie, comme tout femme enceinte, par l’être de chair qui se forme en elle, et à qui Dieu infuse une âme, porte celui, celle, ceux qui feront, seront une grande partie de sa vie, de son cœur, de son âme, de son esprit…

       Dieu est Créateur non pas seulement parce qu’il nous a créés, mais aussi parce qu’il nous fait entrer en relation avec Lui ; il nous veut en relation avec Lui, ainsi il devient Créateur de nos vies par la relation qu’il instaure avec nous, et que nous instaurons avec Lui.

       De même une mère, en portant son enfant en elle, touche à la profondeur du mystère même de sa vie, du sens de son existence : « Tu es faite pour la Vie ». « Tu es faite pour donner la Vie ». « Tu es faite pour transmettre la Vie », de même elle nous fait entrer dans le sens du fondement de nos sociétés. Nous sommes des êtres de relation, en relation, et cette relation commence dès le sein maternel, entre la femme et l’enfant, entre la femme et l’homme à venir, entre la femme et la femme à venir.

        « Toucher à ce qu’elle porte en elle, est d’une part un viol de son être profond, de sa nature même ». Elle devient en quelque sorte une sorte d’OGM ; et d’autre part, c’est toucher aux fondements même de nos sociétés, basées sur le bien-vivre ensemble, basées sur la relation. La famille en est le premier lieu, la 1ère harmonie donnée, à travailler, pour un vivre ensemble en société.

        La femme est devenue une sorte d’OGM, un organisme génétiquement modifié, un organisme détourné de sa nature profonde. (Un organisme génétiquement modifié est un organisme vivant dont le patrimoine génétique a été modifié par l’intervention humaine).

       La génétique c’est mon patrimoine. Si l’on touche à mon patrimoine, à ce qui me constitue et me différencie, je suis dénaturé. La pression publicitaire des pouvoirs publics, des médias, qui présente l’avortement comme une réclame de lessive n’est pas autre chose qu’un attentat au patrimoine de la femme, à sa nature profonde et au mystère même de sa personne, de la personne humaine en générale et au sens de sa vie, de la vie. La femme est devenue l’OGM de la grande industrie dite pharmaceutique, et capitaliste ou l’OGM de l’opinion public, quand elle n’est pas l’OGM des trottoirs de la république, au parlement ou au sénat.

       L’avortement, les pilules du lendemain, dites tristement « mines anti personnelles », tant ils touchent à la structure de la personne, de la femme, à ce qui fait son identité, participent de cet attentat à la personne, de cet attentat à la vie, de cet attentat à la chair de ma chair, de cet attentat à la relation.

(A quand l’annotation sur ces boîtes, que cette pilule comme « la cigarette tue »), tue la femme en ce qu’elle est, tue nos sociétés basées sur la relation, le lien.

Vous avez bien saisi qu’en tout cela, je fais allusion au vote du sénat qui vient d’adopter la proposition de loi visant à étendre aux sites internet le délit d’entrave à l’IVG. Ce vote du sénat est malheureusement « un peu normal », quand on se tait sur l’avortement ou autre chose, l’ennemi, l’Adversaire gagne du terrain, et finit par envahir tout le terrain.

       A cette culture de mort, il nous faut lui opposer une culture de vie.

       Une culture de vie, c’est entre autres dénoncer déjà les œuvres de mort. Il nous faut discerner d’abord ce qui est un bien : puisqu’aujourd’hui donner la vie, promouvoir la vie peut devenir, devient un délit, et ce qui est un mal pour l’homme devient un bien. St Paul nous avait prévenu sur cela dans les derniers temps. La culture de mort vise à troubler les consciences, à les manipuler. Nous avons pour mission d’éclairer les consciences, de marcher nous-mêmes dans la lumière, nous avons donc besoin nous-mêmes de faire œuvre de vérité, sinon nous sommes de faux prophètes, nous n’annonçons pas le Christ : « Chemin, Vérité et Vie », nous nous annonçons nous-mêmes, nous devenons des mondains, nous devenons suffisants.

       Il nous faut accueillir la vie, cad adopter des bébés (ça pétille de vie un bébé) ; il nous faut faire œuvre de charité, cad accueillir Dieu dans nos vies, accueillir son Esprit, accueillir Dieu qui se fait petit enfant en nous, comme dans le sein de la Vierge Marie ; faire œuvre de charité, c’est donner Dieu et se donner soi-même, donner toute sa vie.

       Je conclurai par une litanie de sainte Mère Térésa sur la Vie :

La vie est une chance, saisis-la – La vie est beauté, admire-la.

La vie est béatitude, savoure-la – La vie est un rêve, réalise-le.

La vie est un défi, relève-le – La vie est un devoir, accomplis-le.

La vie est un jeu, joue-le – La vie est précieuse, prends-en soin.

La vie est richesse, conserve-la – La vie est amour, jouis-en.

La vie est un mystère, perce-le – La vie est promesse, tiens-la.

La vie est tristesse, dépasse-la – La vie est un hymne, chante-le.

La vie est un combat, accepte-le – La vie est une tragédie, lutte avec elle.

La vie est une aventure, ose-la – La vie est bonheur, mérite-le.

La vie est vie, défends-la.

O Marie, conçue sans péché…

Homélie du dimanche 4 décembre 2016 par le frère Jean

Homélie du dimanche 27 novembre 2016 par le frère Robert

1er dimanche de l’Avent (année A).

(Is 2,1-5 ; Ps 121/122 ; Rm 13,11-14 ; Mt 24,37-44).

 

En ce premier dimanche de l’Avent, nous commençons une nouvelle année liturgique. L’année liturgique comporte : le cycle de l’Avent et Noël ; le temps ordinaire ; le cycle du carême et du temps pascal ; et à nouveau le temps ordinaire qui culmine par la solennité du Christ-Roi.

Chaque année, au fil des jours, nous redonnons ainsi à notre cœur et à notre mémoire la grande œuvre que Dieu fait depuis la création du monde jusqu’à la recréation définitive de toute chose dans la gloire du ciel.

Cette œuvre est signifiée, actualisée dans l’histoire du salut, par la venue du Christ parmi nous, Jésus, heureusement toujours présent.

La liturgie ne nous invite donc pas à retourner en arrière dans le temps, et puis de toujours tourner en rond, -non.

L’histoire a un sens, une direction : le Seigneur vient. L’histoire a un sens, une signification : une rencontre amoureuse. L’histoire a une intensité, une profondeur : Il est là, Jésus est là avec nous.

 

Et par le cycle liturgique, nous nous émerveillons des Hauts Faits de Dieu, de sa venue parmi nous, de sa présence à nos côtés dans notre marche quotidienne. Il est déjà là au fond de nous, dans le cœur à cœur, si nous le voulons…

Durant le temps de l’Avent qui commence, nous nous disposons à accueillir le Seigneur. Et pour cela, quatre dimanches éclairent notre route -vous voyez ici, au pied de l’ambon la couronne de l’Avent avec ses quatre bougies, la première est allumée. En ces dimanches, Isaïe et Jean-Baptiste nous accompagnent, et puis aussi Marie, Marie qui par son Fiat a permis à Dieu de venir…

En ce premier dimanche, c’est Jésus lui-même qui nous invite à nous tenir prêts, à désencombrer notre cœur et notre existence pour laisser la priorité à l’amour, l’amour de notre Seigneur, l’amour de nos frères et sœurs, surtout le plus petits.

« Conduisons-nous honnêtement », nous rappelle saint Paul dans la première lecture entendue. Et ainsi « avec tous les peuples », nous témoigne Isaïe dans la première lecture, nous irons à la rencontre de Celui qui vient, qui vient toujours parce qu’Il est amoureux.

Viens Seigneur Jésus, viens, ne tarde plus !