Homélies

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Homélie dimanche 23 juillet

Il nous est plus facile et plus sécurisant de classer vite ce qui est bon grain et ivraie

Nous aimons bien avoir des repères clairs et sûrs, sécuritaires, avec ce qui est blanc ou noir.

Il y a les bons et les méchants, les performants et les incapables, les bons chrétiens et les mauvais païens, les fidèles et les infidèles, etc.

Mais voilà que Jésus dérange, car il déplace le critère de discernement

Ne peut se contenter du blanc et noir, Jésus n’a pas peur du « gris de la vie », il n’est pas dans l’abstraction mais la réalité de la vie

Tout son comportement bouleverse les critères pré établis : les prostituées précèdent les grands prêtres et les anciens, Jésus n’a trouvé en personne en Israël une foi comme celle du centurion païen, il est venu appeler non pas les justes mais les pécheurs, ce qui souille l’homme n’est pas ce qui entre dans sa bouche mais ce qui sort de sa bouche, etc.

Jésus invite par la parabole du bon grain et de l’ivraie à un discernement à l’image de toute sa vie

Et il nous bouscule :

  • L’ivraie et le bon grain peuvent se confondre pendant la croissance et risque d’arracher le bon grain aussi ! Nos critères ne sont pas les critères de discernement du Seigneur !
  • On ne peut présager de la moisson finale avant l’heure

Ainsi, nous sommes invités à éviter 3 tentations

  • Tentation du perfectionnisme
  • Tentation de la désespérance
  • Tentation du jugement prématuré

 

  • La tentation du perfectionnisme

Nous rêvons d’un champ avec uniquement du bon grain sans une ombre d’ivraie : premier réflexe des serviteurs quand ils voient le grain pousser

Difficile d’accepter que le bon grain et l’ivraie se côtoient dans un même champ, celui de notre vie et de la vie de ceux qui nous entourent

Mais nous confondons souvent perfection et sainteté, par manque de discernement entre critères humains et critères divins

Pas champ parfait selon nos critères humains, mais laisser le bon grain parvenir à maturité

Et pour cela il doit accepter de pourrir en terre, de mourir pour porter du fruit sans avoir peur de l’ivraie qui l’entoure et parfois paraît le menacer

Nous ne parviendrons pas à un champ qui porte du fruit en arrachant l’ivraie au fur et à mesure

Elle repousse de plus belle !

Mais au contraire en reconnaissant la présence de cette ivraie pour nous confier à l’œuvre de la grâce

Car c’est bien la grâce seule qui peut permettre au champ de porter du fruit avec une abondance de bon grain

Nous ne recherchons pas une perfection humaine en combattant toute ivraie, l’attention du cœur ne doit pas être sur l’ivraie mais sur la grâce à l’œuvre jusque dans l’ivraie et peut être encore plus dans l’ivraie !

Car la grâce donne toute sa mesure dans notre faiblesse, pourvu que nous acceptions de reconnaître notre pauvreté, de consentir à rester pauvre et sans force, voilà le difficile, accepter de se confier à la grâce !

La conversion que Jésus nous propose est de ne pas rechercher une perfection combattant toute ivraie mais une confiance totale et une docilité permanente à l’œuvre de la grâce qui seule peut faire porter du fruit.

C’est donc non pas s’effrayer de l’ivraie mais savoir reconnaître le bon grain, s’en émerveiller, faire confiance à la grâce à l’œuvre. Ce qui nous sauve ce n’est pas nos efforts déployés contre toute ivraie mais de nous plonger dans la grâce à l’œuvre jusque dans notre misère

Pape François : « Dieu regarde, dans le «champ» de la vie de chacun avec patience et miséricorde: il voit beaucoup mieux que nous la saleté et le mal, mais il voit aussi les germes du bien et il attend avec confiance qu’ils mûrissent ».

Seigneur nous éduque à la confiance à la grâce plutôt que de nous effrayer de l’ivraie

EG 24 Il prend soin du grain et ne perd pas la paix à cause de l’ivraie. Le semeur, quand il voit poindre l’ivraie parmi le grain n’a pas de réactions plaintives ni alarmistes. Il trouve le moyen pour faire en sorte que la Parole s’incarne dans une situation concrète et donne des fruits de vie nouvelle, bien qu’apparemment ceux-ci soient imparfaits et inachevés.

Elisabeth nous invite à cette confiance en l’œuvre de la grâce jusque dans nos misères, à réagir non pas en arrachant l’ivraie mais en nous plongeant dans la grâce du Sauveur !

L 249 ne vous laissez jamais abattre par la pensée de vos misères. Le grand saint Paul dit: «Où le péché abonde, la grâce surabonde 6.» Il me semble que l’âme la plus faible, même la plus coupable, est celle qui a le plus lieu d’espérer, et cet acte qu’elle fait pour s’oublier et se jeter dans les bras de Dieu le glorifie et lui donne plus de joie que tous les retours sur elle-même et tous les examens, qui la font vivre avec ses infirmités, tandis qu’elle possède au centre d’elle-même un Sauveur qui veut à toute minute la purifier.

  • Tentation de la désespérance

Les serviteurs de la parabole sont focalisés sur l’ivraie, ils ne voient plus que l’ivraie dans le champ

Cela nous interroge sur la capacité à discerner le bon grain

Et cela sur la durée

Car les serviteurs sont impatients, tandis que le Maître est patient, il est prêt à attendre longtemps

Souvent dans nos vies, la désespérance vient de l’impatience

Tandis que la patience nous ouvre là l’espérance

Il y a là une opposition forte dans cette parabole pour nous interpeller sur notre critère de discernement, sur notre patience et notre espérance en l’œuvre de la grâce

L’impatience des serviteurs les fait sortir de la miséricorde, ils jugent immédiatement

La patience du maître est une confiance pleine de miséricorde qui féconde le champ en quelque sorte

Invitation à entrer dans cette longue patience de Dieu vis-à-vis de nous-mêmes, vis-à-vis des autres…

Invitation à relire le chemin de notre vie religieuse, sacerdotale, conjugale, parentale, avec cette patience et cette confiance pleine de miséricorde.

 

Pape François : « Le remède que Dieu offre au peuple vaut aussi, en particulier, pour les époux qui “ne supportent pas le chemin” et sont mordus par les tentations du découragement, de l’infidélité, de la régression, de l’abandon… À eux aussi, Dieu le Père donne son Fils Jésus, non pour les condamner, mais pour les sauver: s’ils se confient à Lui, il les guérit par l’amour miséricordieux qui surgit de sa croix, par la force d’une grâce qui régénère et remet en chemin, sur la route de la vie conjugale et familiale ».

La première vertu du cultivateur : la patience !

Et c’est là la meilleure façon de lutter contre le découragement : savoir contempler la patience de Dieu avec nous et sa fidélité, pour en vivre à notre tour vis-à-vis de nous-mêmes et des autres.

Pape François : « Je voudrais bien souligner cela : des hommes patients ! On dit que le cardinal Siri avait l’habitude de répéter : « Les vertus d’un évêque sont au nombre de cinq : la première la patience, la deuxième la patience, la troisième la patience, la quatrième la patience et la dernière la patience à l’égard de ceux qui nous invitent à avoir de la patience ». »

Elisabeth est claire sur l’importance de cette patience sans désespérer, comme une clé pour que le bon grain mûrisse malgré l’ivraie :

« Si votre nature est un sujet de combat, un champ de bataille, oh, ne vous découragez pas, ne vous attristez pas. Je dirais volontiers: aimez votre misère, car c’est sur elle que Dieu exerce sa miséricorde, et lorsque sa vue vous jette dans la tristesse qui vous replie sur vous, cela, c’est de l’amour-propre! Aux heures de défaillance, allez vous réfugier sous la prière de votre Maître; oui, petite sœur, sur sa Croix Il vous voyait, Il priait pour vous, et cette prière est éternellement vivante et présente devant son Père; c’est elle qui vous sauvera de vos misères. Plus vous sentez votre faiblesse, plus votre confiance doit grandir, car c’est à Lui seul que vous vous appuyez. Ne croyez donc pas qu’Il ne vous prendra pas pour cela; c’est une grosse tentation » (L 324).

 

  • Tentation du jugement prématuré

Enfin, la troisième tentation des serviteurs, c’est de prendre la place du Maître :

C’est le Maître qui dit aux moissonneurs au temps de la récolte de faire le tri

Mais les serviteurs veulent faire le tri auparavant !

Tentation du jugement prématuré, de vouloir trier à la place de Dieu, au lieu de tout laisser entre les mains de Dieu pour qu’Il fasse ce discernement au temps voulu et lui-même.

Jésus explique bien par la suite que la parabole fait justement allusion au temps du jugement qui viendra plus tard et qui n’est pas à anticiper, pour séparer le bon grain de l’ivraie

Lui-même déclare : Moi, je ne juge personne, qu’Il est venu pour sauver et non condamner, que le jugement appartient au Père…

Tentation du jugement à combattre par l’abandon filial qui s’en remet au Père plutôt que de vouloir faire le tri soi-même.

Souvent ce que nous voyons comme raté, mauvais, est peut être en fait l’œuvre de la grâce en nos cœurs pour nous rapprocher encore plus de la miséricorde, heureuse faute qui nous valut un tel Rédempteur !

Ainsi seul le Maître de la moisson peut faire ce discernement entre le bon grain et l’ivraie et nous invite à la confiance, à la remise de nous-mêmes à Lui plutôt qu’à vouloir faire prématurément le tri nous-mêmes.

La présence de l’ivraie devrait nous inciter non pas au tri mais à l’abandon confiant :

L 249 vos infirmités, vos fautes, tout ce qui vous trouble, c’est Lui, par ce contact continuel, qui veut vous en délivrer. N’a-t-Il pas dit: «Je ne suis pas venu pour juger, mais pour sauver 9.» Rien ne doit vous paraître un obstacle pour aller à Lui.

Et cet abandon confiant ne devrait pas nous faire craindre le tri final, puisqu’Il est venu nous sauver et non nous condamner.

L 263 je le supplie d’avoir pitié de vous et de vous mettre dans le coeur cette paix et cette confiance des enfants de Dieu. Il me semble que, si je voyais la mort, malgré toutes mes infidélités je m’abandonnerais entre les bras de mon Dieu comme l’enfant qui s’endort sur le coeur de sa mère: ce n’est pas autre chose, et Celui qui doit être notre Juge habite en nous, Il s’est fait le compagnon de notre pèlerinage pour nous aider à franchir le douloureux passage.

 

Parabole ivraie et bon grain nous provoque sur nos critères de discernement

Elle nous alerte sur 3 tentations :

  • Tentation du perfectionnisme : lutter en faisant confiance en l’œuvre de la grâce plutôt qu’en arrachant l’ivraie
  • Tentation de la désespérance : lutter par la patience du Seigneur pleine de miséricorde nous invitant à être patients à notre tour
  • Tentation du jugement prématuré : lutter en remettant le jugement au Seigneur et nous abandonnant à son discernement avec confiance

 

De même que le bon grain est capable de mûrir au milieu de l’ivraie, laissons nous surprendre par l’œuvre de la grâce en nos vies !


Homélie dimanche 2 juillet par le Frère Moïse

En quoi réside notre identité chrétienne ? Qu’est-ce qui rend digne de porter ce nom de chrétien ? Sommes-nous vraiment dignes du Christ ? Ces interrogations, frères et sœurs, ont, me semble-t-il,  le mérite de nous rendre quelque peu attentifs au message de salut qui traverse les textes liturgiques de ce 13ème dimanche du temps ordinaire. Ce message, qui est un message de conformation et d’identification, s’articule en trois éléments constitutifs de la même réalité : l’Amour divin. Il s’agit de l’amour dans sa primauté absolu, de l’amour dans sa fécondité d’accueil et de l’amour dans sa générosité d’abnégation. Amour, accueil et croix, ces trois mots résument bien le message salvifique de ce dimanche.

Oui, l’enseignement de l’Ecriture nous plonge aujourd’hui au cœur de la radicalité évangélique qui n’est rien d’autre que la primauté et l’absolu de l’amour de Dieu. Dieu est Amour, il est le Bien absolu. C’est à lui que nous devons conserver les prémices de notre cœur. Cela implique de reporter sans cesse en Dieu notre cœur, notre affection, notre volonté, nos désirs.  Aimer Dieu par-dessus tout, lui donner la préférence sur tout, est le chemin par excellence de notre conformité, de notre identification et de notre assimilation à Jésus. Et  c’est dans cette voie de ressemblance que consiste davantage la réalité même de notre baptême. En effet, la grâce de notre baptême, nous dit saint Paul dans la 2ème lecture, est une grâce de conformation à Jésus, mort et ressuscité par amour du Père et des hommes. Sa mort et sa résurrection glorifie le Père et nous sauve.

Pour Jésus et avec Jésus, la primauté et l’absoluité de l’amour divin n’est pas exclusif comme on peut malheureusement l’entendre. Le Seigneur ne dit pas tout court « celui qui aime son père ou sa mère, son fils ou sa fille n’est pas digne de moi », mais « celui qui les aime plus que moi ». Ce superlatif « plus que » n’implique pas une indifférence, un rejet, mais il désigne une manière de tout ordonner à Dieu et de tout accueillir de Dieu et en Dieu. Non, frères et sœurs, l’amour radical de Dieu et pour Dieu n’est pas exclusif, c’est un amour premier, absolu et total. C’est l’Amour-source de Créateur et de Père, par lequel Dieu nous appelle sans cesse à la vie et nous rends aussi capables de participer à sa vie divine. C’est un amour qui intègre, inclut et ordonne tous nos liens d’amour, tous nos attachements, dans une harmonie libérante, élévante et épanouissante.

On pourrait bien se demander pourquoi nos relations humaines d’amour sont souvent des lieux de blessures, d’insatisfaction, d’incompréhension et d’incomplétude ? N’est–ce pas tout simplement parce qu’il manque cet ordre d’amour qui consiste en ce que Dieu soit le premier aimé et servi et que seul son amour est source de l’amour vrai, équilibré et ordonné pour nous-mêmes et à l’égard des autres ? Ainsi, la priorité absolue donnée à l’amour divin authentifie et dynamise à son tour nos affections humaines.

 

 

L’absolue de l’amour de Dieu implique deux exigences qui sont deux qualités inhérentes à l’amour : la générosité dans l’ouverture aux autres et la constance dans l’épreuve. Embrasser la croix et accueillir dans la charité sont deux marques de la primauté et de la radicalité de l’amour divin.

« Qui vous accueille, m’accueille ; et qui m’accueille accueille celui qui m’a envoyé. » L’amour de Dieu enrichit, dilate et élargit notre cœur et nous ouvre à l’accueil et au service généreux des autres, de l’étranger, de l’inconnu par amour de Dieu, pour Dieu et en raison de Dieu. Notre hospitalité, frères et sœurs à l’égard des réfugiés, des migrants et de tous les nécessiteux doit être une hospitalité divine, chrétienne, c’est-à-dire par amour de Dieu et pour Dieu. C’est l’exemple que nous donne la sunamite accueillant avec disponibilité et générosité le prophète Elisée en sa qualité d’homme de Dieu. C’est ce que nous enseigne Jésus dans l’Évangile. Et bien accueillons nous aussi les autres en leur qualité d’enfants de Dieu et en leur qualité de frères et sœurs en humanité. Nous recevrons sûrement alors une récompense d’enfant de Dieu et de fraternité humaine.

« Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi ». Le poids de l’amour divin qui nous entraîne tout entier en Dieu met à contribution toutes les forces de l’âme, toute l’ardeur de notre volonté et tout l’élan de notre cœur pour embrasser la croix. Car comme l’enseigne le dicton : « amour prouvé, amour éprouvé ».

La croix est l’exercice du renoncement, le chemin de la conformité à Jésus crucifié. C’est elle qui imprime en nous les traits de la divine ressemblance. Elle nous fait ressembler à Jésus et nous fait coopérer à l’œuvre de la Rédemption.

Notre Père, saint Jean de la Croix nous rappelle dans La Montée du Carmel (MC I, 13) que Jésus, en cette vie n’eut et ne voulut avoir autre goût que de faire la volonté de son Père.  Et cela signifie : détachement, croix, sacrifice, renoncement à soi. L’amour de Dieu et pour Dieu n’est pas un pieux sentiment ou une exaltation flottante. L’amour de Dieu est une offrande généreuse de sa vie, une force unitive et transformatrice.

La croix est le moyen par excellence de notre conformité, de notre ressemblance et de notre identification à Jésus. Embrasser de bon cœur la croix c’est accepter et offrir activement et non pas simplement subir tout ce que nous rencontrons d’amer et de pénible en notre vie de chaque jour. Il y a bien des croix inévitables dans la vie qu’il est mieux d’embrasser avec le secours de la grâce dans la liberté de cœur que de les subir dans l’aigreur et la tristesse.

Puisse la grâce de la communion de ce jour nous unir davantage au Christ et nous identifier à lui dans la plénitude, la vigueur et l’intensité de l’amour divin, dans l’étreinte du mystère de la croix et dans le service généreux de la charité à l’égard de tous les hommes.

Homélie St Pierre et St Paul par le Frère François

Pierre et Paul 2017

Les deux colonnes de l’Église, deux êtres si différents : un pêcheur du lac de Tibériade qui vivait sa vie tranquille et un pharisien ultraorthodoxe remonté contre les chrétiens. Nous aurions eu à choisir nous n’aurions choisi aucun des deux, un pêcheur pour démarrer une telle entreprise et un excité sujet à des excès. Mais que voulez-vous les vues divines, dans la vérité et l’amour ne sont pas celles des hommes de bon sens Dieu est fou ! « Ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est fort; ce qui dans le monde est sans naissance et ce que l’on méprise, voilà ce que Dieu a choisi; ce qui n’est pas, pour réduire à rien ce qui est. » 1Co 1, 27-28. Et c’est bien ce qui s’est passé : « Ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé ma propre identité, ce ne sont pas tes cogitations psychiques, ton activité cérébrale mais mon Père qui instruit dans le cœur car ton cœur est réceptif à la voix silencieuse de mon Père qui s’exprime dans l’Esprit » Cf Mt 16, 17. Ce que le Christ construit là dépasse l’entendement humain, c’est une réalisation divine et sans l’écoute du cœur l’homme ne peut pas comprendre. L’Église est son corps et quelle que soit l’éminence d’un de ses membres aux yeux des hommes, il ne peut la construire qu’en se donnant au Christ. Ce qui importe c’est la disponibilité au Christ à son œuvre d’amour de divinisation de l’humanité et qui se révèle dans l’Esprit. Pierre et Paul, aux yeux de Dieu, étaient ces personnes aptes à cette œuvre de divinisation de l’humanité, bien au-delà de leur culture et des limites de leur psychologie.

 

Ils étaient avides d’amour et de vérité et le Christ par l’Esprit a pu en eux accomplir cette œuvre merveilleuse. Cette œuvre ecclésiale puisqu’elle offre à l’homme la vie même de Dieu, s’ancre dans son éternité et réclame de l’homme une confiance qui fasse fi des limites d’ici-bas de la vie charnelle. Cela mènera ces deux hommes à livrer ce combat de la vie éternelle au mépris de leur vie présente jusqu’au martyre. Cela nous replace dans l’unique essentiel, nous avons des vues et des projets ecclésiaux tellement humains avec des visions à court terme, dans un esprit de gestion d’entreprise dans lequel il n’y a pas de place ou si peu pour l’ES. Non Pierre et Paul se sont laissés guider sans rien retenir car ils ne se fiaient pas à leur esprit mais à l’Esprit. C’est bien ce que Paul reproche aux galates : leur l’inintelligence, c’est à dire cet esprit mondain qui est incapable de lire avec le cœur. Donc : « Si quelqu’un parmi vous croit être sage à la façon de ce monde, qu’il se fasse fou pour devenir sage; car la sagesse de ce monde est folie auprès de Dieu. Il est écrit en effet: Celui qui prend les sages à leur propre astuce; et encore: Le Seigneur connaît les pensées des sages; il sait qu’elles sont vaines. »1Co 3, 18-20.

L’Église ne peut se construire sans passer de la tête au cœur, sans se revêtir des sentiments du Christ, sans entrer dans le combat de Dieu pour la vie du monde, sans offrir sa propre vie car sans le don du sang rien de sérieux ne se fait dans l’Église.

Homélie dimanche 25 juin par le Frère Jean-Gabriel 

Homélie Solennité Jean-Bapbtiste 24 juin par le Frère Robert

Nativité de st Jean Baptiste, le 24 juin 2017

(Is 49,1-6 ; Ac 13,22-26 ; Lc 1,57-66.80)

 

La promesse de Dieu s’accomplit. Élisabeth met au monde un enfant.

Marie déjà par révélation participait à la joie de cette promesse. Et ici, parents et voisins découvrent en ce moment de la naissance cet évènement surprenant : la fécondité inouïe de Zacharie et d’Élisabeth ; pour nous cela met davantage en lumière et de manière encore plus forte la miraculeuse naissance virginale de Jésus.

Le jour de la circoncision de l’enfant, selon la tradition d’Israël, un nom lui est donné. De manière surprenante encore, dans cette famille sacerdotale probablement conservatrice, ce n’est pas le nom du père qui lui sera donné, mais celui de Jean revendiqué par Élisabeth. Grande sera la surprise de Zacharie, actuellement sourd et muet, lorsqu’il découvrira qu’il s’agit du même nom que l’ange de la vision lui annonçait. La confirmation de ce nom par l’écriture de Zacharie dénote qu’il s’agit bien là d’une mission particulière confiée par le Seigneur au nouveau-né.

Et voilà que la parole de Zacharie se libère et, rempli de l’Esprit-Saint à son tour, il prophétise en chantant le Benedictus : le Messie vient et Jean est son prophète immédiat, son précurseur.

Alors, quant à nous, mettons-nous à l’écoute de Jean Baptiste, le Royaume de Dieu est tout proche, suivons ses invitations à la conversion pour délier notre cœur et notre vie de tout ce qui les encombre, de toutes fausses lumières pour les laisser entièrement à la joyeuse lumière d’en-haut qui vient nous visiter et veut y habiter, Jésus-Christ, gloire d’Israël et lumière de tous les peuples.

Jean s’émerveillera encore davantage en sa prison quand il apprendra que vraiment Jésus est le Messie : les aveugles voient et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres…

Laissons diminuer nos pâles lumières, laissons-nous sauver, laissons grandir en nous et autour de nous la seule lumière véritable en témoignant de Jésus-Christ, le Fils du Très Haut qui se fait tout proche et nous donne la Joie et la Paix profonde, cette Paix qui seule est digne de l’homme et qui rend gloire à Dieu.

Homélie Solennité du Coeur de Jésus 23 juin par le Frère Bruno-Joseph

Homélie du Dimanche 18 juin par le Frère Jean

Homélie pour le Dimanche de Pentecôte par le Frère Jean-Gabriel

Permettez-moi tout d’abord de commencer par une image. Ou plutôt par des images, puisqu’il s’agit des images d’un film, « Andreï Roublev » du grand cinéaste russe Andreï Tarkovski, aujourd’hui hélas disparu. La dernière partie de ce film, intitulée « La cloche », nous présente un jeune adolescent dont le père, qui fut un célèbre fondeur de cloches, vient d’être tué par les barbares qui dévastent alors la Russie (le film se passe au début du XVème siècle). Le jeune Boris, c’est le nom de l’adolescent, aux émissaires du tsar venus chercher son père pour la réalisation d’une œuvre gigantesque, affirme avoir reçu de lui le secret de l’alliage des fondeurs et qu’il est en mesure de diriger les énormes travaux qui doivent aboutir à la création d’une cloche géante et magnifique. Boris se met donc à diriger avec une autorité presque tyrannique et une assurance inouïe tous ces travaux. La cloche est bénie en présence du grand-duc. Suspense… Va-t-elle sonner ? Si elle ne sonne pas, ce sera la mort pour Boris. Elle retentit magnifiquement. Tout le monde congratule Boris… qui s’effondre quelques instants plus tard, en larmes, dans les bras d’Andreï Roublev, à qui il avoue que son père ne lui avait transmis aucun secret… Ils sont alors tout près d’un feu. Le film, qui jusqu’alors était en noir et blanc, passe à la couleur ; le feu qui crépite resplendit, avant que la séquence suivante nous présente toutes les œuvres iconographiques et picturales du saint iconographe Andreï Roublev.

Quel rapport, frères et sœurs, avec la solennité de la Pentecôte que nous fêtons aujourd’hui ? Eh bien, il me semble qu’il y en a un ; nous sommes tous un peu semblables à ce jeune fondeur de cloches. Par nous-mêmes, nous ne sommes capables de rien ; nous n’avons pas de nous-mêmes le secret de l’œuvre sacrée à réaliser; mais si nous nous ouvrons au souffle de l’inspiration, comme le jeune Boris, au feu de l’Esprit d’Amour qui veut enflammer nos cœurs, alors tout peut être transfiguré, car l’Amour de Dieu est un feu qui aspire à tout transformer en lui-même. Sans l’Esprit Saint, l’homme ressemble à ce paysan que nous décrit encore Tarkovski au tout début du même film. Il s’est construit une montgolfière de fortune et tente de s’envoler. Il y parvient durant quelques instants, mais finit par s’écraser lamentablement sur le sol…

« Le but de la vie, c’est l’acquisition du Saint Esprit ; sans lui, il n’y a pas de salut », déclarait un autre moine orthodoxe, saint Seraphim de Sarov.

C’est qu’en effet l’Esprit Saint est le grand acteur invisible du salut acquis par la Rédemption de Jésus. Ce même Jésus qui déclare que l’Esprit Saint viendra au prix de son départ ; un départ qui a lieu dans l’intérêt des disciples, puisque, grâce à lui, « viendra le Défenseur », « l’Esprit de vérité qui procède du Père, et qui rendra témoignage en sa faveur ». Aussi, au jour de la Pentecôte, 50 jours après Pâques, au prix de la Croix où s’est réalisée notre rédemption, par la puissance de tout le mystère pascal de Jésus, l’Esprit Saint vient demeurer avec les Apôtres réunis au Cénacle autour de Marie. L’Esprit Saint est donné à l’Église ; que dis-je : plus encore : l’Esprit Saint crée l’Église ! Le don de l’Esprit marque un nouveau commencement du don que Dieu fait de lui-même à l’homme qu’il est venu sauver en Jésus-Christ.

Nouveau commencement, car l’Esprit Saint « où se trouve la source et le commencement de tout don fait aux créatures » (JP II, 34) est l’acteur de notre propre création. Rappelez-vous : Le premier chapitre de la Genèse en ses tout premiers versets, nous dit qu’un « Vent de Dieu planait sur les eaux » d’une création émergeant du néant par l’action de Celui qui préside au don de son existence. L’Esprit Saint crée l’homme à l’image et à la ressemblance de Dieu, capable donc de participer à la vie de Dieu, si du moins « l’homme ne s’oppose pas au don que Dieu lui fait de lui-même pour son salut » (13).

Mais nous le savons, par le péché, l’homme a désobéi ; il a failli à sa vocation divine et s’est coupé ainsi de la source d’eau vive : « La désobéissance, comme dimension originelle du péché, signifie le refus de cette source, motivé par la prétention de l’homme à devenir source autonome et exclusive pour décider du bien et du mal » (36). Les conséquences de ce refus sont désastreuses pour l’homme, qui perd la participation à la vie même de Dieu, et donc la vie éternelle. Mais, comme l’écrit encore magnifiquement J.P II, « si le péché, en refusant l’amour, a engendré la souffrance de l’homme, l’ES entrera dans la souffrance humaine et cosmique avec une nouvelle effusion d’amour qui rachètera le monde ». Par la foi, l’homme peut à nouveau s’ouvrir au don de Dieu, la foi qui est, « dans sa nature la plus profonde, l’ouverture du cœur humain devant le Don, devant la communication que Dieu fait de Lui-même dans l’Esprit Saint » (51). Désormais, par la foi, tout homme peut retrouver la grâce d’être enfant de Dieu, enfant du Père. La grâce sanctifiante, qui est l’œuvre de l’Esprit en nous, nous rend à notre véritable vocation qui est d’être enfants de Dieu notre Père. Désormais, à tout homme qui se laisse régénérer par l’Esprit qui donne la vie, l’Esprit agit en lui comme Consolateur, Intercesseur, Défenseur. Il lui apprend à entrer en relation intime avec Dieu dont il peut faire l’expérience surtout dans la prière : « La manière la plus simple et la plus commune dont l’Esprit Saint, le souffle de la vie divine, s’exprime et entre dans l’expérience, c’est la prière. Dans la prière, l’ES se manifeste avant tout comme le don qui vient au secours de notre faiblesse » (65). Voilà pourquoi, au Carmel, nous ne commençons pas l’oraison avant d’avoir invoqué l’ES sans lequel nous ne pourrions prier.

Frères et sœurs, aujourd’hui nous accueillons le don de Dieu, notre Défenseur dans notre combat spirituel contre l’Adversaire. Laissons l’Esprit nous saisir, comme le feu saisit la bûche pour l’enflammer et la transformer en lui-même ! Laissons le feu de l’Esprit d’Amour transfigurer nos cœurs. Car il est le véritable père des pauvres, le dispensateur des dons, la lumière de nos cœurs, comme le chante la très belle Séquence de Pentecôte, le « Veni Sancte Spiritus ». Sans cette puissance divine, il n’est « rien en aucun homme qui ne soit perverti ». Seul l’Esprit très Saint met en lumière le péché, dans le but de rétablir le bien, de renouveler la face de la terre. C’est pourquoi le feu de l’Esprit, « plus purifiant que celui du Purgatoire », pour parler comme la Petite Thérèse, purifie tout ce qui souille l’homme créé pour la ressemblance divine ; il est capable de soigner toutes les blessures, même les plus profondes, de l’existence humaine ; il change l’aridité intérieure des âmes et les transforme en champs fertiles de grâce et de sainteté. Ce qui est rigide, il l’assouplit, ce qui est froid, il le réchauffe, ce qui est faussé, il le rend droit sur les chemins du salut.

Telle est l’œuvre immense de l’Esprit en nous, frères et sœurs. Honorons cet Esprit d’Amour, ce feu de charité qui brûle en nos cœurs pour fondre tout ce qui n’est pas Amour de Dieu, tout ce qui n’est pas unifié et pacifié, pour que notre vie, dont l’œuvre du jeune Boris serait en quelque sorte l’image, pour que notre vie soit l’instrument de la musique divine.

C’est pour chacun de nous et pour tous les hommes que Jésus a voulu remettre son esprit au Père de qui vient tout don parfait. Avec toute l’Église, supplions plus particulièrement aujourd’hui l’Esprit Très Saint de renouveler la face de la terre.

Viens Esprit de Dieu, Esprit d’Amour, emplis le cœur de tous les hommes que le Père a prédestinés à sa Gloire et sauvés dans le Christ Jésus Notre Seigneur ! Amen.

Dimanche 28 mai par le Frère Bruno-Joseph

 

C’était au soir du Jeudi Saint, au cours du dernier repas, Sachant que son heure était venu, levant les yeux, tout son être tourné vers le Père, Jésus priait. Tout présent au Père comme nous cherchons, un peu à la faire dans notre prière, quand nous faisons oraison.

Par sa prière, sommes comme introduits dans l’intimité de la relation entre le Fils et le Père, et nous fait connaître quelque chose de Dieu, l’Amour, l’Amour en Dieu, et l’Amour pour nous, jusqu’à nous introduire, dès maintenant, dans la vie éternelle : « La vie éternelle, c’est de te connaître, toi, le seul Dieu, le seul vrai Dieu. »

En sa prière, Jésus nous révèle sa nature, sa mission ; nous révèle notre nature et notre vocation. Par création et dans le Fils nous sommes nous aussi « fils », nous sommes enfants de Dieu, dans le Christ Jésus, chacun et tous ensembles, telle est notre nature et notre vocation : nous sommes de Dieu, en Dieu, par Dieu.

Le Fils, a tout reçu de son Père : tout et Lui-même, et Il retourne tout, rend tout au Père. Tout l’être du Fils, dans l’Éternité et dans son Incarnation est accueil et action de grâces, telle est aussi notre vocation.

Le Verbe éternel, en s’incarnant, n’avait rien perdu de sa divinité, toujours parfaitement uni au Père. Mais dans en sa prière, il s’identifie pleinement à la personne qu’il est maintenant, divine et humaine. Ainsi, vrai Dieu et vrai homme, Il retourne, avec son corps humain ressuscité, glorifié, auprès de son Père et demeure vraiment notre Frère.

C’est ce nous avons rappelé ce que nous avons fêté jeudi : l’Ascension, l’entrée de Jésus Fils de Dieu, en son humanité, dans la gloire divine où il siège à la droite du Père. Ainsi Il n’abandonnait pas son humanité et ne se sépare pas de l’humanité, mais, au contraire, Il introduit l’humanité, pauvre et pécheresse dans la gloire de la Trinité.

 

Non seulement il ne se sépare pas de nous mais, c’est bien avec toute l’humanité, tous les Hommes qu’il veut être auprès du Père. Premier vraiment-né des fils de l’homme, il est la porte du Ciel, le Chemin, a vérité, la Vie pour nous ses frères.

Nous le redirons dans quelques instant à la Préface, la 1ère Préface : « Le Seigneur Jésus ne s’évade pas de notre condition humaine : mais en entrant le premier dans le Royaume, il donne aux membres de son Corps l’espérance de le rejoindre un jour. » La 2ème Préface de l’Ascension, présente une formulation plus ramassée encore : « Il est monté au ciel pour nous rendre participants de sa divinité. »

« Père, Je prie pour ceux que tu m’as donné… ils sont à Toi… et Je trouve ma gloire en eux. »

L’Église que nous sommes est présence et signe de Dieu sur terre. Cette Église que nous sommes, pauvre et imparfaite, c’est l’Épouse du Christ. Par son unité, l’Église, de tous les chrétiens, de toutes langues, peuples et nations réalise déjà quelque chose de Dieu Lui-même ici, en nous, par nous.

Que le Saint Esprit nous fasse toujours voir ce qui en nous fait obstacle à l’unité entre nous, notre communion voulue par Dieu. Qu’Il fasse que nous ne voulions jamais volontairement provoquer et maintenir des divisions, et qu’au contraire nous devenions que nous soyons dans notre famille, dans notre mariage, notre communauté, notre paroisse, groupe d’amis, au travail que nous soyons facteur d’unité, de transparence de l’Amour de Dieu qui s’incarner en nous, par nous. Et qu’il nous fasse aimer l’Église, notre familles, notre communauté.

Tel est le dessein d’amour de Dieu sur nous en cette vie et pour l’Éternité.

Fête de l’Ascension 25 mai par le Frère Robert

« Les onze disciples s’en allèrent en Galilée à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre…

Allez ! De toutes les nations faites des disciples… »

Être disciple, se mettre à son école, le suivre, mettre nos pas dans ses pas…

Chers frères et sœurs,

Un des messages que saint Matthieu nous donne en ce riche passage de l’Évangile est bien un appel à l’humilité du disciple ; plutôt que de chercher la gloire du savant ou du maître incontesté, une exhortation à être disciple, à fréquenter souvent le Seigneur, à rencontrer Jésus Sauveur.

Comment peut-on vivre cela ?

-Par le cœur à cœur quotidien avec lui qui est là tout près de nous, lui, le Vivant, avec une humble confiance.

-Par l’écoute de sa Parole pour nous imprégner de la Vie qu’elle contient.

-Par la célébration de la liturgie, comme nous le faisons, acte de tout le Corps, de tout le peuple convoqué, reconnaissant et amoureux du Père qui nous a donné son Fils.

-Être disciple : se placer et marcher dans l’ombre lumineuse du Christ avec l’immense peuple des sauvés.

« Allez ! De toutes les nations faites des disciples… » Matthieu nous livre ici une autre invitation. Faire des disciples du Christ implique une annonce de l’Évangile non pour attirer à soi, mais pour orienter vers le Christ, unique Sauveur.

« De toutes les nations faites des disciples… »  

Le message de l’Évangile, le salut en Jésus Christ, n’est pas réservé à une classe particulière, à une nation unique. Le Christ, nouveau Moïse sur la montagne, révélateur des Béatitudes, le Christ, venu dans la chair, mort est ressuscité – transfiguration achevée -, source de Vie éternelle, est investi par le Père comme Seigneur du ciel et de la terre, du temps et de l’éternité : une annonce de libération et de liberté inouïe qui concerne tous les hommes de tous les temps et de toutes les cultures et de tous les âges.

En effet, la charité ne passera jamais, jamais. Et la Trinité, Amour pur, par la Présence du Christ dans l’histoire, assure désormais, malgré tout, la réconciliation, la présence définitive de l’Amour dans notre monde, notre monde est désormais ancré dans l’éternité.

Et l’annonce de Jésus-Christ n’est pas d’abord une invitation à adhérer à un programme, serait-ce un programme d’ascèse, à une idéologie, à une philosophie ; être disciple et faire des disciples du Christ en les baptisant au nom du Père et du Fils, et du Saint-Esprit consiste à intégrer par le Christ, le cœur palpitant de l’Amour infini, participant les uns par les autres au rayonnement de l’Amour. Les lectures offertes en cette solennité dévoilent la grandeur de ce mystère que la Pâques du Seigneur a réalisé.

Vivez-vous quelques fois des doutes ? Les disciples virent Le Seigneur Jésus et se prosternèrent devant la grandeur et la beauté de l’Amour fait chair, présent devant eux… et pourtant certains eurent des doutes…

Nous sommes en chemin et le Christ nous invite à marcher – « Allez donc… » -. En marchant humblement à la suite du Christ et en témoignant de lui, nous recevrons la Paix dans la profondeur de notre personne, la joie de ciel sera présente et mystérieusement à l’oeuvre malgré les pesanteurs de la route. Nous saurons bien qu’il s’agit là d’un chemin de bonheur, car il s’agit finalement de la rencontre avec l’Amour.

Au nom du Père et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

 

Dimanche 21 mai par le Frère François

L’envoi de l’Esprit de Pentecôte approche et le texte de ce jour nous y prépare : « Je prierai le Père et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous. »

Si un Défenseur divin nous est donné il nous faut, l’accueillir, l’écouter, nous laisser instruire et se mettre en demeure d’accomplir ce qu’il nous demande. Sinon comment pourrions-nous connaître Dieu, par ouïe dire, par auto persuasion par autosuggestion par bourrage de crâne, bref par quelque chose venant de notre propre industrie ou du rentre dedans de quelque Évangélisateur maladroit ou bêtement narcissique comptant sur sa force de persuasion. Non ! Pierre nous dit : « Faites-le avec douceur et respect.1P3, 16 » Cela ne peut se faire que si on « honore dans nos cœurs la sainteté du Seigneur 1P3, 15 » C’est l’Esprit du Christ qui doit passer devant l’Évangélisateur.

Nous sommes compliqués nous allons chercher bien loin ce qui veille dans notre cœur et qui n’attend que notre éveil. C’est tout simple et tout dépouillant. On le trouve par une ouverture de notre cœur en recherche de vérité, si la Parole est celle du Christ vraie et amour le cœur appelant d’amour s’ouvre et alors il s’exprime dans un silence plein d’amour et nous fait aspirer à la vérité toute entière. Paul dans la lettre aux Romains nous dit : « Ne vous conformez pas au monde présent, mais renouvelez votre façon de penser, pour savoir reconnaître ce qui est bon ce qui est parfait ce qui est agréable à Dieu. » Rm12, 2

Le monde présent, celui qui était déjà dès l’Ancien Testament du reste, est un monde dans lequel l’homme s’appuie sur ses propres forces, sur ses propres calculs et stratégies qui ne sortent que très rarement des circonvolutions de son moi égotique mais qui jamais n’accepte de plonger dans le silence profond du cœur dans le lieu de l’Esprit. Celui qui s’ouvre à Dieu accueille un autre mode de penser et de pensée. C’est le mode de penser de Dieu, son état d’esprit qui est saint : l’Esprit Saint !

L’Esprit va agir en deux temps. Revenons à la première lecture des Actes des Apôtres Chez ces Samaritains la disponibilité de leur cœur, avide de vérité, accueille l’annonce de la Bonne Nouvelle. Librement leurs cœurs s’ouvrent, adhèrent et reçoivent.

En ce premier temps l’Esprit agit en suggérant une ouverture du cœur plus grande. Cela s’effectue par l’annonce de la Bonne Nouvelle, moyennant l’effacement du prédicateur qui laisse passer la Parole.

Dans un deuxième temps la personne aspire à plus d’amour Cela éveille en elle le désir de recevoir pleinement l’Esprit. Ici ces Samaritains Le reçoivent par Pierre et Jean, Apôtres de l’Église. L’Église nous donne l’Esprit dans les sacrements et en tout premier lieu dans le baptême.

La pédagogie spirituelle est celle d’une annonce respectueuse de la liberté intérieure. Elle se situe à l’inverse d’un mirage occasionné par une prédication irrespectueuse (qui ravit la liberté au lieu d’ouvrir sur la découverte folle de la joie des enfants de Dieu). Ensuite la personne devra accepter de se convertir sous la direction et l’aide puissante de l’Esprit.

Si elle accueille la puissance transformante de l’Esprit se réalisera en elle la parole du Christ : « Je l’aimerai et je me manifesterai à lui. » Jn 14, 21 par ce déploiement en son cœur du même esprit que celui qui anime Jésus. Alors ayant renouvelé notre façon de penser on peut dire comme Jean de la Croix : « Je sortis dans la plaine et je ne connaissais plus rien. » Cantique spirituel A, 17. Je sortis hors du relief chaotique et complexe de ce monde, de sa manière de penser, de concevoir ; aussi je ne reconnaissais plus rien dans ce nouvel espace, où je pensais suivant le mode libre et tout amour de Dieu, ayant laissé par confiance agir l’Esprit de Dieu en moi. Ainsi, « Cela seuls qui sont mus par l’Esprit de Dieu sont enfants de Dieu. » Jn 1, 12

Il existe donc deux manières de vivre soit dans l’espace que m’offrent mes capacités naturelles et sociétales, soit en accueillant le don de Dieu, son Esprit. Soit on vit suivant les horizons de nos projections humaines, soit on vit dans l’abandon en Dieu sans limite de projection. Auquel cas, puisqu’il est Dieu, vie éternelle, notre vie présente s’ancre dans la vie éternelle déjà présente par l’accueil de l’Esprit. Sans laissez le Seigneur accomplir son œuvre d‘amour en nous, nous ne savons pas qui nous sommes, nous ne pouvons pas dépasser les limites de nos projections.

Pour le renouvellement spirituel des chrétiens afin qu’ils ne fassent pas obstacle à l’action du Christ et de son Esprit avides de communiquer la vie éternelle et de la propager par notre accueil. Prions le Seigneur

Offrons-nous pour la paix dans le monde que l’Esprit de Dieu s’étende sur tous les hommes de bonne volonté. Prions le Seigneur de répandre en abondance son Esprit.

Un frémissement de renouveau ecclésial se présente en France, offrons-nous afin que ce souffle léger se transforme en vent spirituel vivifiant pour toute l’Europe. Prions le Seigneur.

Pour nous-mêmes et pour nos communautés afin qu’elles se décentrent d’elles-mêmes pour ne plus regarder que vers le Christ dans l’écoute de son Esprit. Prions le Seigneur.

Dimanche 14 mai par le Frère Laurent-Marie

 Jésus  nous  affirme : « Je  suis  le  Chemin,  la  Vérité  et  la  Vie ! », Je  suis  le Chemin, la Vérité et la Vie !       Comment  Jésus,  Chemin,  Vérité  et  Vie  a-t-il  pu  devenir  pour  les  scribes, pour  les  pharisiens,  pour  les  prêtres  du  sanhédrin  « pierre  d’achoppement,  un rocher sur lequel on trébuche » comme nous l’affirme st Pierre dans la seconde lecture ?  C’est très instructif pour nous de l’entrevoir, afin de ne pas nous méprendre, nous illusionner dans notre vie spirituelle, dans notre vie d’union avec Dieu. Nous avons un ennemi nous affirme Jésus qui est Prince de ce monde, et qui veut devenir le prince de notre âme sans que l’on s’en rende compte. Quand les jésuites vous forment à l’accompagnement spirituel, ils l’appèlent le  sinueux,  le  fumeux  ou  encore  le  baveux.  Son  travail,  c’est  de  singer  notre union avec Dieu, prendre la place de Dieu. Les  pharisiens,  les  scribes,  le  corps  des  prêtres  du  sanhédrin  connaissaient pourtant  les  écritures,  et  ils  possédaient  la  science  des  choses  de Dieu,  ils  l’enseignaient  même,  comme  moi  aujourd’hui. Que  leur  manquait-il  donc  pour accueillir Jésus, reconnaître Jésus, Chemin, Vérité et Vie ? Notre  Mère  ste  Thérèse  d’Avila,  Mère  des  spirituels,  maîtresse  de  vie spirituelle peut nous aider à comprendre. Lorsque ses sœurs  lui demandent de  leur apprendre  à prier, d’atteindre à  la contemplation, et cela est louable et désirable ; Thérèse d’Avila les invitera aussi à s’efforcer de pratiquer les grandes vertus :  « Vous  allez  vous  demander,  mes  filles,  pourquoi  je  vous  parle  des  vertus qu’un  grand  nombre  de  livres  vous  enseignent,  alors  que  vous  ne  recherchez que  la  contemplation.  (16,3)  C’est  que,  […] le  Roi  de  Gloire  ne  viendra  point dans notre âme, il ne s’unira pas à elle, si nous ne nous efforçons d’acquérir les grandes vertus (16,6) ».        Ce  dont  Thérèse  d’Avila  veut  nous  préserver,  c’est  de  l’orgueil  spirituel, reconnaissable  par  le  fait  qu’il  y  manque  les  vertus.  « Vous  priez,  vous  devez donc  aussi vous  efforcer  de  pratiquer  les  grandes  vertus ». Lorsque  Thérèse  d’Avila  écrit  pour  ses  sœurs,  leur  donne  des  conseils,  c’est  souvent  pour  démasquer les manœuvres de l’ennemi, les garder des illusions.        De  même  la  science,  la  science  des  pharisiens, des  docteurs  de  la  loi,  sans les vertus, est une illusion, c’est l’orgueil de la science, pourtant bonne et sainte. « Vous voulez acquérir la science, efforcez-vous aussi de pratiquer les vertus ». Il y a plusieurs années, j’avais un ami qui était en religion depuis 5 ans, et il avait  remarqué  dans  sa  petite  communauté qu’un  de  ses  frères  semblait  le jalouser (Saint Matthieu nous précise dans son évangile que Pilate savait que c’était par jalousie qu’on lui avait livré Jésus), ce dernier lui envoyait des petites réflexions insidieuses, très fines, à peine perceptibles. Il restait dans le silence et se gardait  bien  d’en  avertir  ses  supérieurs,  on  l’aurait  sans  doute  accusé  d’être  en crise,  ou  d’avoir  des  problèmes  psychologiques.  Mais  quand  le  serpent  de  la jalousie est dans une âme, il faut qu’il morde plus violemment pour espérer faire sortir  cet  ami  de  son  silence…ainsi  un  jour  alors  que  l’on  venait  de  leur  offrir une  chasuble, il  s’en  réjouit,  et  il  s’entendit  dire  de  ce  frère,  docteur  en  théologie : « Qu’est ce que cela peut te faire puisque tu n’es même pas prêtre ». Thérèse  d’Avila,  femme  pratique,  au  sens  spirituel  exacerbé,  va  donc nous enseigner à pratiquer dans notre vie quotidienne, 3 vertus, pour nous garder de l’illusion,  des pièges  de  notre  ennemi  : Ne  pensez  pas,  mes  amies  et  mes  sœurs, que  je  vais  exiger  de  vous  beaucoup  de  choses  […].        Je  n’insisterai  que  sur trois  points  […]  L’un  est  de  nous  aimer  les  unes  les  autres ;  l’autre,  le  détachement de toute chose créée, l’autre, la véritable humilité, qui, bien que je la cite en dernier est la principale, et les embrasse toutes. (4,4).           Voilà  les trois  piliers de  la spiritualité thérésienne : l’humilité, l’Amour du prochain, le détachement.        Sur  l’humilité,  elle  nous  conseillera : « S’y  exercer  sérieusement  et  s’examiner  sur  ce  point  est  très  nécessaire  pour  tous  ceux  qui  s’adonnent  à  l’oraison »17,1.  St  Jean  de  la  Croix  précise  CSB  1,3 : « Ni  la  communication sublime  (toutes les saveurs intérieures que peut nous donner le  Seigneur), ni la présence  sensible,  ne  sont  un  signe  assuré  de  la  favorable  présence  de  Dieu dans  une  âme,  pas  plus  que  la  sécheresse  et  la  privation  de  toute  faveur  de  ce genre n’est un indice de son absence ». C’est à l’humilité que cela se mesure.

 C’est  à  l’humilité  que  se  mesure  notre  degré  d’union  à  Dieu,  d’intimité  avec  Lui, de son rayonnement en nous, de sa vie en nous.  Thérèse  d’Avila  nous  donnera  comme  définition  de  l’humilité : « C’est marcher dans la vérité » (Dm 6,10,7). Sainte Thérèse de  l’Enfant-Jésus désirait aussi « se nourrir que de la vérité », et elle ajoutait « Il me semble que l’humilité, c’est la vérité » ; « Oui, il me semble que je n’ai cherché que la vérité ; oui j’ai compris  l’humilité  du  cœur… ».  Elle  affirmait  encore  « Si on  ne  veut  pas  la vérité, qu’on ne vienne pas me voir ».  Un  psaume  nous  enseigne  aussi,  « Ne  tenez  pas  la  vérité  captive  de  l’injustice »,  quel  qu’en  soit  le  prix  à  payer.  Notre  Seigneur  Jésus  en  connaît  le prix : « Je ne suis né, je ne suis venu dans le monde que pour rendre témoignage à la vérité, quiconque est de la vérité écoute ma voix ». C’est parce qu’il n’a pas rendu la vérité captive de l’injustice que Jésus a été crucifié. Quand,  j’étais  séminariste,  une  religieuse,  lors  d’un  pèlerinage,  m’avait partagé une réflexion : « Agneau, oui ! Mais pas gigot ! ». Le  2ème  pilier  de  la  vie  spirituelle  est  l’amour  mutuel.  Si Thérèse  d’Avila engage ses sœurs par l’injonction : « toutes doivent s’aimer », elle nous enseigne aussi qu’il  y a des contrefaçons de  l’amour  mutuel,  l’esprit de clan ou  de partie ou copinage, de là naissent les divisions, les médisances (Philippe Néri…).  Les  pharisiens  et  docteurs  de  la  Loi  en  ont  été  les  auteurs,  Jésus,  notre Seigneur a été revêtu du  manteau de leur médisance, voire de leur calomnie : « Tu as un démon, c’est par Belzébul que tu chasses les démons… ». Guy  Béart  chantait : « Celui  qui  dit  la  vérité  doit  être  exécuté »,  la  médisance est une  forme d’exécution  insidieuse. Notre pape François a parlé des 7 péchés  capitaux  de  la  curie ;  un  Général  d’un  ordre  religieux  parlera  de  la  médisance qui tue la vie spirituelle, et la vie communautaire…c’est une tentation à laquelle  il  nous  est  bon  chacun  de  résister.  Elle  est  souvent  le  fruit,  nous  le voyons dans le cas de Jésus, de la jalousie, de la vengeance parfois, de la lâcheté, un manque de droiture et de loyauté de l’âme. Quand vous avez à faire à ces âmes,  vous  leur  rendrez  service  en  les  reprenant.  Nous  avons  tous  un  combat spirituel à mener, en être bien conscient. Il y avait un jour une réunion d’hommes d’affaires avec leur PDG à laquelle était convié ce  même ami. Il vit 4  hommes d’affaires en train de  faire  le procès de  leur  PDG afin  qu’il  ne  soit  pas  réélu  ;  comme  les  secrets  des  cœurs  ne  lui  étaient pas inconnus, il savait que d’autres qui se taisaient, se complaisaient dans leur cœur devant le procès de  leur  PDG. Un procès, pour  des choses  futiles,  un livre, du linge…quand on veut nuire à quelqu’un tous les prétextes sont bons, les mauvais prétextes.  Jésus  nous  avertit : « Si  votre  justice  ne  surpasse  celle  des scribes  et  des  pharisiens,  vous  n’entrerez  pas  dans  le  Royaume  des  Cieux ».  Quel est mon maître intérieur ? Le silence devant le Seigneur, peut nous aider à comprendre  nos  mouvements.  Mais  il  nous  faut  aussi,  pour  ne  pas  être  leurrer par  notre  ennemi,  il  nous  faut  l’amour,  il  nous  faut  l’amour  de  ce  qui est juste, bon, vrai et sain, le rechercher afin de l’appliquer pour soi et pour son prochain.       Le  3ème  pilier  de  la  vie  spirituelle  est  le  détachement  qui  est  pour  Thérèse davantage  un attachement au Christ.  Le Seigneur  Lui-même  lui a dit plus d’une fois : « Fixe  les  yeux  sur  moi  qui  ai  vécu  pauvre  et  méprisé  du  monde  » (Relation  8).  Ne  pas  rechercher  les  louanges  du  monde  qui peuvent  devenir  un attachement  mondain,  cet  esprit  mondain  de  représentation,  au  détriment  de  la vérité, au détriment de Celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie, et qui a vécu pauvre  et  méprisé  du  monde,  méconnu.  Charles  de  Foucauld  dira : « Jésus  a tellement pris la dernière place, que personne n’a pu la lui ravir ».        Je  conclurai  avec  notre  sœur  ste  Thérèse  de  l’Enfant-Jésus,  elle  écrivait souvent des pièces, notamment une sur Jeanne d’Arc et sa Mission : dans son récit à un moment, elle oppose les justes et les méchants, et fait parler ces derniers en  citant  le  livre  de  la  Sagesse : « Ainsi  de  nous : à  peine  nés,  nous  avons disparu, et nous n’avons à montrer aucune trace de vertu » Sg 5, 13.         Le  Seigneur  Dieu  dit au  serpent,  prince  de  ce  monde : « Je  mettrai  une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il t’atteindra à la tête et tu l’atteindras au talon » Gn 3,15. Nous sommes au  mois de  mai,  le  mois de la Vierge Marie…Elle nous propose une arme dans notre vie spirituelle, pour le combat spirituel, le chapelet, méditer les mystères de la vie de Jésus, contempler Jésus, norme et source de toute vertu…

Dimanche 7 mai par le Frère Bruno-Joseph

Broussey 2017 05 07 Jn 10, 01-10  Dimanche du Bon Pasteur « Moi, je suis la porte [des brebis]. »  « Je suis le bon Pasteur, le vrai berger. » Les  auditeurs,  les  pharisiens,  comprenaient très  bien,  comprenaient  très bien la portée de ces mots de pasteur, de bon pasteur, mais ne voulaient pas comprendre, ne voulaient entendre Celui ce qui leur parlait. En effet, en Israël, dans les Écritures, c’est clair,  le Vrai Berger, le Bon Pasteur,  désigne  le  Seigneur  Dieu  lui-même  et  désigne  aussi  son  Messie tant  attendu.  Le  Seigneur  Dieu,  le  bon  Pasteur,  avait  libérer  son  peuple Israël,  l’avait  fait  sortir  de son esclavage en  Égypte, l’avait guidé, conduit au désert pour faire Alliance et lui donner la Terre Promise. Une  Terre,  où  ruissellent  « le  lait  et  le  miel », don  de  Dieu  pour  le bonheur  de  l’homme :  un  vrai  paradis !…  une  Terre  comme  l’annonce du Royaume de Dieu, dès ici pour tous les hommes, pour toute l’humanité ; l’annonce  de  l’Église, l’annonce  de  la  Cité  céleste,  de  la  vie  éternelle,  pour tous, tous ensembles, auprès de Dieu. Jésus-Dieu,  par  son  Incarnation,  sa  Vie,  sa  Passion, sa  Mort,  sa  Résurrection,   a   assumé,   revécu   toute   l’histoire   de   l’homme,   pour   tout restaurer.  Sauf  le  péché,  Il  a  parcouru  tout  de  notre  existence  jusqu’à  son aboutissement parfait, dans la gloire.  En  Jésus,  Dieu  lui-même,  corporellement,  vraiment  Dieu,  vraiment homme,  vint  nous  révéler  le  mystère  véritable  de  Dieu,  le  mystère  de  son amour infini, de sa proximité infinie, Dieu Miséricorde. Désormais,  chercher  protection,  secours,  appui  en  dehors  de  Lui,  c’est suivre un autre berger…Désormais nous ne devons plus aller consulter les augures pour savoir si les dieux nous sont favorables, si les génies, si les esprits, les entités, si les énergies  nous  sont  favorables.  Croire  les  devins,  rechercher  notre  paix, notre  sécurité,  notre  vie,  notre  raison  de  vivre  chez  les voyants,  les  médiums,  les  désenvouteurs,  dans  les  cartes,  les  tables  tournantes,  les  ouija, les  passeurs  d’âmes,  les  receveurs  spirituels,  tout cela,  c’est  entrer  par  d’autres portes.

N’allons pas  vers ces bergers, ces portes…  ils conduisent au désastre. « Vous  étiez  errants  comme  des  brebis, nous  disait  saint  Pierre;  mais  à présent  vous  êtes  revenus  vers  le  berger  qui  veille  sur  vous.  »  Ne retournons pas en arrière. « Moi je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance. » Ne retournons pas en arrière. Le Dieu de toute miséricorde, en Jésus donnant sa vie, nous libère de l’emprise de la mort, de la prison de mon péché, de la captivité des ténèbres, de  la  peur,  peur  de  tout,  peur  de  Dieu,  peur  de  tous  les  autres.  Alors,  ne retournons pas en arrière. « Sois  le  berger  de  mes  brebis.  Pais  mes  agneaux.  »  (Jn  21,  15-16)  Le Christ Jésus a  voulu  confié son Église à des  hommes,  saint Pierre,  les  apôtres  et  leurs  successeurs  de  tous  les  temps.  Des  pasteurs  appelés à  servir dans  la  fidélité, dans  l’humilité,  dans  l’obéissance, à  servir le  peuple  de Dieu, le guider avec prudence, dans la vérité vers l’unique Pasteur.  « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » En cette Journée  mondiale de prière pour les  vocations, prions pour les jeunes  que  le  Seigneur  appelle  aujourd’hui  encore  afin  qu’ils  entendent  et répondent à cet appel  en se donnant joyeusement  à son service, au service de son Église. Prions aussi pour tous nos pasteurs, afin qu’ils demeurent de fidèles serviteurs, pleinement unis au Christ notre seul véritable Pasteur. Prions encore pour les  pasteurs qui se retrouvent  dans tous  les  lieux de vie.  Les  pasteurs  de  chaque  foyer,  époux,  épouse, les  pères,  les  mères, et tous ceux qui aiment d’un vrai amour. Ces bons pasteurs qui sont attentifs, dévoués, qui prennent soin, qui aiment ceux qui leurs sont confiés, qui sont prêt à donner de leur vie pour ceux qu’ils aiment, pour qu’ils vivent.

Dimanche 30 avril par le Frère Jean

Dimanche 23 avril par le Frère Jean-Raphaël

2e Dimanche du Temps Pascal Ac 2, 42-47 ; Ps 117 ; 1 P 1, 3-9 ; Jn 20, 19-31

Chers frères et sœurs, Jésus nous propose aujourd’hui une béatitude, un bonheur étrange, un bonheur qui semble trop simple : le bonheur de celui qui ne voit pas, et qui pourtant croit en Dieu. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. Quelle étrange idée. Nous, nous aimerions bien voir. Nous aimerions voir la paix que Jésus promet. Nous aimerions voir la paix dans notre pays que nous aimons, tout spécialement en ce jour d’élection. Nous aimerions bien voir une vie communautaire, familiale, conjugale, aussi simple et belle que la vie de la première communauté des chrétiens à Jérusalem. Nous aimerions voir tout de suite l’héritage qui ne connaîtra ni corruption, ni souillure, ni flétrissure. Mais Jésus nous dit : tout ça, tu ne le verras pas tout de suite. Jésus nous dit : tu seras heureux, dès maintenant, si tu crois sans avoir vu. Et tu seras moins heureux si tu cherches à voir. Car chers frères et sœurs, nos yeux ne sont pas encore adaptés à ce que Jésus veut nous faire voir. Ils sont adaptés aux bonnes choses du monde. Et lorsque nous voulons à tout prix voir, comprendre, expliquer, alors nous voyons, nous comprenons, nous expliquons à la mesure réelle et petite de nos capacités. En fait chers frères et sœurs, nous ressemblons un peu aux premiers elfes décrits par mon ami Tolkien. Les elfes se réveillent d’abord dans un monde qui est éclairé par les étoiles et la lune. Et ils sont très bien ainsi. Et puis vient le soleil. Alors, le monde qui leur était familier dévoile soudain une richesse insoupçonnée. Chers frères et sœurs, nous sommes un peu comme les elfes de la première nuit, qui n’ont jamais connu que les étoiles et la lune. Mais Jésus vient au milieu de nous, les elfes de la nuit, pour annoncer la lumière du soleil. Nous ne savons même pas ce qu’est cette lumière. Nous sommes absolument incapables d’imaginer ce qu’elle révèlera en nous, et autour de nous. Mais nous pouvons croire Jésus, et être heureux de ce qu’il nous dit, de ce qu’il nous révèle.

Alors, nous les elfes de la nuit, nous acceptons qu’en fait nous ne savons pas. Nous sommes des elfes de la nuit, et nous ne savons pas ce qu’est le jour. Nous ne savons pas vraiment ce qu’est aimer. Nous ne savons pas vraiment ce qu’est la résurrection. Nous ne connaissons pas le ciel qui se prépare ici, maintenant, qui commence déjà. Mais nous pouvons croire Jésus.

Chers frères et sœurs, lorsque Jésus nous dit heureux ceux qui croient sans avoir vu, nous pourrions traduire : heureux ceux qui se reconnaissent elfes de la nuit. Heureux ceux qui acceptent qu’en fait, ils ne comprennent pas grand-chose de ce qui se passe réellement dans ce monde qui prépare le ciel. Heureux ceux qui admette qu’il y a plus. Nous serions confortables et malheureux si nous prétendions tout voir, tout savoir, être en possession de tous les mystères du monde. Chers frères et sœurs, qu’il est triste de vivre sans la foi, sans cette foi qui nous dit qu’il y a plus, sans cette foi qui ouvre le ciel, qui déploie devant nous des horizons tellement démesurés que nous sommes dépassés, aveugles. Quelle immense chance, chers frères et sœurs, d’avoir entendu parler de Jésus-Christ, lui vous l’aimez sans l’avoir vu ; en lui, sans le voir encore, vous mettez votre foi, vous exultez d’une joie inexprimable et remplie de gloire, car vous allez obtenir le salut des âmes qui est l’aboutissement de votre foi. Chers frères et sœurs, Jésus nous a révélé que nous sommes des elfes de la nuit, il nous a révélé qu’il y a un jour que nous ne connaissons pas, qui vient, et qui est beau. Ce cadeau gracieux, miséricordieux, nous pouvons le partager, nous pouvons vivre en nous sachant des elfes de la nuit et en disant par toute notre vie qu’il y a plus que ce que nous comprenons en ce monde. Alors nous accueillons et diffusons la miséricorde de Dieu sans prétendre la comprendre, mais en acceptant qu’elle nous dépasse. Car la foi en Dieu, cher frères et sœurs, est un droit humain. Citons sainte Faustine, pour finir : Que les plus grands pécheurs mettent leur espoir en Ma Miséricorde. Ils ont droit avant tous les autres, à la foi en l’abîme de Ma Miséricorde. Tous les hommes ont droit à la foi en Dieu : en nous apprenant que vient un jour que nous ne connaissons pas, elle rend la vie plus grande, plus humaine.

Dimanche de Pâques, le 16 avril par le Frère Robert Hom

(Ac 10, 34a.37-43 ; Ps 117 ; Col 3, 1-4 ; Jn 20,1-9).

« Christ est ressuscité ! »

En cette eucharistie du matin de Pâques, nous faisons, avec plus d’intensité, mémoire des merveilles que Dieu accomplit pour nous.

« Christ est ressuscité ! »

– Christ est ressuscité pour nous – Une grande lumière a surgi du tombeau, de nos tombeaux. Notre vie est éclairée de manière surprenante et nouvelle, comme de l’intérieur.

Le Dieu de la vie a investi notre chair et notre histoire. Le Fils de Dieu a réellement et concrètement marché sur nos chemins, y semant l’espérance, l’amitié, le pardon, dévoilant le visage de son Père : un Dieu d’Amour.

Le Christ a visité la mort et y a posé sa présence.

Tout a changé.

Nos errements, nos maladresses, notre péché ont été visités et pardonnés.

Un lien de vie, l’Esprit-Saint, est désormais établi avec le Christ ; même notre mort, toute notre vie finalement, est portée par l’Amour, force de résurrection.

Mais en cette eucharistie du matin de Pâques, oublions-nous un peu, nous les rescapés de la mort, promis à la vie éternelle, et contemplons le Dieu trois fois saint, splendeur et joie infinie qui a réalisé la résurrection, contemplons la beauté de l’Amour qui resplendit dans le corps de Jésus, le Christ, notre frère, notre Sauveur, notre Dieu.

Quelle est belle cette puissance si riche et si pauvre de l’humilité des plaies du ressuscité ! C’est pour de vrai qu’il nous a aimé, qu’il nous aime, respectant tous et chacun dans une déconcertante vulnérabilité. L’amour a toujours les bras et le cœur grands ouverts. Le Christ Seigneur est toujours serviteur.

C’est bien ce que nous avons entendu dans la 1ère lecture tirée des Actes de Apôtres.

« Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction de l’Esprit-Saint et de puissance. Là où il passait, il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable. Celui qu’ils ont supprimé… Dieu l’a ressuscité le troisième jour. »

C’est bien ce Jésus ressuscité, le vivant, le vivant pour toujours que nous célébrons aujourd’hui.

 

Et par le baptême, nous participons déjà à cette grâce de résurrection. Le ciel étant venu nous visiter, nous pouvons déjà vivre la charité, l’amour, la réalité d’en-haut, refusant tout ce qui nous défigure, marchant vers la plénitude de vie avec le Seigneur. St Paul nous en parle admirablement dans sa lettre aux Colossiens.

« Frères, vous êtes ressuscités avec le Christ. Recherchez donc les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Tendez vers les réalités d’en haut… »

Oui, nous pouvons déjà vivre la charité. La résurrection est accomplie.

Saint Jean, dans l’évangile que nous avons entendu, nous raconte ce qui s’est passé le 1er jour de la semaine : « Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin, alors qu’il fait encore sombre… »

L’illumination de Pâques n’ayant pas encore fait toute son œuvre, il fait encore sombre ; nous allions, nous allons si souvent vers des tombeaux, des ténèbres, là où il n’y a pas la vie, et pourtant…

Saint Jean, en son Prologue, nous l’avait pourtant déjà bien annoncé : les ténèbres n’ont pas saisi la lumière, n’ont pas pu arrêter la lumière. Marie Madeleine s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau.

Et à la vue des deux linges, témoins humbles et parlants de la résurrection, l’apôtre Pierre, et l’autre disciple, saint Jean, l’un dans la fulgurance de la foi reçue, l’autre, dans le déploiement de celle-ci, nous annoncent encore aujourd’hui, ainsi qu’à tout l’univers :

« Christ est ressuscité ! »

À leur suite, laissons-nous toucher par cette lumière de Pâques, que nos cœurs et notre intelligence se laissent surprendre : l’amour rédempteur est versé à profusion sur nous, en nous ; sur vous, en vous, pour qu’il déborde abondamment. Quel étonnant mystère, nous sommes déjà ressuscités, tenons fermes, partageons le pain de vie, allons vers le Seigneur !

Voici le jour que fit le Seigneur, jour de fête et de joie !

« Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité !»

P. Robert PAUL, O.C.D.

 

 

Vigile pascale, le 15 avril par le Frère Jean-Gabriel

Il faisait nuit lorsque la lumière jaillit au matin de ce monde. Lorsque les ténèbres couvraient l’abîme et que la terre, encore informe et vide, reçut de Dieu la promesse d’un Premier jour : «Que la lumière soit— et la lumière fut!»
Il faisait nuit dans le cœur d’Adam replié sur lui dans la peur et la honte de son péché, tandis que le Père, à la brise du jour, dans le jardin d’Eden, venait le visiter : «Adam, mon enfant, où es-tu?»

Il faisait nuit dans le cœur de Caïn pour le premier homicide de l’histoire humaine.
Il faisait nuit lorsque les fils d’Israël mangèrent la Pâque que leur Dieu leur avait dit de manger en toute hâte, les reins ceints, les sandales aux pieds et le bâton à la main.
Il faisait nuit lorsque les premiers-nés d’Egypte furent décimés par décision divine.
Il faisait nuit encore lorsque le Verbe se fit chair dans une pauvre étable de Judée, tout entourée des bergers et des anges célébrant la naissance de leur Sauveur.
Il faisait nuit encore lorsque Judas sortit pour livrer le Maître.
Il faisait nuit aussi lorsque Jésus, dans des sueurs d’angoisse et de sang, supplia son Père d’écarter de lui la coupe amère de la Rédemption du monde.
Il faisait nuit dans le jardin où fut arrêté Jésus par des soldats conduits par son apôtre.
Il faisait encore nuit lorsqu’il fut jugé devant le Sanhédrin, et que le Grand Prêtre le condamnait à mort pour avoir blasphémé le Nom au-dessus de tout nom.
Il faisait nuit lorsqu’on lui crachait au visage, qu’on se moquait de lui, qu’on le giflait et qu’on l’injuriait.
Il faisait toujours nuit lorsque, dans la cour du palais du Grand Prêtre, Pierre reniait l’ami et le Maître pour qui il avait pourtant juré de donner sa vie…
Il faisait nuit lorsqu’à la sixième heure du jour l’obscurité recouvrit de son ombre le crucifié du Calvaire.

Il faisait nuit lorsque Joseph d’Arimathie demanda à Pilate le corps de son Maître, pour l’ensevelir dans le linceul et le tombeau tout neuf qu’il avait préparé pour lui.
La nuit venait à peine de disparaître lorsque Marie Madeleine vint au sépulcre de Jésus et pleura de ne point trouver le corps de son bien-aimé Sauveur.

C’est que, dans la nuit précédant le premier jour de la semaine, la lumière de la résurrection avait jailli du tom- beau.
Au terme de la douloureuse Passion, voici qu’elle surgit du tombeau, illuminant toutes les ténèbres de nos vies.

C’est cette nuit sainte, frères et soeurs, que nous célébrons : le cierge pascal que nous avons allumé au début de la célébration brillera toute cette nuit; il est le signe du flambeau de notre foi en la résurrection d’entre les morts de Celui que la nuit du tombeau n’a pas pu retenir…
Il est ressuscité, frères et soeurs, il est VRAIMENT ressuscité!

Voici la nuit, que nous avons chanté dans l’Exultet de Pâques : «Nuit qui nous rend à la grâce et nous ouvre la communion des saints ; nuit où le Christ, brisant les liens de la mort, s’est relevé victorieux des enfers. Nuit dont il est écrit : « La nuit comme le jour illumine, la ténèbre autour de moi devient lumière pour ma joie » (Ps 138,12)…
Nuit bienheureuse, enfin, où se rejoignent le ciel et la terre, où s’unissent l’homme et Dieu.»
Oui, frères et soeurs, la nuit qui nous rassemble est «nuit de vrai bonheur!», comme nous le chantions encore. Car cette nuit donne un sens à nos vies : la mort est désormais vaincue par la résurrection d’entre les morts du Maître de la vie, le Seigneur de l’Histoire et la Vie éternelle.

A quoi servirait-il de naître sans le bonheur d’être sauvés?
Les philosophes du XXème siècle l’ont chanté sur tous les tons : la vie est absurde, et l’homme est semblable, si l’on en croit Albert Camus, à Sisyphe, ce personnage mythologique condamné à rouler une pierre en haut d’une colline, sans même s’apercevoir que sa pierre prendra la pente inverse pour redescendre au même point d’où elle était partie… telle est la condition humaine privée de l’espérance que Jésus nous donne en cette nuit sainte : oui, sans l’espérance que donne le Christ, notre vie n’a pas de sens, elle est absurde. Mais la Résurrection du Christ est là pour nous dire que notre vie a désormais un sens d’éternité. Non pour nous évader de notre vie, mais pour lui donner au contraire toute sa valeur. Le Dieu que nous avons n’est pas celui des morts, mais des vivants!
Il faisait nuit noire dans le tombeau où le Maître de la vie avait été déposé deux jours plus tôt; après la longue marche obscure de son Calvaire, après les cris de douleur de sa chair humiliée, et celui où il remît son esprit à son Père; il faisait nuit dans ce tombeau où il se lève maintenant— où, en se relevant, il relève le monde gisant au fond de l’abîme où le tenait le démon et la mort.Où il relève chacun de nous pour le rendre vivant; la mort est morte, elle est derrière nous, approchons-nous de la Lumière du Christ, Ressuscitons avec Lui, en cette nuit plus claire encore que le jour : Christ est vivant pour toujours, alleluia

Homélie Vendredi Saint par le Frère Marie-Pierre

Tout est accompli !
En cette heure, frères et sœurs, unique, l’heure de Dieu ardemment désirée depuis la chute, tout s’accomplit, se parfait du dessein divin, voulu dès avant les siècles par notre Dieu éternel.
Tous les préparatifs, cette jalouse et amoureuse poursuite des enfants perdus. Toutes paroles, tous
gestes, signes du Ciel, sont, à cet instant, récapitulés, expliqués, dévoilés en cette définitive parole de la Croix, silencieuse, parfaite.
Désormais, et pour toujours, devant nous, pour tous, Dieu est Jésus crucifié
.
Parce qu’Il est l’Amour fait chair, qui va jusqu’au bout…par-don…
Parce qu’Il est l’Amour sans limite, absolu, incompréhensible..
Parce qu’Il est l’Agneau livré, innocent et vainqueur…
Dieu est Jésus crucifié.
Tout est accompli !
Oui, pour le monde, les hommes de tous temps et de tous lieux, tout est accompli, parfait.
La Croix, dressée sur l’univers, est sommet de notre terre, du temps et de l’histoire.
« Stat crux, dumvolvitur orbis. »
Jésus crucifié attire tout àLui, inexorablement, puissamment, nuitamment.
Car le dernier mot est à l’Amour obéissant,
à l’Amour qui tue la mort homicide et fait toutes choses nouvelles.
Parce que Jésus trône sur le bois, Seigneur de gloire divine humiliée.
Parce qu’Il est le Serviteur, embrassant de ses bras écartelés l’immensité de toute souffrance et de nos pourquoi.
Parce que l’abîme de Sa miséricorde appelle, absorbe tous les abîmes de notre monde.
Tout est accompli !
Pour nous tous, pour moi enfin, en ce Golgotha, tout s’accomplit.
Jamais Jésus dans ma vie sans Sa Croix ! Jamais la croix, mes croix sans Jésus !
par pitié de Lui !
Oui, frères et sœurs, « la Croix nous fait peur… comme pour Jésus, mais avec Benoît XVI croyons-le, elle n’est pas la négation de la vie, elle n’est pas ce dont il faut se débarrasser pour être heureux.
Elle est le OUI extrême de Dieu à l’homme… la source dont jaillit la vie pleine et parfaite.»
Alors, tout est accompli, mais il me/nous reste à passer par le Golgotha, tout entier, pour aller au jardin de Vie,
à faire notre Pâque, à nous laisser sauver, goutte à goutte, racheter par le Sang de l’
Agneau innocent.
« Ce n’est pas pour rire que je t’ai aimé!»

Homélie Jeudi Saint par le Frère Maximilien-Marie

Homélie 9 avril 2017 par le Frère Laurent-Marie

En communion avec toute l’Eglise.

       Nous venons d’entendre le récit de la Passion de notre Seigneur Jésus-Christ. Sa Passion est un parcours douloureux qu’Il choisit dans une liberté absolue. Dans l’évangile de st Jean, Il le dit clairement lui-même : « Je donne ma vie… Personne ne me l’enlève ; mais je la donne de moi-même. J’ai pouvoir de la donner et pouvoir de la reprendre » (Jn 10, 17-18).

       Cette voie qu’il choisit est celle de l’humiliation, et du dépouillement. Cette voie, il choisit de la parcourir jusqu’au bout.

       En regardant Jésus dans sa passion, nous voyons comme dans un miroir les souffrances de l’humanité et nous trouvons la réponse divine au mystère du mal, de la douleur, et de la mort. Très souvent, nous ressentons de la douleur face au mal et aux souffrances qui nous entourent et nous nous demandons : « Pourquoi Dieu le permet-il ? ». C’est une blessure profonde pour nous de voir la souffrance et la mort, en particulier celle des innocents, des enfants ! Quand nous voyons des enfants souffrir, atteints d’une maladie ou victimes de la guerre, c’est une véritable blessure au cœur : ce mal demeure un scandale et un mystère.  Jésus, vrai Dieu et vrai homme, prend tout ce mal, toute cette souffrance sur lui. Cette semaine, cela nous fera du bien à tous de regarder le crucifix, d’embrasser les plaies de Jésus, de les embrasser sur le crucifix. Il a pris sur lui toute la souffrance humaine, il s’est revêtu de cette souffrance.

        Nous attendons que Dieu, dans sa toute puissance, vainque l’injustice, le mal, le péché et la souffrance avec une victoire divine triomphante. Dieu nous montre en revanche une victoire humble, qui humainement semble un échec. Nous pouvons dire que Dieu vainc dans l’échec ! En effet, le Fils de Dieu apparaît sur la croix comme un homme vaincu : il souffre, il est trahi, il est vilipendé et à la fin il meurt. Mais Jésus permet que le mal s’acharne sur Lui et il le prend sur lui pour le vaincre. Sa passion est un mystère déconcertant, le mystère de la grande humilité de Dieu : « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (Jn 3, 16).

 

     Jésus, qui a choisi de passer par cette voie, nous appelle à le suivre sur son propre chemin d’humiliation. Lorsqu’à certains moments de la vie, nous ne trouvons aucune issue à nos difficultés, quand nous sombrons dans l’obscurité la plus épaisse, c’est le moment de notre humiliation et de notre dépouillement total, l’heure où nous expérimentons que nous sommes fragiles et pécheurs. C’est précisément alors, à ce moment, que nous ne devons pas masquer notre échec, mais nous ouvrir avec confiance à l’espérance en Dieu, comme l’a fait Jésus. Chers frères et sœurs, au cours de cette semaine sainte, cela nous fera du bien de prendre le crucifix entre les mains et de beaucoup l’embrasser et de dire : merci Jésus, merci Seigneur. Nous pouvons dire chacun : « Même si j’avais été l’unique personne au monde, Il aurait traversé sa Passion pour moi. Il l’a fait pour moi ».

       Le mal, la souffrance, la mort n’ont pas eu le dernier mot. Jésus les a traversés pour nous, et il vient nous rejoindre dans nos épreuves de la vie.  Au moment le plus sombre, Dieu intervient et ressuscite.

       Il est le Premier des Vivants. Il a brisé les portes de la mort pour nous faire entrer dans la foi et l’espérance. Il est assis à la droite du Père, Il nous attend et Il Vient.

       Je vous invite à vivre avec ferveur cette semaine sainte, dans la certitude que Dieu nous rejoint dans nos souffrances et nos épreuves.

Que la Vierge Marie, pleine de grâce, nous accompagne sur le chemin de dépouillement et d’amour de Jésus.

 

 

 

Homélie 2 avril 2017 par le Frère Marie-Pierre

5ème DIMANCHE DE CARÊME   ANNÉE A

(Ez 37, 12-14 / Ps 129 / Rm 8, 8-11 /Jn 11, 1-45)

« Foutez-vous la paix ! et commencer à vivre »

Un bouquin trouvé à la gare il y a deux jours. Suggestif et actuel. Ecoutez ça :

« Cessez d’obéir : vous êtes intelligent. Cessez d’être calme : soyez en paix. Cessez de rationaliser : laissez faire. Cessez de vous torturer : devenez votre meilleur ami. Cessez de vous comparer : soyez vous-même. Cessez de vouloir aimer : soyez bienveillant… »

Son auteur : un philosophe, expert en méditation.

Frères et sœurs, il y a mieux, il y a plus urgent et radical, il y a…

« Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez le repos pour vos âmes » (Mt 11,29). Il y a cet Evangile de Lazare, « le miracle des miracles, la puissance des puissances, la merveille des merveilles » (St Pierre Chrysologue).

Il y a Jésus, Maître et Seigneur, tuant pour toujours la mort.

Le temps est court, les temps sont courts (la Fête sera vite là), alors 3 idées.

Et cet impressionnant…

« Lazare, viens dehors ! »

Mettons-nous d’abord bien d’accord : Jésus Lui-même a fait face, Il n’a pas trahi, dévié, zappé : l’unique question qui hante tout esprit humain, il y a répondu. Lui-même, tout Dieu qu’Il est, a connu  »notre sœur la mort corporelle » (st François). Il l’a traversée.

Aujourd’hui, comme Il l’a fait pour la fille de Jaïre, pour le fils de la veuve de Naïm, il ressuscite Lazare, et le rend aux siens. Le signe est là. Enorme !

Mais attention comprenons bien : point question de transhumanisme, d’un surhomme, d’une vie augmentée, améliorée. Jamais, à aucun moment, Jésus n’a promit, n’a offert une vie plus facile, sans souffrance, tranquille, en 1ère classe (cf Charles de Jésus). Plutôt le contraire. Comment se fait-il que nous revendiquions si souvent, auprès de Lui, une vie plus douce ?

Sommes-nous vraiment les disciples du Crucifié ?

Donc, cette réanimation est signe. De quoi ? 2 choses, il me semble, en qqsorte, une double résurrection. Au futur, et au présent.

« Lazare, viens dehors ! » Au futur…

Ce matin, Jésus dit (le mot est faible) : tu es promis à la Vie sans fin, au partage de Ma Lumière. Fais-moi confiance : je suis le Verbe de Vie, le Premier-né d’entre les morts.

Oui, frères et sœurs, après Lui, avec Lui, en Lui, comme Marie, nous aussi, nous ressusciterons tous.

La mort n’est que l’avant-dernier mot, le dernier est à Jésus : la mort est passage, sommeil, porte sur la vraie Vie. Bref, la mort n’est plus mortelle.

Du coup, je vis orienté, dirigé, en fonction : tout a un sens, mon avenir céleste donne cohérence. Bref, la question est : est-ce que je me prépare réellement à entrer dans la Vie ? Est-ce que ça se voit, s’entend ?

« Qui croit en moi, même s’il meurt vivra et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais…

il verra la gloire de Dieu »

« Lazare, viens dehors ! » Au présent…

Ce n’est pas tout. Car, ce que Jésus nous offrira, en plénitude, au dernier jour, Il le donne aujourd’hui, maintenant. En germe, en figure,  »en foi ». « Pour y être (au ciel), j’y suis déjà… » confessait petite Thérèse.

Oui, crois-tu cela ? Crois-tu que en toi (bientôt dans ta bouche), habite le Vivant-Vivifiant, la Résurrection et la Vie ?

Crois-tu alors que tu peux, tout de suite, sortir de tes tombeaux ? Haine tenace, addiction de tous styles, emprise de la chair, matérialisme chronophage et idolâtrique, langue de vipère, amour désordonné de moi-même… Crois-tu vraiment que la foi te fait communier à la Vie victorieuse, que rien ne peut, aujourd’hui, te séparer de Lui ? Et il y a un sacrement pour sortir du tombeau, aujourd’hui !

« Celui qui croit, celui-là obtient la vie éternelle. Il est déjà passé de la mort à la vie… » (Jn 5,24).

Alors, frères et sœurs, avec ste Elisabeth, nous rayons le mot  »découragement » de nos dictionnaires d’amour. Maintenant, en cette Eucharistie, nous accueillons, chacun, le don inestimable de la foi, pour marcher de (Sa) victoire en (ma) victoire vers le Vivant de Pâques.

« Toi, mon enfant, viens dehors ! »

Oui, « notre victoire, c’est notre Foi » (1 Jn 5,4). Amen !

Homélie 26 mars 2017 par le Frère Laurent-Marie

Nous sommes le 4ème dimanche de carême, et nous avons entendu le récit de guérison de l’aveugle-né. Pourquoi un tel récit alors que nous nous acheminons vers la célébration de la Pâque, la célébration de la mort et de la Résurrection du Christ ?

       Il nous faut voir encore ici, il me semble, tout comme avec la Samaritaine de dimanche dernier, une pédagogie de la foi, une confirmation du « croire ».

       Cet aveugle de naissance, guéri par Jésus, rejeté par les pharisiens – les autorités de la communauté juive – cet homme, « jeté dehors » nous dit l’évangile de ce jour, est introduit par le Fils de l’homme dans le peuple de Dieu.

       Cette entrée suppose une foi initiale, en ce que fait et dit Jésus, par ses gestes, par ses paroles : « Cela dit, il cracha à terre et, avec la salive, il fit de la boue ; puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle, et lui dit : « va te laver à la piscine de Siloé ».

        La piscine de Siloé est réputée pour ses eaux bénéfiques, sans doute l’aveugle y a déjà été conduit par ses parents lorsqu’il était enfant, ou encore plus tard.

       Mais cette fois-ci, c’est à la seule parole de Jésus qu’il y est envoyé, et sans que Jésus l’accompagne. Sa foi est en quelque sorte livrée à elle-même, puisque Jésus disparaît au milieu de la scène. Nous pouvons bien nous reconnaître nous aussi ici en notre foi livrée à elle-même bien des fois, vacillante, interrogative…

       Mais ici elle culmine, au cœur d’un bannissement : « Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors. Il le retrouva et lui dit : « Crois-tu au Fils de l’homme ? » Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je crois en lui ? » Jésus lui dit : « Tu le vois, et c’est lui qui te parle. » Il dit : « Je crois, Seigneur ! » Et il se prosterna devant lui ».

       Elle culmine dans une confession de foi personnelle, et dans l’adoration.

        A la question initiale des pharisiens sur l’identité de Jésus : « Et toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ? » L’aveugle guéri répondit : « C’est un prophète. », à la fin du récit il confesse sa foi en la personne de Jésus, le Fils de l’homme, Messie Sauveur.

       Il y a une profonde analogie avec le récit de la Samaritaine de dimanche dernier, cette dernière regarda d’abord en Jésus, un juif, puis un prophète, enfin elle le confessa comme le Messie.

       Dimanche prochain, Jésus sollicitera encore la foi, la foi de Marthe, sœur de Lazare : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? ».

       Les préfaces eucharistiques de dimanche dernier et d’aujourd’hui mettent aussi en relief la soif de Dieu de raviver, d’animer notre foi : « En demandant à la Samaritaine de lui donner à boire, Jésus faisait à cette femme le don de la foi. Il avait un si grand désir d’éveiller la foi dans son cœur… », et dans la préface d’aujourd’hui : « En prenant la condition humaine, il a guidé vers la lumière de la foi l’humanité qui s’en allait dans les ténèbres… ».

       Pourquoi donc ces textes, de dimanche en dimanche, nous parlent tant de la foi ?

Au commencement, nous avions été poussés par l’Esprit au désert avec Jésus, tenté par Satan. Nous sommes toujours appelés en ce temps de carême au jeûne, à la prière, à l’aumône (donner- pardonner), afin de nous « préparer aux fêtes pascales dans la joie d’un cœur purifié », cependant ce temps nous est révélé aussi comme un temps pour grandir dans la foi, raviver notre foi, et nous le comprenons bien.

       Nous le comprenons bien, car nous allons célébrer au terme du carême le point culminant de notre foi : la mort et la Résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ. Nous allons revivre, célébrés avec toute l’Eglise de tous les temps, le point central de notre foi, notre foi en la Résurrection du Christ, et par là même, notre foi aussi en sa Divinité.

       Par la foi, Jésus se révèle à nous tel qu’il a annoncé dans cet évangile : « Je suis la lumière du monde », et délicatement il nous laisse libre de cheminer, de lui répondre par l’assentiment de notre foi en sa Personne.

       Nous le voyons disparaître de la scène après la guérison, il laisse l’aveugle guéri découvrir dans sa relation avec ses voisins puis avec les pharisiens les implications de ses gestes et de sa parole : « …alors, j’ai vu ».

       La Samaritaine et lui expérimentent une illumination progressive de leur foi : « Il les a guidés vers la lumière de la foi… », comme il nous guide chacun vers la lumière de la foi, et vers l’adoration véritable.

       La foi rend en effet possible et effective l’adoration du Dieu unique, 1er commandement du décalogue : « Et il se prosterna devant lui », ces adorateurs du Père en esprit et vérité que révèle aussi Jésus à la Samaritaine qui confesse alors sa foi.

       Tous deux ont assez reçu pour confesser, pour témoigner auprès des hommes du Dieu vivant, de l’expérience de foi qu’ils ont vécue.

       C’est à cela que nous prépare le temps de carême avec son point culminant de notre foi à Pâques : nous sommes envoyés au monde entier, dans ce monde qui peut nous rejeter, pour confesser, pour témoigner que Jésus-Christ Ressuscité est le Sauveur du monde, le sauveur de nos vies.

       Chers frères et sœurs, il y aurait encore beaucoup à dire sur cet évangile, sur cet accouchement, cet engendrement dans la foi que suscite, éveille notre Seigneur Jésus-Christ en nous (voir Jn prologue 1,12). Elle est comme une perle précieuse. Notre Père saint Jean de la Croix nous enseigne qu’elle est le moyen proportionné de l’union de Dieu avec notre âme.

       A l’interrogation des voisins et d’autres personnes sur l’identité de l’aveugle de naissance guéri, ce denier répond : « C’est bien moi », le texte nous précise en grec : « Egô eimi », « Moi, Je suis » ; c’est la seule fois dans l’évangile ou cette formule n’a pas Jésus pour sujet.

       Cette formule, vous vous rappelez, est celle de la révélation du Nom de Dieu à Moïse auprès du buisson ardent, et que s’applique Jésus.

       C’est bien moi », « Egô eimi », sans être le Christ, les croyants que nous sommes parlent pourtant comme Lui. Nous avons reçu son Esprit : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est Lui qui vit en moi », s’écriera saint Paul. Nous sommes en Lui et Lui en nous. C’est ce que désir ardemment réalisé Jésus en chacun de nous.

       Laissons-nous conduire sur ce chemin de foi qui nous amène à Jésus, nous unit à Jésus pour témoigner par Lui, avec Lui et en Lui qu’Il est Ressuscité, et qu’Il est la Lumière du monde, le Sauveur des hommes.