Homélies

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Homélie dimanche 17 septembre par le frère Jean-Gabriel

Homélie dimanche 10 septembre par le frère Moïse

C’est un thème central de la Bible que celui de la responsabilité à l’égard du prochain, à l’égard du frère qui s’égare. Dans les pages que nous venons d’écouter, il semble significatif que notre vocation en Dieu, notre configuration au Christ, nous met dans une posture de responsabilité à l’égard des hommes. On n’est pas chrétien uniquement pour soi, pour son salut personnel, mais pour participer au grand projet de salut de Dieu pour le monde.

Cette responsabilité du croyant consiste en une mission de vérité et d’amour, qui exige un prophétisme courageux et un inlassable attachement à la paix, à l’unité. Notre méditation peut s’intituler : Le devoir d’avertir et de reprendre par et dans l’amour. Avertissement et reproche se présentent ici comme d’authentiques qualités du vrai amour soucieux du salut.

« Fils d’homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël.» Le Seigneur nous établit guetteurs pour le monde, pour la société, afin d’alerter et d’avertir du danger qu’entrainent les choix et les modes de vie des hommes de notre temps. Le monde est en danger, s’écriait notre mère sainte Thérèse. Il faut de la vigilance pour démasquer les multiples menaces contre le véritable salut de l’homme. Notre vie et notre engagement de foi implique l’indispensable devoir de transmettre à la société les avertissements de Dieu et ses appels à la conversion. Mais faut-il encore que nous soyons nous-mêmes disposés à entendre la parole de Dieu. Et pour ne pas paraître ridiculement prétentieux, il nous faut un effort de conversion continuelle à la lumière de cette parole.

En effet, comment nous tenir sur la hauteur, en sentinelles vigilantes et guetteurs attentifs, si notre style de vie n’est pas ordonné par la Vérité de l’Évangile qui éclaire et éduque la conscience, le cœur, la pensée, les sentiments et les affections de l’homme. Oui sachons, frères et sœurs, que le monde nous voit plus qu’il ne nous écoute. Rappelons-nous ce que disait Gandhi : « Quand je lis l’Évangile, je veux être chrétien, mais quand je vois vivre les chrétiens, je préfère rester hindou. » Le véritable prophétisme chrétien se réalise par le témoignage d’une vie évangélique.

Ainsi, notre office de guetteurs ne consiste pas à accabler nos contemporains de critiques amères, à les assommer à coup de dénonciation sévères. Notre prophétisme est dans la fermeté de foi et d’espérance, nourrie d’une généreuse charité. Il s’agit d’alerter et d’avertir non pour condamner, mais pour sauver. Malgré l’égarement et la laideur morale de notre monde, nous sommes toujours invités à lui manifester de la sympathie sans complicité aucune. Car c’est ce monde que le Seigneur désir sauvé.

Comme Dieu qui ne désespère jamais de l’homme, le chrétien, sentinelle de sa société, porte l’espérance, il chercher à la susciter et à la maintenir chez les autres.

 

Il n’est pas un prophète de malheur. Il est capable de scruter l’horizon de l’histoire pour y déceler des lueurs et lire les signes d’espérance qui redonnent force et courage de survie à ceux qui ploient sous le poids de l’existence. Malgré l’indifférence, la surdité du monde face aux appels insistants de Dieu, nous avons à assurer notre office de guetteurs pour ne pas endosser la responsabilité de la perte des autres.

Dans l’évangile, l’exercice de cette responsabilité à l’égard de nos frères prend la forme de la correction fraternelle au sein de la communauté ecclésiale. Jésus nous recommande à ce sujet une démarche progressive de dialogue personnel, d’appel à témoin et de recours à la communauté. Cette progression dans le processus de correction fraternelle est d’abord une invitation à tout mettre en œuvre pour récupérer er ramener ceux qui s’égarent. Elle signifie ensuite sur le respect absolu fait de délicatesse et de discrétion qui doit prévaloir dans tout reproche. Cela implique beaucoup de patience, beaucoup de miséricorde, mais aussi de fermeté.

Il est important de toujours distinguer reproche et critique. Dieu fait des reproches, mais il ne critique ni ne diffame. Les reproches ont un sens constructifs, ils sont en vue du bien et de la croissance de l’autre alors que les critiques sont une auto-valorisation au dépend de l’honneur et de la dignité d’autrui.

Qu’est ce qui nous permet d’assurer de manière juste notre responsabilité à l’égard des autres ? « Frères, ne gardez aucune dette envers personne, sauf la dette de l’amour mutuel… » L’exercice de notre responsabilité faite d’avertissement et de correction fraternelle n’est vrai que dans l’amour. Seul l’amour et rien que l’amour peut motiver, justifier et authentifier de telles démarches. Sinon elles deviennent très rapidement des moyens d’autojustification et d’auto-valorisation dans l’égarement d’autrui.

Au fondement de la correction fraternelle et de l’avertissement prophétique, se trouve donc l’admirable commandement de l’amour : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Ce n’est que dans l’amour, dans la vérité de l’amour que nous sommes assez libres pour ne vouloir que du bien. C’est en ce degré de l’amour qu’est l’expression de notre maturité humaine et chrétienne qui nous engage de manière responsable dans le salut de nos frères.

Dans la dette de l’amour mutuel, notre devoir d’aimer passe avant notre droit à l’amour. En effet s’il « est une immense douleur que de ne pas être pas aimé, le vrai malheur c’est de ne pas aimer » nous dit Camus.

Puisse la communion de ce jour nous renouveler, frères et sœurs, dans ce dynamisme de la charité pour aimer en vérité avec courage et audace, pour avertir et reprendre dans l’amour, en raison de l’amour et par amour. Amen.

Homélie dimanche 3 septembre par le frère Benoit-Marie

Homélie dimanche 27 août par le frère Moïse

Homélie dimanche 20 août par le frère Jean

Homélie de l’Assomption 15 août par le frère Jean-Gabriel

La fête de l’Assomption nous montre Marie déjà ressuscitée, corps et âme, dans cette vie éternellle où elle nous précède, et qui constitue notre ultime et véritable patrie.

Marie, chef d’oeuvre de la grâce, à qui nous pouvons désormais donner tous ces titres de gloire : Nouvelle Eve, Porte et Reine du Ciel, Immaculée et Mère des Vivants.

Marie est tout cela, certes. Mais il y a plus encore; car aujourd’hui, dans le mystère que nous célébrons, l’Eglise nous invite aussi à contempler notre propre mystère, notre propre destinée. Oui, Marie est notre Mère dans l’ordre de la grâce, mais elle est aussi notre soeur, toute proche de nous pour nous guider vers le Ciel, notre véritable patrie.

Car Marie est toute relative à Jésus, le Verbe éternel qui a voulu assumer notre nature humaine, c’est à dire qu’il a voulu élever, lui donnant un rang qu’elle n’avait pas auparavant, comme le dit si bien le Concile : « Parce qu’en lui (le Verbe incarné) la nature humaine a été assumée, non absorbée, par le fait même, cette nature a été élevée en nous aussi à une dignité sans égale. Car par son Incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme » (LG).

Voilà la toute première et essentielle assomption, de laquelle découle, pour Marie, comme pour nous, le mystère que nous célébrons aujourd’hui. Parce que Marie a été totalement assumée par l’Esprit Saint en tout son être, corps, âme et esprit, l’Eglise ose proclamer aujourd’hui « qu’ayant accompli le cours de sa vie terrestre, elle fut élevée corps et âme à la gloire du Ciel et exaltée par le Seigneur comme la Reine de l’univers pour être ainisi plus conforme à son Fils, Seigneur des Seigneurs, victorieux du péché et de la mort » (LG 59).

Ce dogme de l’Assomption, promulguée le 1er novembre 1950 par le pape Pie XII, ne vise donc pas seulement à magnifier Marie pour elle-même, mais à découvrir l’oeuvre de la grâce qu’elle ne cesse de chanter dans son Magnificat : « Le Seigneur fit pour moi des merveilles ». Surtout, elle nous permet d’anticiper ce qui nous attend tous, ce à quoi nous sommes tous promis, depuis notre baptême. Au-delà de la résurrection de la plus éminente des créatures humaines, c’est notre propre résurrection qui nous est rappelée aujourd’hui; nous fêtons en effet, dans l’Assomption de Marie, l’Espérance de toute l’Eglise d’avoir part à la résurrection de la chair. L’Eglise nous invite à croire fermement que, par la puissance de la résurrection du Christ, qui a assumé pleinement notre nature humaine, nous aussi  sortirons victorieux de la mort pour entrer, comme Marie, dans la vraie vie du Ciel. L’espérance chrétienne est donc bien éloignée de toutes ces pseudo-spiritualités qui  nous parlent de karmas antérieurs et de ré-incarnation.

Nous croyons, comme nous l’affirmons dans la récitation du Credo, à la résurrection de la chair, tout simplement parce que le Christ est ressuscité des morts et nous invite à ressusciter avec Lui pour une vie éternelle.

Cette vie éternelle nous est promise en plénitude dans la gloire du Ciel, notre véritable patrie. « Nous ne devrions donner le nom de vie qu’à celle qui ne finit pas » disait THÉRÈSE.

Non pas pour minimiser ou encore moins mépriser notre vie d’ici-bas, mais pour l’ordonner toute entière à celle qui ne finit pas; Thérèse ajoutait : « la vie c’est un trésor… chaque instant c’est une éternité, une éternité de joie pour le ciel, une éternité de voir Dieu face à face, de n’être qu’un avec lui » (Lt 96).

Oui, cette vie est un trésor dès lors que nous comprenons qu’elle est suspendue à l’éternité de Dieu dont elle est comme le signe tangible qui nous donne de l’entrevoir, déjà présente, comme à l’obscur, au cœur du temps.

 

 

Nous avons à découvrir, en chaque instant, l’espérance de l’éternité, du Ciel, sans laquelle la vie serait dépourvue de sens, absurde, comme tous les existentialistes modernes n’ont cessé de le proclamer sur tous les tons!

La vie n’est pas close sur elle-même, elle n’est pas absurde pour la foi chrétienne qui la place dans la perspective du Ciel, toute relative à cette éternité de joie que Dieu promet!

Il nous faut regarder toute chose sous cette instance d’éternité : nous avons raison de croire à une vie après la mort, mais il nous faut croire aussi à une vie avant la mort! Longtemps les chrétiens, sous couvert de l’espérance du Ciel, ont déserté la vie de la terre et les préoccupations du monde. Mais si cette vie humaine est l’anti-chambre de l’éternité, cela ne veut pas dire qu’elle n’ait pas de valeur,  bien au contraire : l’éternité est déjà commencée dans le temps, elle doit informer toute notre vie d’homme et lui donner tous les moyens pour qu’elle soit « une vivante offrande à la louange de la gloire de Dieu », comme nous le demandons dans une prière eucharistique.

Il nous faut cultiver l’Espérance, pour nous-mêmes et pour tous les autres. L’espérance est un don qui m’assure que Dieu veut me donner sa grâce en ce monde et sa gloire dans le monde  à venir. Dieu est fidèle : il me jette l’ancre de l’Espérance pour que j’arrime mon coeur au ciel et que je vive de cette vie éternelle déjà commencée dans le temps et dans le monde où il me donne de vivre. Ce temps et ce monde est le temps où  Dieu me demande de vivre et de témoigner de lui. Il n’y en a pas d’autre, et il serait vain que la nostalgie du temps passé nous serve d’alibi pour ne pas nous investir dans le monde, comme il serait illusoire de nous projeter dans une apocalypse imminente qui nous donnerait les mêmes raisons de nous désinvestir de ce monde…

« On retrouve le Ciel en même temps que l’on retrouve la Terre, parce que la Terre est l’œuvre du Ciel, et son chemin. » écrit Fabrice Hajadj dans L’aubaine d’être né en ce temps, un petit ouvrage que je vous recommande. Et il explique que « c’est notre manière de voir le monde tel qu’il nous est donné qui est en jeu, et selon un rapport qui ne se réduit pas à une logistique de la solution, mais qui commence par une logique de la célébration… »

Oui, frères et soeurs, en fait le Ciel nous ramène à notre terre! Il s’agit, pour nous chrétiens, de savoir lire les signes des temps, non pas pour nous ériger en prophètes de malheur, mais en célébrant la vie pour ce qu’elle est : un don de Dieu que nous devons faire fructifier, dont nous sommes responsables. Dieu nous invite plus que jamais à la contemplation : contempler, c’est découvrir au coeur du temps l’éternité déjà promise. Et l’écologie ne sera véritable que si elle est humaine et intégrale ; autrement dit si elle s’appuie sur « la contemplation d’un ordre naturel donné, et donc, si elle suppose, ultimement, la remontée vers un Créateur de cet ordre » (ibid.).

Notre créateur est aussi notre rédempteur. Notre Seigneur est aussi notre frère en humanité. Tels sont les paradoxes de notre foi : allier la toute-puissance divine avec son extrême proximité; la sainteté avec son infinie miséricorde! La terre avec le ciel!

En cette fête de l’Assomption, le Seigneur nous demande de prendre chacun notre part de grâce et notre part de tâche pour l’édification du royaume des cieux, un royaume, vous l’avez bien compris, qui commence, ici et maintenant, dès lors qu’on est assez pauvres pour l’accueillir en son coeur!

Heureux les pauvres de coeur, le royaume des cieux est à eux!

Marie, en son Magnificat, ne cesse de chanter cette béatitude : le bonheur de ceux qui n’ont rien par eux-mêmes, mais qui reçoivent tout de Dieu pour que toute leur vie soit un acte d’offrande à la miséricorde divine, toujours à l’oeuvre dans le monde:

« Je suis avec vous tous jours, nous dit Jésus lui-même, jusqu’à la fin des temps »…

 (Le Broussey, 15/08/16)

Homélie dimanche 13 août par le Frère Bruno-Joseph

Homélie dimanche 6 août par le Frère François

Homélie dimanche 30 juillet par le Frère Benoît-Marie

Chers frères et sœurs,

aux gens de Galilée, qui ne connaissaient pas sa véritable identité ou renâclaient à la reconnaître, Jésus s’est adressé en paraboles : à partir d’images de la vie concrète, il a essayé de leur faire saisir la nature du Royaume qu’il venait instaurer.

L’obscurité qu’il laissait planer dans ses explications du Royaume excitait l’intelligence des ignorants à découvrir au-delà des réalités matérielles un autre ordre bien plus profond, celui du divin. Elle laissait leur intelligence dans l’insatisfaction et la poussait à s’ouvrir à la lumière de la foi, qui seule leur donnerait la clef de l’énigme.

En outre, cette obscurité poussait les âmes, qui avaient déjà reçu un peu de la lumière de foi et cherchaient à faire aboutir leur quête de vérité, à un déplacement intérieur, existentiel, à une conversion. Pour compléter leur connaissance du Royaume, il ne leur fallait pas seulement penser, il leur fallait aimer : « ce n’est pas en me disant: Seigneur, Seigneur, qu’on entrera dans le Royaume des  Cieux, mais en faisant la volonté de mon Père qui est dans les cieux. » (Mt 7,21). C’est seulement en cheminant dans la foi et l’amour tout ensemble qu’ils pourraient pénétrer toujours plus avant dans la connaissance du Royaume.

Au fil des paraboles, Jésus ‘distillait’ les différentes facettes du Royaume pour en donner progressivement la physionomie. S’il procédait ainsi par petites touches, s’il multipliait les comparaisons et les révélations, c’était d’abord par nécessité pédagogique : la réalité du Royaume était divine ; elle dépassait l’intelligence de ses auditeurs et pour qu’ils s’en fassent quelque idée, il fallait qu’il leur en précise un peu les contours. C’était aussi par miséricorde que Jésus révélait les secrets du Royaume en paraboles : il multipliait les points de communion pour éviter que la difficulté des âmes à adhérer à l’un ou l’autre aspect du mystère se transformât en achoppement définitif et mortel : « si tu n’acceptes pas la puissance que je te révèle dans cette image-ci, peut-être accepteras-tu la miséricorde que je te manifeste dans cette image-là et finiras-tu par te laisser séduire par toute ma personne ? ». A un second titre, on peut voir encore de la miséricorde dans la manière même dont usait Jésus pour révéler : c’était pour excuser ses auditeurs au cas où ils renâcleraient à le suivre. On se rappelle au début du chapitre 13 de Mt, dont est tiré notre Evangile, qu’aux apôtres qui lui demandaient à propos de la foule : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? », Jésus répondait : « A vous il est donné de connaître les mystères du Royaume des cieux, mais à eux, ce n’est pas donné. Celui qui a recevra encore ». Il faut mettre en lien ces paroles de Jésus avec celles-ci : « à ceux à qui ont beaucoup reçu, il sera beaucoup demandé ». Celui qui reçoit la révélation par parabole, de manière cryptée, l’homme de la foule de Galilée, reçoit moins que celui à qui Jésus révèle clairement les mystères du Royaume. Il reçoit moins que l’apôtre. Il sera aussi jugé moins sévèrement que les apôtres ; ses  refus ou ses retards à assumer les exigences de la foi trouveront quelque excuse aux yeux de Jésus. Chers frères et sœurs, aujourd’hui, 2000 ans après la foule de Galilée, Jésus s’adresse à nous en parabole dans l’Evangile : par les paraboles, il nous appelle également à nous ouvrir aux réalités invisibles de la foi, à nous convertir pour saisir un jour la pleine vérité du Royaume ; par les paraboles, dans le mode même de  révéler, Jésus nous fait miséricorde : l’obscurité qu’il nous y ménage est comme un refuge, une excuse à nos lenteurs à nous convertir.

Quelles facettes du Royaume nous sont donc révélées dans les paraboles de l’Evangile ? Que nous disent-elles du Royaume, de la manière dont il se révèle à nous et de la manière de le faire nôtre ?

Les deux paraboles, celle du trésor découvert dans un champ et celle  de la perle fine, nous aident à comprendre ceci : la compréhension du Royaume est un don  de Dieu gratuit et inopiné : on découvre le Royaume comme on peut inopinément tomber sur un trésor en labourant son champ. C’est rare et c’est le fruit du hasard. Du hasard avec un grand P : c’est Dieu qui se donne à nous, « selon le dessein de son amour » (Rm 8), pas nous qui le débusquons à la seule force de nos bras. En outre, comme la découverte d’une perle fine, la rencontre de Dieu bouleverse nos vies : il y a un avant et un après. Après, plus rien, à nos yeux, n’a autant de valeur que Dieu. Il devient la première valeur de notre existence et tout lui est subordonné. Cette révolution intérieure que cause la rencontre avec Dieu se manifeste avec force dans la vie de grands convertis comme saint Augustin ou le Bx Charles de Foucauld.

Leur relation à Dieu était une relation de type amical et même nuptial comme le suggèrent les deux paraboles : quand Dieu leur a révélé son visage, emportés par la puissance de leur amour pour Lui, ils ont tout sacrifié pour communier le mieux possible à sa présence – ainsi, comme le vendeur de perles de l’Evangile a cessé son affaire pour ne s’occuper que de sa perle,  Charles de Foucauld a quitté l’armée pour se consacrer à la contemplation de Jésus.

La parabole du trésor insiste sur ce point : l’âme qui a découvert son Seigneur veut nouer une relation exclusive avec Lui. Comme l’homme a recaché le trésor pour être sûr qu’il ne soit connu que de Lui seul et d’en avoir la jouissance exclusive, Charles de Foucauld s’est enfoui dans le désert du Sahara pour se consacrer à la contemplation de Jésus-Hostie. Il voulait se cacher en Dieu, le trésor de son existence, pour jouir de sa présence seul à seul, de manière exclusive et totale.

Chers frères et sœurs, ces deux grandes figures de convertis ont découvert la pleine réalité du Royaume de Dieu : les paraboles, reçues dans la foi et l’amour, leur ont fait comprendre que les contours du Royaume coïncidaient avec les traits du Fils de l’homme. Ils ont découvert que le Royaume était au milieu d’eux en la personne de Jésus (cf. Lc 17,20) accomplissant son œuvre de salut. Jésus qui se déployait en eux et les transformait en Lui était le Royaume de Dieu en personne, l’alpha et l’oméga de leur existence.

Pour nous laisser transformer et prendre, à notre tour, les traits du Christ, il nous faut prendre exemple sur ces grandes figures de convertis : il ne s’agit pas de reproduire littéralement ou matériellement les exercices ascétiques et l’isolement physique qu’ils se sont imposés, mais, dans les modalités de nos vocations propres, de communier à l’état d’esprit qui était le leur : mettre Dieu à la première place et vivre pour le servir.

Ce temps de vacances est un temps favorable pour renouer avec  les grands désirs de nos cœurs et décider des petits moyens pour les réaliser. Demandons à Jésus-Hostie de nous éclairer sur les résolutions à prendre et la force de volonté pour les mettre en œuvre… tout de suite après la messe.

 

Homélie dimanche 23 juillet

Il nous est plus facile et plus sécurisant de classer vite ce qui est bon grain et ivraie

Nous aimons bien avoir des repères clairs et sûrs, sécuritaires, avec ce qui est blanc ou noir.

Il y a les bons et les méchants, les performants et les incapables, les bons chrétiens et les mauvais païens, les fidèles et les infidèles, etc.

Mais voilà que Jésus dérange, car il déplace le critère de discernement

Ne peut se contenter du blanc et noir, Jésus n’a pas peur du « gris de la vie », il n’est pas dans l’abstraction mais la réalité de la vie

Tout son comportement bouleverse les critères pré établis : les prostituées précèdent les grands prêtres et les anciens, Jésus n’a trouvé en personne en Israël une foi comme celle du centurion païen, il est venu appeler non pas les justes mais les pécheurs, ce qui souille l’homme n’est pas ce qui entre dans sa bouche mais ce qui sort de sa bouche, etc.

Jésus invite par la parabole du bon grain et de l’ivraie à un discernement à l’image de toute sa vie

Et il nous bouscule :

  • L’ivraie et le bon grain peuvent se confondre pendant la croissance et risque d’arracher le bon grain aussi ! Nos critères ne sont pas les critères de discernement du Seigneur !
  • On ne peut présager de la moisson finale avant l’heure

Ainsi, nous sommes invités à éviter 3 tentations

  • Tentation du perfectionnisme
  • Tentation de la désespérance
  • Tentation du jugement prématuré

 

  • La tentation du perfectionnisme

Nous rêvons d’un champ avec uniquement du bon grain sans une ombre d’ivraie : premier réflexe des serviteurs quand ils voient le grain pousser

Difficile d’accepter que le bon grain et l’ivraie se côtoient dans un même champ, celui de notre vie et de la vie de ceux qui nous entourent

Mais nous confondons souvent perfection et sainteté, par manque de discernement entre critères humains et critères divins

Pas champ parfait selon nos critères humains, mais laisser le bon grain parvenir à maturité

Et pour cela il doit accepter de pourrir en terre, de mourir pour porter du fruit sans avoir peur de l’ivraie qui l’entoure et parfois paraît le menacer

Nous ne parviendrons pas à un champ qui porte du fruit en arrachant l’ivraie au fur et à mesure

Elle repousse de plus belle !

Mais au contraire en reconnaissant la présence de cette ivraie pour nous confier à l’œuvre de la grâce

Car c’est bien la grâce seule qui peut permettre au champ de porter du fruit avec une abondance de bon grain

Nous ne recherchons pas une perfection humaine en combattant toute ivraie, l’attention du cœur ne doit pas être sur l’ivraie mais sur la grâce à l’œuvre jusque dans l’ivraie et peut être encore plus dans l’ivraie !

Car la grâce donne toute sa mesure dans notre faiblesse, pourvu que nous acceptions de reconnaître notre pauvreté, de consentir à rester pauvre et sans force, voilà le difficile, accepter de se confier à la grâce !

La conversion que Jésus nous propose est de ne pas rechercher une perfection combattant toute ivraie mais une confiance totale et une docilité permanente à l’œuvre de la grâce qui seule peut faire porter du fruit.

C’est donc non pas s’effrayer de l’ivraie mais savoir reconnaître le bon grain, s’en émerveiller, faire confiance à la grâce à l’œuvre. Ce qui nous sauve ce n’est pas nos efforts déployés contre toute ivraie mais de nous plonger dans la grâce à l’œuvre jusque dans notre misère

Pape François : « Dieu regarde, dans le «champ» de la vie de chacun avec patience et miséricorde: il voit beaucoup mieux que nous la saleté et le mal, mais il voit aussi les germes du bien et il attend avec confiance qu’ils mûrissent ».

Seigneur nous éduque à la confiance à la grâce plutôt que de nous effrayer de l’ivraie

EG 24 Il prend soin du grain et ne perd pas la paix à cause de l’ivraie. Le semeur, quand il voit poindre l’ivraie parmi le grain n’a pas de réactions plaintives ni alarmistes. Il trouve le moyen pour faire en sorte que la Parole s’incarne dans une situation concrète et donne des fruits de vie nouvelle, bien qu’apparemment ceux-ci soient imparfaits et inachevés.

Elisabeth nous invite à cette confiance en l’œuvre de la grâce jusque dans nos misères, à réagir non pas en arrachant l’ivraie mais en nous plongeant dans la grâce du Sauveur !

L 249 ne vous laissez jamais abattre par la pensée de vos misères. Le grand saint Paul dit: «Où le péché abonde, la grâce surabonde 6.» Il me semble que l’âme la plus faible, même la plus coupable, est celle qui a le plus lieu d’espérer, et cet acte qu’elle fait pour s’oublier et se jeter dans les bras de Dieu le glorifie et lui donne plus de joie que tous les retours sur elle-même et tous les examens, qui la font vivre avec ses infirmités, tandis qu’elle possède au centre d’elle-même un Sauveur qui veut à toute minute la purifier.

  • Tentation de la désespérance

Les serviteurs de la parabole sont focalisés sur l’ivraie, ils ne voient plus que l’ivraie dans le champ

Cela nous interroge sur la capacité à discerner le bon grain

Et cela sur la durée

Car les serviteurs sont impatients, tandis que le Maître est patient, il est prêt à attendre longtemps

Souvent dans nos vies, la désespérance vient de l’impatience

Tandis que la patience nous ouvre là l’espérance

Il y a là une opposition forte dans cette parabole pour nous interpeller sur notre critère de discernement, sur notre patience et notre espérance en l’œuvre de la grâce

L’impatience des serviteurs les fait sortir de la miséricorde, ils jugent immédiatement

La patience du maître est une confiance pleine de miséricorde qui féconde le champ en quelque sorte

Invitation à entrer dans cette longue patience de Dieu vis-à-vis de nous-mêmes, vis-à-vis des autres…

Invitation à relire le chemin de notre vie religieuse, sacerdotale, conjugale, parentale, avec cette patience et cette confiance pleine de miséricorde.

 

Pape François : « Le remède que Dieu offre au peuple vaut aussi, en particulier, pour les époux qui “ne supportent pas le chemin” et sont mordus par les tentations du découragement, de l’infidélité, de la régression, de l’abandon… À eux aussi, Dieu le Père donne son Fils Jésus, non pour les condamner, mais pour les sauver: s’ils se confient à Lui, il les guérit par l’amour miséricordieux qui surgit de sa croix, par la force d’une grâce qui régénère et remet en chemin, sur la route de la vie conjugale et familiale ».

La première vertu du cultivateur : la patience !

Et c’est là la meilleure façon de lutter contre le découragement : savoir contempler la patience de Dieu avec nous et sa fidélité, pour en vivre à notre tour vis-à-vis de nous-mêmes et des autres.

Pape François : « Je voudrais bien souligner cela : des hommes patients ! On dit que le cardinal Siri avait l’habitude de répéter : « Les vertus d’un évêque sont au nombre de cinq : la première la patience, la deuxième la patience, la troisième la patience, la quatrième la patience et la dernière la patience à l’égard de ceux qui nous invitent à avoir de la patience ». »

Elisabeth est claire sur l’importance de cette patience sans désespérer, comme une clé pour que le bon grain mûrisse malgré l’ivraie :

« Si votre nature est un sujet de combat, un champ de bataille, oh, ne vous découragez pas, ne vous attristez pas. Je dirais volontiers: aimez votre misère, car c’est sur elle que Dieu exerce sa miséricorde, et lorsque sa vue vous jette dans la tristesse qui vous replie sur vous, cela, c’est de l’amour-propre! Aux heures de défaillance, allez vous réfugier sous la prière de votre Maître; oui, petite sœur, sur sa Croix Il vous voyait, Il priait pour vous, et cette prière est éternellement vivante et présente devant son Père; c’est elle qui vous sauvera de vos misères. Plus vous sentez votre faiblesse, plus votre confiance doit grandir, car c’est à Lui seul que vous vous appuyez. Ne croyez donc pas qu’Il ne vous prendra pas pour cela; c’est une grosse tentation » (L 324).

 

  • Tentation du jugement prématuré

Enfin, la troisième tentation des serviteurs, c’est de prendre la place du Maître :

C’est le Maître qui dit aux moissonneurs au temps de la récolte de faire le tri

Mais les serviteurs veulent faire le tri auparavant !

Tentation du jugement prématuré, de vouloir trier à la place de Dieu, au lieu de tout laisser entre les mains de Dieu pour qu’Il fasse ce discernement au temps voulu et lui-même.

Jésus explique bien par la suite que la parabole fait justement allusion au temps du jugement qui viendra plus tard et qui n’est pas à anticiper, pour séparer le bon grain de l’ivraie

Lui-même déclare : Moi, je ne juge personne, qu’Il est venu pour sauver et non condamner, que le jugement appartient au Père…

Tentation du jugement à combattre par l’abandon filial qui s’en remet au Père plutôt que de vouloir faire le tri soi-même.

Souvent ce que nous voyons comme raté, mauvais, est peut être en fait l’œuvre de la grâce en nos cœurs pour nous rapprocher encore plus de la miséricorde, heureuse faute qui nous valut un tel Rédempteur !

Ainsi seul le Maître de la moisson peut faire ce discernement entre le bon grain et l’ivraie et nous invite à la confiance, à la remise de nous-mêmes à Lui plutôt qu’à vouloir faire prématurément le tri nous-mêmes.

La présence de l’ivraie devrait nous inciter non pas au tri mais à l’abandon confiant :

L 249 vos infirmités, vos fautes, tout ce qui vous trouble, c’est Lui, par ce contact continuel, qui veut vous en délivrer. N’a-t-Il pas dit: «Je ne suis pas venu pour juger, mais pour sauver 9.» Rien ne doit vous paraître un obstacle pour aller à Lui.

Et cet abandon confiant ne devrait pas nous faire craindre le tri final, puisqu’Il est venu nous sauver et non nous condamner.

L 263 je le supplie d’avoir pitié de vous et de vous mettre dans le coeur cette paix et cette confiance des enfants de Dieu. Il me semble que, si je voyais la mort, malgré toutes mes infidélités je m’abandonnerais entre les bras de mon Dieu comme l’enfant qui s’endort sur le coeur de sa mère: ce n’est pas autre chose, et Celui qui doit être notre Juge habite en nous, Il s’est fait le compagnon de notre pèlerinage pour nous aider à franchir le douloureux passage.

 

Parabole ivraie et bon grain nous provoque sur nos critères de discernement

Elle nous alerte sur 3 tentations :

  • Tentation du perfectionnisme : lutter en faisant confiance en l’œuvre de la grâce plutôt qu’en arrachant l’ivraie
  • Tentation de la désespérance : lutter par la patience du Seigneur pleine de miséricorde nous invitant à être patients à notre tour
  • Tentation du jugement prématuré : lutter en remettant le jugement au Seigneur et nous abandonnant à son discernement avec confiance

 

De même que le bon grain est capable de mûrir au milieu de l’ivraie, laissons nous surprendre par l’œuvre de la grâce en nos vies !


Homélie dimanche 2 juillet par le Frère Moïse

En quoi réside notre identité chrétienne ? Qu’est-ce qui rend digne de porter ce nom de chrétien ? Sommes-nous vraiment dignes du Christ ? Ces interrogations, frères et sœurs, ont, me semble-t-il,  le mérite de nous rendre quelque peu attentifs au message de salut qui traverse les textes liturgiques de ce 13ème dimanche du temps ordinaire. Ce message, qui est un message de conformation et d’identification, s’articule en trois éléments constitutifs de la même réalité : l’Amour divin. Il s’agit de l’amour dans sa primauté absolu, de l’amour dans sa fécondité d’accueil et de l’amour dans sa générosité d’abnégation. Amour, accueil et croix, ces trois mots résument bien le message salvifique de ce dimanche.

Oui, l’enseignement de l’Ecriture nous plonge aujourd’hui au cœur de la radicalité évangélique qui n’est rien d’autre que la primauté et l’absolu de l’amour de Dieu. Dieu est Amour, il est le Bien absolu. C’est à lui que nous devons conserver les prémices de notre cœur. Cela implique de reporter sans cesse en Dieu notre cœur, notre affection, notre volonté, nos désirs.  Aimer Dieu par-dessus tout, lui donner la préférence sur tout, est le chemin par excellence de notre conformité, de notre identification et de notre assimilation à Jésus. Et  c’est dans cette voie de ressemblance que consiste davantage la réalité même de notre baptême. En effet, la grâce de notre baptême, nous dit saint Paul dans la 2ème lecture, est une grâce de conformation à Jésus, mort et ressuscité par amour du Père et des hommes. Sa mort et sa résurrection glorifie le Père et nous sauve.

Pour Jésus et avec Jésus, la primauté et l’absoluité de l’amour divin n’est pas exclusif comme on peut malheureusement l’entendre. Le Seigneur ne dit pas tout court « celui qui aime son père ou sa mère, son fils ou sa fille n’est pas digne de moi », mais « celui qui les aime plus que moi ». Ce superlatif « plus que » n’implique pas une indifférence, un rejet, mais il désigne une manière de tout ordonner à Dieu et de tout accueillir de Dieu et en Dieu. Non, frères et sœurs, l’amour radical de Dieu et pour Dieu n’est pas exclusif, c’est un amour premier, absolu et total. C’est l’Amour-source de Créateur et de Père, par lequel Dieu nous appelle sans cesse à la vie et nous rends aussi capables de participer à sa vie divine. C’est un amour qui intègre, inclut et ordonne tous nos liens d’amour, tous nos attachements, dans une harmonie libérante, élévante et épanouissante.

On pourrait bien se demander pourquoi nos relations humaines d’amour sont souvent des lieux de blessures, d’insatisfaction, d’incompréhension et d’incomplétude ? N’est–ce pas tout simplement parce qu’il manque cet ordre d’amour qui consiste en ce que Dieu soit le premier aimé et servi et que seul son amour est source de l’amour vrai, équilibré et ordonné pour nous-mêmes et à l’égard des autres ? Ainsi, la priorité absolue donnée à l’amour divin authentifie et dynamise à son tour nos affections humaines.

 

 

L’absolue de l’amour de Dieu implique deux exigences qui sont deux qualités inhérentes à l’amour : la générosité dans l’ouverture aux autres et la constance dans l’épreuve. Embrasser la croix et accueillir dans la charité sont deux marques de la primauté et de la radicalité de l’amour divin.

« Qui vous accueille, m’accueille ; et qui m’accueille accueille celui qui m’a envoyé. » L’amour de Dieu enrichit, dilate et élargit notre cœur et nous ouvre à l’accueil et au service généreux des autres, de l’étranger, de l’inconnu par amour de Dieu, pour Dieu et en raison de Dieu. Notre hospitalité, frères et sœurs à l’égard des réfugiés, des migrants et de tous les nécessiteux doit être une hospitalité divine, chrétienne, c’est-à-dire par amour de Dieu et pour Dieu. C’est l’exemple que nous donne la sunamite accueillant avec disponibilité et générosité le prophète Elisée en sa qualité d’homme de Dieu. C’est ce que nous enseigne Jésus dans l’Évangile. Et bien accueillons nous aussi les autres en leur qualité d’enfants de Dieu et en leur qualité de frères et sœurs en humanité. Nous recevrons sûrement alors une récompense d’enfant de Dieu et de fraternité humaine.

« Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi ». Le poids de l’amour divin qui nous entraîne tout entier en Dieu met à contribution toutes les forces de l’âme, toute l’ardeur de notre volonté et tout l’élan de notre cœur pour embrasser la croix. Car comme l’enseigne le dicton : « amour prouvé, amour éprouvé ».

La croix est l’exercice du renoncement, le chemin de la conformité à Jésus crucifié. C’est elle qui imprime en nous les traits de la divine ressemblance. Elle nous fait ressembler à Jésus et nous fait coopérer à l’œuvre de la Rédemption.

Notre Père, saint Jean de la Croix nous rappelle dans La Montée du Carmel (MC I, 13) que Jésus, en cette vie n’eut et ne voulut avoir autre goût que de faire la volonté de son Père.  Et cela signifie : détachement, croix, sacrifice, renoncement à soi. L’amour de Dieu et pour Dieu n’est pas un pieux sentiment ou une exaltation flottante. L’amour de Dieu est une offrande généreuse de sa vie, une force unitive et transformatrice.

La croix est le moyen par excellence de notre conformité, de notre ressemblance et de notre identification à Jésus. Embrasser de bon cœur la croix c’est accepter et offrir activement et non pas simplement subir tout ce que nous rencontrons d’amer et de pénible en notre vie de chaque jour. Il y a bien des croix inévitables dans la vie qu’il est mieux d’embrasser avec le secours de la grâce dans la liberté de cœur que de les subir dans l’aigreur et la tristesse.

Puisse la grâce de la communion de ce jour nous unir davantage au Christ et nous identifier à lui dans la plénitude, la vigueur et l’intensité de l’amour divin, dans l’étreinte du mystère de la croix et dans le service généreux de la charité à l’égard de tous les hommes.

Homélie St Pierre et St Paul par le Frère François

Pierre et Paul 2017

Les deux colonnes de l’Église, deux êtres si différents : un pêcheur du lac de Tibériade qui vivait sa vie tranquille et un pharisien ultraorthodoxe remonté contre les chrétiens. Nous aurions eu à choisir nous n’aurions choisi aucun des deux, un pêcheur pour démarrer une telle entreprise et un excité sujet à des excès. Mais que voulez-vous les vues divines, dans la vérité et l’amour ne sont pas celles des hommes de bon sens Dieu est fou ! « Ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est fort; ce qui dans le monde est sans naissance et ce que l’on méprise, voilà ce que Dieu a choisi; ce qui n’est pas, pour réduire à rien ce qui est. » 1Co 1, 27-28. Et c’est bien ce qui s’est passé : « Ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé ma propre identité, ce ne sont pas tes cogitations psychiques, ton activité cérébrale mais mon Père qui instruit dans le cœur car ton cœur est réceptif à la voix silencieuse de mon Père qui s’exprime dans l’Esprit » Cf Mt 16, 17. Ce que le Christ construit là dépasse l’entendement humain, c’est une réalisation divine et sans l’écoute du cœur l’homme ne peut pas comprendre. L’Église est son corps et quelle que soit l’éminence d’un de ses membres aux yeux des hommes, il ne peut la construire qu’en se donnant au Christ. Ce qui importe c’est la disponibilité au Christ à son œuvre d’amour de divinisation de l’humanité et qui se révèle dans l’Esprit. Pierre et Paul, aux yeux de Dieu, étaient ces personnes aptes à cette œuvre de divinisation de l’humanité, bien au-delà de leur culture et des limites de leur psychologie.

 

Ils étaient avides d’amour et de vérité et le Christ par l’Esprit a pu en eux accomplir cette œuvre merveilleuse. Cette œuvre ecclésiale puisqu’elle offre à l’homme la vie même de Dieu, s’ancre dans son éternité et réclame de l’homme une confiance qui fasse fi des limites d’ici-bas de la vie charnelle. Cela mènera ces deux hommes à livrer ce combat de la vie éternelle au mépris de leur vie présente jusqu’au martyre. Cela nous replace dans l’unique essentiel, nous avons des vues et des projets ecclésiaux tellement humains avec des visions à court terme, dans un esprit de gestion d’entreprise dans lequel il n’y a pas de place ou si peu pour l’ES. Non Pierre et Paul se sont laissés guider sans rien retenir car ils ne se fiaient pas à leur esprit mais à l’Esprit. C’est bien ce que Paul reproche aux galates : leur l’inintelligence, c’est à dire cet esprit mondain qui est incapable de lire avec le cœur. Donc : « Si quelqu’un parmi vous croit être sage à la façon de ce monde, qu’il se fasse fou pour devenir sage; car la sagesse de ce monde est folie auprès de Dieu. Il est écrit en effet: Celui qui prend les sages à leur propre astuce; et encore: Le Seigneur connaît les pensées des sages; il sait qu’elles sont vaines. »1Co 3, 18-20.

L’Église ne peut se construire sans passer de la tête au cœur, sans se revêtir des sentiments du Christ, sans entrer dans le combat de Dieu pour la vie du monde, sans offrir sa propre vie car sans le don du sang rien de sérieux ne se fait dans l’Église.

Homélie dimanche 25 juin par le Frère Jean-Gabriel 

Homélie Solennité Jean-Bapbtiste 24 juin par le Frère Robert

Nativité de st Jean Baptiste, le 24 juin 2017

(Is 49,1-6 ; Ac 13,22-26 ; Lc 1,57-66.80)

 

La promesse de Dieu s’accomplit. Élisabeth met au monde un enfant.

Marie déjà par révélation participait à la joie de cette promesse. Et ici, parents et voisins découvrent en ce moment de la naissance cet évènement surprenant : la fécondité inouïe de Zacharie et d’Élisabeth ; pour nous cela met davantage en lumière et de manière encore plus forte la miraculeuse naissance virginale de Jésus.

Le jour de la circoncision de l’enfant, selon la tradition d’Israël, un nom lui est donné. De manière surprenante encore, dans cette famille sacerdotale probablement conservatrice, ce n’est pas le nom du père qui lui sera donné, mais celui de Jean revendiqué par Élisabeth. Grande sera la surprise de Zacharie, actuellement sourd et muet, lorsqu’il découvrira qu’il s’agit du même nom que l’ange de la vision lui annonçait. La confirmation de ce nom par l’écriture de Zacharie dénote qu’il s’agit bien là d’une mission particulière confiée par le Seigneur au nouveau-né.

Et voilà que la parole de Zacharie se libère et, rempli de l’Esprit-Saint à son tour, il prophétise en chantant le Benedictus : le Messie vient et Jean est son prophète immédiat, son précurseur.

Alors, quant à nous, mettons-nous à l’écoute de Jean Baptiste, le Royaume de Dieu est tout proche, suivons ses invitations à la conversion pour délier notre cœur et notre vie de tout ce qui les encombre, de toutes fausses lumières pour les laisser entièrement à la joyeuse lumière d’en-haut qui vient nous visiter et veut y habiter, Jésus-Christ, gloire d’Israël et lumière de tous les peuples.

Jean s’émerveillera encore davantage en sa prison quand il apprendra que vraiment Jésus est le Messie : les aveugles voient et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres…

Laissons diminuer nos pâles lumières, laissons-nous sauver, laissons grandir en nous et autour de nous la seule lumière véritable en témoignant de Jésus-Christ, le Fils du Très Haut qui se fait tout proche et nous donne la Joie et la Paix profonde, cette Paix qui seule est digne de l’homme et qui rend gloire à Dieu.

Homélie Solennité du Coeur de Jésus 23 juin par le Frère Bruno-Joseph

Homélie du Dimanche 18 juin par le Frère Jean

Homélie pour le Dimanche de Pentecôte par le Frère Jean-Gabriel

Permettez-moi tout d’abord de commencer par une image. Ou plutôt par des images, puisqu’il s’agit des images d’un film, « Andreï Roublev » du grand cinéaste russe Andreï Tarkovski, aujourd’hui hélas disparu. La dernière partie de ce film, intitulée « La cloche », nous présente un jeune adolescent dont le père, qui fut un célèbre fondeur de cloches, vient d’être tué par les barbares qui dévastent alors la Russie (le film se passe au début du XVème siècle). Le jeune Boris, c’est le nom de l’adolescent, aux émissaires du tsar venus chercher son père pour la réalisation d’une œuvre gigantesque, affirme avoir reçu de lui le secret de l’alliage des fondeurs et qu’il est en mesure de diriger les énormes travaux qui doivent aboutir à la création d’une cloche géante et magnifique. Boris se met donc à diriger avec une autorité presque tyrannique et une assurance inouïe tous ces travaux. La cloche est bénie en présence du grand-duc. Suspense… Va-t-elle sonner ? Si elle ne sonne pas, ce sera la mort pour Boris. Elle retentit magnifiquement. Tout le monde congratule Boris… qui s’effondre quelques instants plus tard, en larmes, dans les bras d’Andreï Roublev, à qui il avoue que son père ne lui avait transmis aucun secret… Ils sont alors tout près d’un feu. Le film, qui jusqu’alors était en noir et blanc, passe à la couleur ; le feu qui crépite resplendit, avant que la séquence suivante nous présente toutes les œuvres iconographiques et picturales du saint iconographe Andreï Roublev.

Quel rapport, frères et sœurs, avec la solennité de la Pentecôte que nous fêtons aujourd’hui ? Eh bien, il me semble qu’il y en a un ; nous sommes tous un peu semblables à ce jeune fondeur de cloches. Par nous-mêmes, nous ne sommes capables de rien ; nous n’avons pas de nous-mêmes le secret de l’œuvre sacrée à réaliser; mais si nous nous ouvrons au souffle de l’inspiration, comme le jeune Boris, au feu de l’Esprit d’Amour qui veut enflammer nos cœurs, alors tout peut être transfiguré, car l’Amour de Dieu est un feu qui aspire à tout transformer en lui-même. Sans l’Esprit Saint, l’homme ressemble à ce paysan que nous décrit encore Tarkovski au tout début du même film. Il s’est construit une montgolfière de fortune et tente de s’envoler. Il y parvient durant quelques instants, mais finit par s’écraser lamentablement sur le sol…

« Le but de la vie, c’est l’acquisition du Saint Esprit ; sans lui, il n’y a pas de salut », déclarait un autre moine orthodoxe, saint Seraphim de Sarov.

C’est qu’en effet l’Esprit Saint est le grand acteur invisible du salut acquis par la Rédemption de Jésus. Ce même Jésus qui déclare que l’Esprit Saint viendra au prix de son départ ; un départ qui a lieu dans l’intérêt des disciples, puisque, grâce à lui, « viendra le Défenseur », « l’Esprit de vérité qui procède du Père, et qui rendra témoignage en sa faveur ». Aussi, au jour de la Pentecôte, 50 jours après Pâques, au prix de la Croix où s’est réalisée notre rédemption, par la puissance de tout le mystère pascal de Jésus, l’Esprit Saint vient demeurer avec les Apôtres réunis au Cénacle autour de Marie. L’Esprit Saint est donné à l’Église ; que dis-je : plus encore : l’Esprit Saint crée l’Église ! Le don de l’Esprit marque un nouveau commencement du don que Dieu fait de lui-même à l’homme qu’il est venu sauver en Jésus-Christ.

Nouveau commencement, car l’Esprit Saint « où se trouve la source et le commencement de tout don fait aux créatures » (JP II, 34) est l’acteur de notre propre création. Rappelez-vous : Le premier chapitre de la Genèse en ses tout premiers versets, nous dit qu’un « Vent de Dieu planait sur les eaux » d’une création émergeant du néant par l’action de Celui qui préside au don de son existence. L’Esprit Saint crée l’homme à l’image et à la ressemblance de Dieu, capable donc de participer à la vie de Dieu, si du moins « l’homme ne s’oppose pas au don que Dieu lui fait de lui-même pour son salut » (13).

Mais nous le savons, par le péché, l’homme a désobéi ; il a failli à sa vocation divine et s’est coupé ainsi de la source d’eau vive : « La désobéissance, comme dimension originelle du péché, signifie le refus de cette source, motivé par la prétention de l’homme à devenir source autonome et exclusive pour décider du bien et du mal » (36). Les conséquences de ce refus sont désastreuses pour l’homme, qui perd la participation à la vie même de Dieu, et donc la vie éternelle. Mais, comme l’écrit encore magnifiquement J.P II, « si le péché, en refusant l’amour, a engendré la souffrance de l’homme, l’ES entrera dans la souffrance humaine et cosmique avec une nouvelle effusion d’amour qui rachètera le monde ». Par la foi, l’homme peut à nouveau s’ouvrir au don de Dieu, la foi qui est, « dans sa nature la plus profonde, l’ouverture du cœur humain devant le Don, devant la communication que Dieu fait de Lui-même dans l’Esprit Saint » (51). Désormais, par la foi, tout homme peut retrouver la grâce d’être enfant de Dieu, enfant du Père. La grâce sanctifiante, qui est l’œuvre de l’Esprit en nous, nous rend à notre véritable vocation qui est d’être enfants de Dieu notre Père. Désormais, à tout homme qui se laisse régénérer par l’Esprit qui donne la vie, l’Esprit agit en lui comme Consolateur, Intercesseur, Défenseur. Il lui apprend à entrer en relation intime avec Dieu dont il peut faire l’expérience surtout dans la prière : « La manière la plus simple et la plus commune dont l’Esprit Saint, le souffle de la vie divine, s’exprime et entre dans l’expérience, c’est la prière. Dans la prière, l’ES se manifeste avant tout comme le don qui vient au secours de notre faiblesse » (65). Voilà pourquoi, au Carmel, nous ne commençons pas l’oraison avant d’avoir invoqué l’ES sans lequel nous ne pourrions prier.

Frères et sœurs, aujourd’hui nous accueillons le don de Dieu, notre Défenseur dans notre combat spirituel contre l’Adversaire. Laissons l’Esprit nous saisir, comme le feu saisit la bûche pour l’enflammer et la transformer en lui-même ! Laissons le feu de l’Esprit d’Amour transfigurer nos cœurs. Car il est le véritable père des pauvres, le dispensateur des dons, la lumière de nos cœurs, comme le chante la très belle Séquence de Pentecôte, le « Veni Sancte Spiritus ». Sans cette puissance divine, il n’est « rien en aucun homme qui ne soit perverti ». Seul l’Esprit très Saint met en lumière le péché, dans le but de rétablir le bien, de renouveler la face de la terre. C’est pourquoi le feu de l’Esprit, « plus purifiant que celui du Purgatoire », pour parler comme la Petite Thérèse, purifie tout ce qui souille l’homme créé pour la ressemblance divine ; il est capable de soigner toutes les blessures, même les plus profondes, de l’existence humaine ; il change l’aridité intérieure des âmes et les transforme en champs fertiles de grâce et de sainteté. Ce qui est rigide, il l’assouplit, ce qui est froid, il le réchauffe, ce qui est faussé, il le rend droit sur les chemins du salut.

Telle est l’œuvre immense de l’Esprit en nous, frères et sœurs. Honorons cet Esprit d’Amour, ce feu de charité qui brûle en nos cœurs pour fondre tout ce qui n’est pas Amour de Dieu, tout ce qui n’est pas unifié et pacifié, pour que notre vie, dont l’œuvre du jeune Boris serait en quelque sorte l’image, pour que notre vie soit l’instrument de la musique divine.

C’est pour chacun de nous et pour tous les hommes que Jésus a voulu remettre son esprit au Père de qui vient tout don parfait. Avec toute l’Église, supplions plus particulièrement aujourd’hui l’Esprit Très Saint de renouveler la face de la terre.

Viens Esprit de Dieu, Esprit d’Amour, emplis le cœur de tous les hommes que le Père a prédestinés à sa Gloire et sauvés dans le Christ Jésus Notre Seigneur ! Amen.