Homélie du 23ème dimanche du Temps Ordinaire 2019 par le frère Jean-Gabriel, ocd

Enregistrement sonore :


Texte :

Souvenez-vous! Nous sommes en 1205, en Italie; un riche drapier d’Assise, Pietro Bernadone dei Moriconi assigne au tribunal ecclésiastique de sa ville son fils François, âgé de 23 ans, qui vient de dilapider son argent pour le donner aux pauvres et restaurer une vieille chapelle délabrée. Furieux de ces excentricités, le Père Bernadone a exigé de son fils qu’il lui rende des comptes et l’a fait comparaître devant l’évêque dans le but de le déshériter s’il ne renonce pas à sa conduite. Lors de son audition sur la place d’Assise, François rend l’argent qu’il lui reste, ainsi que ses vêtements, puis, se retrouvant entièrement nu devant la foule rassemblée, dit à son père : “Jusqu’ici je t’ai appelé père sur la terre; mais désormais je puis dire Notre Père qui es aux Cieux, car c’est à lui que je confie mon trésor et accorde ma foi”. L’évêque le couvre de sa cape, non pour cacher sa nudité, mais pour signifier que l’Eglise le prend sous sa protection : Le futur saint d’Assise va commencer sa mission…
Cet épisode est comme un écho, voire un commentaire vivant de ce que Jésus nous dit dans l’Evangile de ce jour : “Celui qui ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple. Celui qui aime son père, sa mère, sa soeur, sa femme, ses propres enfants, et jusqu’à sa propre vie, plus que moi ne peut être mon disciple” …
Pas facile à admettre cet Evangile, qui nous rappelle la radicalité avec laquelle le Christ invite ses disciples à le suivre…
Mais c’est qu’il nous faut bien comprendre ce dont il s’agit; et la difficulté pour nous réside aussi bien dans notre saine compréhension de cette radicalité évangélique que du contexte actuel d’un monde qui tend à rejeter le renoncement et la frustration au profit d’un désir égocentrique de développement personnel qui n’a rien d’évangélique.
Tout d’abord, comprenons bien ce que Jésus nous enseigne. Il ne nous dit pas de rompre les liens familiaux, encore moins l’affection qui lie entre eux les êtres d’une même famille. La piété filiale est un grand bien, et l’honneur dû à ceux qui nous ont donné la vie un commandement de Dieu. Jésus invite seulement le disciple à considérer les priorités qu’il doit poser dans sa vie : Dieu doit être préféré à tout; ce que Jeanne d’Arc traduira si bien par son “Messire Dieu, premier servi!” Rien ne doit être préféré à l’amour du Christ, pas même nos parents, voire même ses propres enfants, si ceux-ci font obstacle à la volonté de Dieu dans notre vie! Rien ne doit nous séparer de l’amour du Christ et de la volonté du Père. C’est là le combat spirituel auquel Jésus nous appelle en ce jour de rentrée scolaire! Comme de petits écoliers, nous devons écouter notre maître et nous mettre à l’ouvrage! Comment? En comprenant d’abord qu’il faut commencer par “s’asseoir” pour calculer la dépense; savoir si nous aurons les moyens de bâtir la tour, autrement dit d’édifier notre vie chrétienne pour qu’elle soit assez solide pour resister au temps et aux intempéries de l’existence. Frères et soeurs, nous avons besoin de patience! … nous en manquons tellement! Et nous en manquons cruellement parce que nous voulons bâtir notre vie, comme une tour de Babel, par nos propres forces! Et c’est là qu’est notre erreur, voire même notre péché, car c’est le péché d’orgueil qui consiste à croire que nous pouvons tout par nos propres moyens! Erreur fatale qui ne peut nous conduire qu’au découragement! Nous ne pouvons rien faire si nous ne nous appuyons que sur nous-mêmes, mais nous pouvons tout en Celui qui nous fortifie, comme dit saint Paul… Et si s’asseoir pour calculer la dépense, ce n’était pas tout simplement une invitation à s’asseoir chaque jour pour perdre du temps avec le Seigneur dans l’oraison silencieuse, en lui avouant tout simplement que nous ne pouvons pas y arriver seuls, mais que nous comptons sur son amour pour gagner les batailles de nos vies! Mais nous avons tant de mal à mettre Jésus à la première place dans nos vies. Nous avons tellement de mal à nous détacher pour Lui de tout ce qui n’est pas Lui, pour parler comme saint Jean de la Croix. J’entends : de nous détacher selon l’affection des biens qui nous peuvent occulter le chemin qui nous conduit à Dieu. C’est là le détachement que Jésus demande : un détachement affectif, et non effectif, car il ne peut s’agir par exemple pour un père de famille de vivre comme un religieux qui a fait voeu de pauvreté, ce serait totalement irrationnel. Simplement, nous ne devons pas faire de nos biens des idoles qui nous cacheraient Dieu ou qui nous empêcherait d’être libre pour l’aimer. Car en définitive, c’est de cela qu’il s’agit : avoir le coeur libre pour pouvoir aimer en vérité, autrement dit pour pouvoir se donner soi-même, à l’exemple du Christ qui s’est donné jusqu’à la fin par amour de son Père et de nous… Nous devons l’imiter, et porter notre croix à sa suite si nous voulons être d’authentiques disciples! Porter notre croix, et non pas celle du Christ, qui serai trop lourde pour nous… Nous devons accepter de porter la croix qui est la nôtre, et qui n’est pas de s’inventer des croix, encore moins de canoniser la souffrance pour laquelle nous ne sommes pas faits, mais qui est tout simplement la fidélité à l’Evangile du Maître et à la vie qu’il continue de nous donner sans compter par son Eglise et ses sacrements. La croix, c’est le renoncement par amour de Dieu à tout ce qui n’est pas Dieu.

Mais en disant cela, l’on se heurte à la deuxième difficulté que j’évoquais tout à l’heure : la première était de bien comprendre le message de Jésus. La seconde est celle que le monde actuel véhicule et à laquelle il nous faut résister, comme Ulysse au chant des sirènes! Le monde actuel est celui de l’émancipation à outrance; il est davantage centré sur la recherche du bien-être que sur la volonté de Dieu, avouons-le! Plus aucune frustration ne doit contrarier nos désirs : les homosexuels, après la reconnaissance sociale du mariage, doivent avoir maintenant leurs enfants, et la PMA va bientôt leur faciliter les choses! J’ai beau avoir femme et enfants, mais pourquoi ne pas céder à cette passion qui m’entraîne? Votre sentiment est-il sincère, alors pourquoi ne pas y céder? La vie est trop courte pour ne pas en profiter pleinement!
Le développement personnel s’affiche mieux que la Croix du Christ, avouons-le… Mais c’est faute de savoir que la croix du Christ est au fondement même du développement de la personne, mais d’un développement intégral de la personne humaine, que notre monde est incapable d’offrir, car ce développement réside dans la grâce que le Christ seule peut offrir : la grâce de s’oublier par amour, autrement dit : la grâce de la charité!… Car si le Christ invite son disciple à renoncer à tous les biens qui n’en sont pas, c’est pour le combler de cette présence d’amour sans laquelle il lui serait impossible de faire aucun bien sur la terre. Le coeur de l’homme, comme la nature humaine, n’en déplaise aux adeptes du Yoga ou de la méditation transcendantale, a horreur du vide! Dieu lui-même le dit par la bouche du Psalmiste: “Je n’ai pas dit aux hommes : cherchez-moi dans le vide!” Dieu n’est pas dans le vide, non! Il est l’Amour vivant qui ne cesse de nous pousuivre de son ardeur pour nous faire participer à la surabondance de sa vie éternelle. Il est l’Amour et nous serons jugés sur l’Amour, comme dit encore saint Jean de la Croix… Et l’Amour a besoin du renoncement pour se donner. L’amour se nourrit de sacrifice, disait TEJ. Ce sacrifice, avant d’être le nôtre, est celui que le Christ a offert pour nous en se donnant par amour. C’est ce sacrifice dont nous faisons mémoire à chaque eucharistie. C’est ce sacrifice que nous célébrons et auquel nous allons communier dans un instant. Que le Christ lui-même nous apprenne ce qu’aimer signifie pour que nous puissions le suivre en nous donnant comme Lui jusqu’au bout.

Vendanges spirituelles, dimanche 6 octobre de 10h30 à 17h30
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